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Dépression, discipline de vie, thérapie, vie spirituelle : Témoignage personnel et conseils pratiques

Témoigner, être un écoutant, témoignage personnel (2e partie)

Traverser la vallée de l’ombre (article 10/12)

dimanche 15 mai 2005, par Jean-Louis Théron


Témoigner

On ne naît pas chrétien, on le devient. La motivation naturelle du chrétien est de vouloir partager la joie qu’il a reçue ; sa vocation est donc d’être un témoin (Matthieu 28:19, 2 Timothée 1:7, 2:2).
Lorsqu’on passe par la dépression, on est bien loin de pouvoir témoigner. Mon frère ou ma sœur en Christ, si tu éprouves de la culpabilité à cet égard, dis-toi que tu traverses la vallée de l’ombre, mais qu’il y aura un « après ».
Une fois sorti(e) de la dépression, on est confronté à un autre scrupule : comment et de quoi témoigner, si on est passé par la dépression malgré sa foi ?

Voici un exemple typique de ce que j’appelais dans un précédent chapitre les mensonges de l’adversaire. En effet, au delà du scrupule humain compréhensible vient se glisser progressivement l’idée que Dieu n’a « même pas » été capable de nous protéger de la dépression... Halte-là ! Stop à cette idée : Dieu domine tout, et rien ne lui est impossible.

Je ne sais pas pourquoi Dieu a permis la dépression. Jusqu’où l’a-t-il permise ? L’a-t-il même voulue ? ...
Débat stérile : un témoin est quelqu’un qui était là où un événement s’est produit, et qui raconte ce qu’il a vu. Point.

Le témoin de Jésus-Christ a vu l’intervention de celui-ci dans sa vie, ce qui s’est produit (sa guérison de la dépression, par exemple), et il raconte ce qu’il a vu.
Il a vu la grâce de Dieu à l’œuvre : un cadeau qu’il ne méritait pas, et qu’il a pourtant reçu. Preuve d’amour du donateur, Dieu lui-même. C’est cela, témoigner. On peut le faire par le regard, par l’attitude, ou de vive voix pour mieux s’expliquer.
Qu’il y ait un enjeu spirituel dans les souffrances que nous traversons, c’est une chose certaine (Job 1:6-12, 2:1-10, Luc 22:31), mais c’est également une chose certaine que Dieu peut s’en servir pour encourager ultérieurement les autres (Luc 22:32).

Témoigner alors même qu’on se sent faible, c’est aussi affirmer qu’une vie heureuse, dans l’intimité avec Dieu, n’est pas réservée aux forts. C’est l’affirmer dans une société où il faut sans cesse... s’affirmer, en jouant des coudes. Une société où celui qui est faible et qui échoue devient un exclus économique, un exclus social ou un techno-exclus.

J’irai même jusqu’à dire que le témoignage est un élément de guérison de la dépression. Pourquoi ? Parce que, précisément, cette bonne nouvelle peut aider quelqu’un d’autre à remettre la conduite de sa vie à Celui qui l’a créé. Parce que cette démarche produit toujours un supplément de paix et d’harmonie, même si elle ne supprime pas toutes les souffrances.
Oui, comme Jésus le déclare, il y a « plus de joie pour un seul pécheur qui change de vie, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’en ont pas besoin » (Luc 15:7).
Certains seront à l’écoute du message ; d’autres le rejetteront. En rejetant le message, ils rejetteront aussi parfois le messager (Matthieu 10:24-25, Jean 13:16).
À chacun de prendre ses responsabilités.

J’ai pris des risques en écrivant ce livre : celui de baisser dans l’estime de certains de mes amis, de mes voisins, de mes collègues de travail, des membres de ma famille. Celui d’être considéré comme un faible, un obtus, un borné, un rétrograde, que sais-je encore...
J’invite simplement mes lecteurs à examiner avec honnêteté le message de ce livre, mais aussi et surtout le message de l’Évangile. Pas à travers le filtre des hommes, mais directement.
Ami lecteur, je te lance le défi de lire la Bible...
Pour moi, je ne pouvais pas garder ce que j’avais reçu : il me fallait mettre « la lampe sur le pied de lampe » (Matthieu 5:15).

