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Recension de livre :

« Réinventer l’église - Communiquer l’Évangile dans un monde postmoderne »

de Brian McLaren

lundi 23 juillet 2007, par Jean-Louis Théron


J’ai rarement entendu autant d’avis sur un livre... avant de finir par le
lire moi-même, intrigué par les controverses suscitées par l’ouvrage.
Avouons que le titre est provocateur : peut-on « réinventer » une institution
divine vieille de 20 siècles ? Et qui peut prétendre à cela ?

Brian McLaren est pasteur d’une église américaine en pleine croissance, et
s’active pour aider d’autres églises à grandir.
Ceci ne le préserve pas de faire des erreurs, mais c’est tout de même mieux
que s’il philosophait sur cette question sans expérience pratique directe.
Pour autant, s’agit-il d’une (nouvelle) invention (farfelue) venue
d’outre-Atlantique ?

Le sous-titre de l’introduction, "Dans un monde nouveau, il faut une église
nouvelle. Nous sommes dans un monde nouveau", préserve le suspense : est-ce
à dire que l’église doit s’adapter au monde... au risque de perdre sa
saveur ? ou est-ce seulement être réaliste en distinguant la forme du fond,
sans transiger sur l’essentiel ?

Le monde que Brian McLaren appelle « postmoderne » résulte des changements
profonds intervenus en un siècle : radio, automobile, antibiotiques,
télévision, ordinateur, téléphones mobiles, Internet, séquençage du génome
humain, déclin des religions et vide spirituel...
Brian McLaren nous indique que, face à ces mutations, "pas besoin d’un
nouvel Esprit, mais bien d’une spiritualité qui soit revisitée. Pas besoin
d’un Christ nouveau, mais d’un chrétien nouveau".
Il résume d’une phrase l’enjeu de la situation dans laquelle l’Eglise est
placée : "soit l’Église crée de toutes pièces un espace de sauvegarde, une
sorte de havre du passé où l’on voit se rassembler des gens frileux à la
recherche d’un confort éphémère ; soit il s’agit d’un groupe pionnier
d’apprentis surfant sur la vague du changement qui mène ses ouailles vers
ce nouveau monde, transformant des églises d’hier en églises nouvelles".

Une fois qu’on a admis que le monde change en profondeur, et que l’Eglise
de Jésus-Christ se doit d’en tenir compte, les titres des chapitres
semblent frappés au coin du bon sens (les parenthèses sont de moi, pour
vous, cher lecteur, qui n’avez pas le livre entre les mains) :
- Changer radicalement
- Redéfinir la mission
- Pratiquer la pensée systémique (sous-titre : percevoir le programme de
l’église comme un ensemble d’interactions et non comme un agrégat de
parties distinctes)
- Échanger nos traditions (celles des églises) contre la tradition
(chrétienne)
- Ressusciter la théologie au même titre que l’art et la science
- Élaborer une nouvelle apologétique
- Apprendre une nouvelle rhétorique (découvrir de nouveaux modes de
discours, mieux adaptés)
- Abandonner les structures quand elles sont dépassées
- Portons-nous les responsables ?
- Anticiper
- Entrer dans le monde postmoderne : le comprendre
- Entrer dans le monde postmoderne : s’y engager
- Entrer dans le monde postmoderne : être prêt pour la révolution
- Poursuivre (citation : "Parce que j’aime mes enfants, je veux leur
transmettre une foi vraie, bonne, capable de les lancer dans un ministère,
une mission, une communauté")
- Pour une mise en œuvre

Comme pour tout ouvrage, il serait facile de prendre au pied de la lettre
une affirmation ou un raisonnement de l’auteur et d’y déceler le signe
d’une pernicieuse hérésie rampante, ou — à tout le moins — d’un
déséquilibre dangereux.
Mais est-ce rendre ainsi justice à l’auteur ? Etait-ce sa motivation ? Il
nous faut apprendre à prendre du recul, de la maturité, en pesant la valeur
de ce que nous lisons, entendons, vivons.

Le sous-titre « Changer de doctrine » peut faire sursauter, mais le texte
indique immédiatement : "Nous abandonnons nos bases doctrinales, parfois
pas très sures, pour adopter une réflexion pleine de bon sens ; une
doctrine éprouvée par le temps, solide et vigoureuse, débarrassée de tout
artifice".