Pour des témoignages chrétiens particulièrement profonds, voir [1] et [2].

Être un écoutant

Le présent chapitre contient quelques conseils pour ceux qui côtoient un dépressif.
En effet, après avoir tenté d’apporter son aide, et surtout après avoir soi-même traversé la dépression, on se rend rapidement compte des « bourdes » à ne pas commettre.

Il ne sert en effet à rien de dire à un dépressif « Secoue-toi », puisque c’est précisément ce qu’il n’arrive pas à faire. Il accumule même une culpabilité supplémentaire par le fait qu’il ne parvient pas à mettre en œuvre des conseils que sa propre conscience lui a déjà cent fois répété...

Aimer

« En toute occasion, l’amour espère et persévère », nous dit la Bible (1 Cor. 13:7).
Il est important que le dépressif ne se sente pas abandonné comme s’il était un lépreux. Mais il est également important que l’amour qu’on lui manifeste soit pétri de sagesse.
Parfois, il est préférable de rester silencieux, comme l’ont été dans un premier temps les amis de Job, afin de ne pas devenir des « consolateurs fâcheux » (Job 16:2) !

Discerner

Comme nous l’avons vu précédemment, les critères définis par la « Psychiatric American Association » pour diagnostiquer la dépression sont les suivants :

  • Perte de la bonne humeur
  • Diminution de l’intérêt et du plaisir
  • Importante perte ou prise de poids
  • Insomnies répétées
  • Agitation ou ralentissement cérébral
  • Sentiment de fatigue, de dévalorisation ou de culpabilité excessives
  • Troubles de la concentration
  • Pensées de mort.

Si une personne de votre entourage présente ces symptômes, il y a fort à parier qu’elle traverse une dépression. Dans ce cas, pas de panique : il va falloir tout simplement l’accompagner.

Accompagner

Accompagner, c’est d’abord conseiller à son ami de rencontrer un médecin de confiance. Celui-ci pourra en effet définir la gravité de la dépression, et conseiller un éventuel traitement médicamenteux. Si la personne a des idées de suicide, et qu’elle les exprime en faisant allusion à des moyens précis de « passer à l’acte », il faut insister pour qu’elle obtienne un traitement médicamenteux et s’y astreigne, ce qui n’exclut pas une thérapie et/ou un soutien spirituel ultérieurs.

Plein de bonnes intentions, le chrétien doit néanmoins être prudent quant à son attitude « d’encouragement », en veillant à :

  • ne pas accabler son ami avec ses conseils : éviter d’être un « consolateur fâcheux »,
  • ne pas juger l’autre,
  • pratiquer plutôt le silence bienveillant,
  • prier pour son ami, et lui dire qu’on prie pour lui.

Personnellement, je fais une distinction entre accompagner et soigner.
Je pense en effet que l’entourage est le mieux placé pour accompagner, mais le plus mal placé pour soigner ! L’implication affective personnelle me semble en effet être un obstacle à une véritable thérapie, qui peut comporter dans certains cas des aspects délicats liés aux relations passées (éducation) ou présentes (situation) avec l’entourage.

Prévenir

La meilleure attitude préventive consiste à communiquer à son prochain un amour inconditionnel.
Ceci concerne l’ensemble des relations sociales : entre conjoints, entre parent et enfant, entre amis, entre membres d’église, entre voisins, entre collègues de travail, etc.

Du rôle particulier de la communauté chrétienne

Il est malheureusement devenu banal de dire que, dans la société qui nous entoure, de plus en plus de personnes sont « en perte de repère(s) ».
Familles désunies, enfants livrés à eux-mêmes lors des étapes difficiles de la croissance, chômeurs, personnes sans domicile fixe, travailleurs harcelés... sans parler de tous ceux qui ont été traumatisés par la violence et par la guerre.
Où sont les lieux d’écoute ? Malgré tous les efforts faits par « les hommes de bonne volonté », je crains que les structures sociales et psychologiques n’y suffisent pas.

La communauté chrétienne est-elle un lieu d’écoute ? Saura-t-elle accueillir ceux qui souffrent ?
Et si elle est ce lieu d’écoute, saura-t-elle former suffisamment ses conseillers pour qu’ils puissent procurer une aide efficace ? La bonne volonté est certes indispensable, les « conseils bibliques » sont toujours utiles, mais la compétence d’accompagnement spécifique est également nécessaire.

Afin que chacun puisse utiliser le meilleur de ses capacités et de ses dons, je pense personnellement qu’il est nécessaire de mettre en place des « structures mixtes » où coopèrent soignants et conseillers spirituels. Il est bien sûr nécessaire que soient convenablement réglées les questions de confidentialité et de secret médical, ce qui favorise des structures ne dépendant pas directement d’une seule église, et se réunissant dans des lieux bien séparés de ceux qui accueillent la communauté chrétienne.
Le but est de pouvoir écouter les souffrances, y répondre en cherchant ensemble la solution la meilleure, s’entraider. Voici une noble vocation pour l’église du XXIe siècle. Saura-t-elle relever ce défi ?

Pour approfondir le sujet de l’accompagnement spirituel, voir [3], [4].

ÉPILOGUE

Témoignage personnel (2e partie)

La dépression, accrue par un médicament qui ne me convenait pas, m’avait amené à un état d’affaiblissement physique et psychique, où chaque tentative pour m’en sortir ressemblait aux efforts d’une fourmi se retrouvant piégée au fond d’une bouteille.

Physiquement, je savais qu’il aurait été nécessaire de faire un peu d’exercice physique, même modéré, mais je n’en avais ni le goût ni la force.
Au plan psychique, j’étais sujet à des émotions disproportionnées : anxiété à la moindre situation de changement (négatif ou positif), pleurs venant facilement, etc.
Pour ce qui est de mon « moral », je me mettais à ressentir de fréquents sentiments de désespoir et de découragement, ce qui m’inquiétait d’autant plus que ce n’était pas dans mon tempérament habituel.
Enfin, dans le domaine spirituel, je gardais « la foi » dans mon cœur, mais j’avais du mal à la concrétiser par une paix effective, même si, « intellectuellement », je ne doutais pas des promesses de Dieu.

Chaque acte simple de la vie était pour moi un casse-tête. Pour me remettre du modeste effort consistant à aller au marché et d’y acheter nos provisions de légumes et de fruits, il me fallait au retour une heure de somnolence pendant laquelle je me sentais complètement épuisé.
C’est pourquoi il a fallu commencer par trouver le bon traitement médicamenteux, accompagné par un arrêt de travail. La seule pensée de travailler à nouveau me provoquait en effet une boule d’angoisse dans la gorge...

Une fois rétablis l’appétit et le sommeil, au moins en partie, j’ai traversé de longues semaines de convalescence. Au programme : des marches, des lectures (pas trop intellectuelles), des siestes, des nuits de douze heures, des contacts téléphoniques et la visite d’amis, la prière, la lecture de la Bible.
Les médicaments m’ont permis de sortir de l’ornière où j’étais immobilisé. J’ai pu envisager les choses simples de la vie avec plus de sérénité.
La grippe et l’hépatite avaient pu entraîner un épuisement qui a peut-être joué un rôle de déclencheur de ma dépression. Mais je réalisais aussi que certaines attitudes mentales néfastes, des « mensonges » auxquels je croyais et qui me rendaient malheureux, l’avaient favorisée. Mais comment les identifier, et surtout les réfuter dans ma vie de tous les jours ?

Sachant qu’il fallait compléter le traitement médicamenteux par un appui psychothérapeutique, j’ai recherché, sur les conseils de mon médecin généraliste, à prendre rendez-vous avec un thérapeute qu’il m’avait recommandé. Curieusement, je n’y parvenais pas. C’est alors que je suis tombé par « hasard » sur un livre « d’auto-traitement révolutionnaire » de la dépression par la thérapie cognitive.
Je dois avouer que j’ai d’abord eu le scepticisme que suscite en moi la présentation de toute « méthode miracle ». Mais, comme je l’ai dit, je savais déjà que j’avais besoin de corriger des distorsions de raisonnement. Il me manquait seulement la méthode.