En fait, ce livre me semble porteur d’une humilité certaine dans la vision
des choses, par exemple lorsque l’auteur déclare : "Allons-nous reconnaitre
— malgré nos diplômes, livres, connaissances et titres, polémiques,
émissions de radio, congrès, opinions personnelles, articles, formulations
doctrinales et systèmes théologiques, traditions établies ou déployées,
sondages d’opinion gages de notre efficacité, et j’en passe — allons-nous
reconnaitre que nous sommes des débutants, des néophytes, des amateurs, des
simples d’esprit, des enfants de maternelle jouant dans la cour de
récréation ou encore des serviteurs que Jésus qualifie d’inutiles ?«  »Réinventer l’église" n’est pas LE livre qui va tout changer, en nous
révélant ce que personne n’avait compris avant. Mais, en le refermant, je
me suis dit finalement que la nécessaire souplesse dont nous devons faire
preuve dans ce XXIe siècle nous rend d’autant plus dépendant de Celui en
qui nous mettons notre foi.

N’est-ce pas finalement cela, l’essentiel ?

P.-S.

« L’équipe de CoeurNet encourage les débats d’idées dans un esprit non polémique et constructif. Les points de vues développés dans cet article ne représentent que ceux de son auteur et ne sauraient engager les églises qui animent CoeurNet. »

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2 Messages

  • J’ai lu attentivement le livre « Réinventer l’Eglise. » Ayant pour sous-titre : Communiquer l’Evangile dans un monde postmoderne ». J’y ai trouvé des analyses de situation intéressantes, des propositions parfois osées mais souvent judicieuses … pourtant ce livre a créé en moi un malaise profond et je m’en explique :

    Le sous-titre contient 3 mots clés, dont un seul est fondamental :
    1- La connaissance du monde postmoderne dans lequel nous évoluons : Le sujet est largement traité et, globalement, d’une façon intéressante.
    2 - La communication du message. Le sujet est traité sous toutes ses formes et on peut en retirer de bonnes idées.
    3 - L’Evangile : Non seulement ce thème fondamental n’est pas défini mais, de plus, il est sérieusement attaqué : « La nouvelle Eglise ne considère pas le Nouveau Testament ... comme une épure immuable et détaillée devant servir de modèle à toutes les églises, dans toutes les cultures à toutes les époques". (p 25)
    Et je me suis posé la question : « à quoi servent les plus excellentes techniques si c’est pour proclamer un message qui n’est plus celui de la Bible ?
    Quelqu’un dira : il ne s’agit que de la forme et pas du fond. Ce n’est pas ce que l’auteur dit : le message futur de l’Eglise qu’il réinvente, sera non seulement nouveau et différent, mais celui que nous connaissons n’aura plus sa place . Jugez-en plutôt : « De certains pasteurs novateurs on entend dire que ce n’est pas le MESSAGE qui change, c’est juste le support. C’est très à la mode. C’est loin d’être vrai à cette époque de transition et va s’avérer ABSOLUMENT FAUX quand nous aurons atteint « l’autre côté » …( p 70)
    « Mais me direz-vous, ce nouvel activisme théologique ne va-t-il pas générer des conflits nouveaux ? N’allons-nous pas assister à toutes sortes de schismes ? Oui, c’est très possible. Mais peut-être pas ! » (p 71). Nous sommes avertis.

    Pour ceux qui aiment la Parole de Dieu je suggère de méditer deux passages : 2 Corinthiens 11.4 et Galates 1.6-10 et de vérifier s’il n’y aurait pas quelque rapport avec le sujet qui nous occupe.
    Personnellement je signale ma très grande peine à ceux qui participent à la diffusion d’un tel ouvrage.
    Pierre Oddon
    Vigi-Sectes

    Voir en ligne : Brian McLaren : alerte Vigi-Sectes

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    • Lorsque j’ai lu et commenté ce livre, en juillet 2007, je savais qu’il y avait des discussions autour du livre.

      A SA SEULE LECTURE, et même si j’y ai trouvé certaines formulations surprenantes (comme je l’ai indiqué dans le commentaire), je n’ai pas compris pourquoi il suscitait de telles polémiques.

      J’ignorais à l’époque les éléments que vous apportez, concernant les autres livres qui ont suivi ainsi que l’environnement général de l’oeuvre de l’auteur.
      Ces éléments donnent en effet matière à réflexion.

      En tant que « commentateur » d’un livre, je fais le plus possible abstraction de son succès commercial ou de la notoriété de son auteur. Personne n’est à l’abri de délivrer un enseignement erroné : « Que celui qui croit être debout fasse attention à ne pas tomber ! » (1 Cor. 10:12).

      La Parole de Dieu nous invite au discernement lorsqu’elle affirme, par la bouche de l’apôtre Paul : « Examinez tout et retenez ce qui est bon » (1 Thess. 5:21).

      Dans notre époque où la parole des hommes est de plus en plus abondante et diverse, elle doit bien sûr rester notre seule référence.

      Merci donc pour l’éclairage complémentaire — invitant à la prudence — que vous apportez sur... le contexte du texte !

      Bien fraternellement.

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