J’ai donc commencé régulièrement, pendant plusieurs semaines, à analyser systématiquement les pensées automatiques qui survenaient à l’occasion d’émotions négatives et angoissantes, et à leur substituer des pensées rationnelles. Ma surprise a été de voir que TOUTES les situations qui me semblaient insurmontables reprenaient ainsi de plus justes proportions.
C’est sans doute parce que ce mode de raisonnement correspondait bien à ma personnalité, et parce que je l’ai mené jusqu’au bout, que j’ai pu ainsi traiter seul le mal à sa racine. Comme je l’ai indiqué dans ce livre, je ne recommande pas systématiquement l’auto-traitement, car beaucoup de situations demandent l’intervention, même ponctuelle, d’un thérapeute.
Avec les médicaments et cette nouvelle approche de raisonnement, je me sentais déjà beaucoup mieux.

Mais là où cette approche, bien qu’extrêmement utile pour moi à ce moment-là, me laissait « sur ma faim », c’est dans le domaine du sens de la vie. Un thérapeute qui ne peut s’appuyer sur aucun fondement existentiel précis en est réduit à donner des conseils très généraux du style : « Tout n’est pas noir dans la vie », « Le pire n’est jamais certain », « Apprenez à regarder ce qui est beau autour de vous ». Tout ceci est certes vrai, mais ne donne pas du sens.
Je me suis donc penché à nouveau sur le thème de l’identité, et en particulier de l’identité chrétienne. Je n’ai pas reçu de révélation vraiment nouvelle, mais j’ai redécouvert l’amour inconditionnel du Dieu qui seul peut donner un sens inébranlable à ma vie.
J’ai aussi pu recevoir de Dieu la victoire dans le combat spirituel où l’adversaire de Dieu voulait rendre insignifiante ma vie au moment précis où mon épouse et moi réalisions des projets très importants : elle en matière de témoignage par l’enregistrement d’un CD recueillant les chants qu’elle avait composés depuis une dizaine d’années, moi par la reprise de mon activité d’enseignement biblique.
Quels que soient mes réussites ou mes échecs, ce que j’accomplis et ce que je n’accomplis pas, je suis et demeure un enfant adopté et accueilli dans la famille de Dieu.

Par ailleurs, un aspect important de la foi chrétienne est l’espérance (la certitude !) de prolonger ma vie terrestre par une vie éternelle auprès de Dieu. Je sais qu’aucun effort de ma part ne peut me faire gagner ma place au Ciel, mais que c’est possible pour moi (comme pour vous, ami lecteur) seulement parce que Jésus-Christ a donné sa vie sur la Croix, et qu’il est ensuite revenu à la vie.
Quelle assurance !

« Oui, j’en ai l’absolue certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni ce qui est en haut ni ce qui est en bas, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous arracher à l’amour que Dieu nous a témoigné en Jésus-Christ notre Seigneur. »
(Romains 8:38-39)

Poème

Prends le temps d’aimer
C’est le secret de l’éternelle jeunesse

Prends le temps de lire...
C’est la source du savoir !

Prends le temps d’écouter
C’est la force de l’intelligence !

Prends le temps de penser
C’est la clef de la réussite !

Prends le temps de jouer
C’est la fraîcheur de l’enfance !

Prends le temps de rêver
C’est un souffle de bonheur

Prends le temps de rire
C’est la musique de l’âme

Prends le temps de pleurer
C’est l’émotion d’un grand cœur

Prends le temps de vivre...
Car le temps passe vite
Et ne revient jamais !

(Anonyme)

Notes

[1<Lewi42>LEWIS C.S., « Voilà pourquoi je suis chrétien », 235 pages, Éd. LLB, 1979 (en français).

[2<Shal83>SHALLIS Ralph, « Il faut beaucoup de foi pour être athée », 151 pages, Éd. Farel, 1983.

[3<CrAl84>CRABB Lawrence et ALLENDER Dan, « L’encouragement », 182 pages, Éd. JEM Sator, 1988 (en français).

[4<Pouj96>POUJOL Jacques & Claire, « Manuel de relation d’aide - l’accompagnement spirituel et psychologique », 200 pages, Éditions Empreinte Temps Présent - Collection Psychologies, 1996.

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