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Dépression, discipline de vie, thérapie, vie spirituelle : Témoignage personnel et conseils pratiques

Rangement efficace, discipline relationnelle, bilan de vie, notre identité personnelle, l’adversaire

Traverser la vallée de l’ombre (article 7/12)

vendredi 18 mars 2005, par Jean-Louis Théron


Ranger

Pour avoir dès le matin une pensée claire, qui ne soit pas encombrée par un fouillis de préoccupations, il est important de travailler avec un environnement dégagé.
Rien ne donne plus de sérénité pour commencer une journée qu’un bureau qu’on aura bien rangé… la veille !
Avez-vous remarqué que les problèmes se simplifient lorsque l’on range ?
Les principes qui suivent sont tirés de la méthode des « 5S », mise en œuvre avec succès par les opérateurs des usines japonaises.

Cette méthode tire son nom de cinq mots japonais commençant par la lettre « S » :

- SEIRI (Éliminer… ce qui ne sert pas quotidiennement),

- SEITON (Ranger), ce qu’un vieux proverbe, français celui-là, résume admirablement bien : « Une place pour chaque chose, et chaque chose à sa place »,

- SEISO (Nettoyer), ce qui signifie en particulier régler les causes de salissure, mais aussi rendre « nettoyable »,

- SEIKETSU (Standardiser), pour que les progrès soient durables,

- SHITSUKE (Respecter).

Cette méthode, toute simple, fonde son efficacité sur deux principes :

  1. Le 1er principe est que, pour que le rangement et la propreté soient efficaces et durables, ils doivent être naturels, simples, utiles et organisés par vous-mêmes.
  2. Le 2e principe est que, lorsqu’un lieu est propre et rangé, la moindre anomalie devient évidente et on réagit immédiatement.

Discipline relationnelle

À moins d’être complètement épuisé et d’avoir besoin d’une « isolation nerveuse », n’évitez pas la compagnie des autres. Même si elle représente un effort pénible, et que vous préféreriez spontanément le silence et la solitude. En effet, la présence des autres permet d’oublier un moment ses propres pensées répétitives.

Mettez à profit ces moments difficiles pour renforcer la relation avec vos proches, tout en veillant à ne pas leur imposer pour autant des gémissements quotidiens. Taisez-vous plutôt que de les accabler, ou, si vous avez besoin de vous « soulager », téléphonez à un ami moins impliqué affectivement que votre entourage direct.

Évitez les « chronophages ». Nous connaissons tous des personnes qui ont le chic pour nous faire perdre du temps, sans que ce temps ait véritablement servi à une action constructive. Si vous les rencontrez, trouvez des stratégies non agressives pour « prendre la tangente »…

Recherchez la compagnie de personnes avec qui vous ne vous « prendrez pas la tête ». Vous avez besoin de toute votre énergie pour vous en sortir : ce n’est donc pas le moment d’essayer de régler les problèmes difficiles des autres… à moins que vous ne sentiez que c’est justement ce qu’il vous faut pour éviter de vous polariser sur vos propres problèmes !

Vous devez certainement avoir des amis authentiques (c’est l’occasion de les reconnaître !) : appelez-en un, partagez votre problème et priez avec lui. « Un ami aime en tout temps, et quand survient l’adversité, il se révèle un frère » (Prov. 17:17).

Refusez l’idée que les autres sont des ennemis. C’est peut-être ainsi que vos pensées actuelles vous amènent à les voir, mais c’est une exagération dans la plupart des cas. L’observation attentive des autres vous montrera que la plupart des gens que vous côtoyez ont une attitude bienveillante, ou simplement indifférente.

Progressivement, vous verrez que les autres peuvent aussi être une aide, et non pas seulement une menace. J’ai été marqué par l’exemple du prophète Élie : après un temps de victoire éclatante (1 Rois 18:20-46) suivi d’une phase de dépression favorisée par son épuisement (1 Rois 19:1-18), il a vu arriver l’aide inattendue de son successeur Élisée (1 Rois 19:19-21). Savons-nous être attentifs à l’aide possible ? Savons-nous déléguer lorsque Dieu nous apporte une aide « sur un plateau » ? Sommes-nous seulement assez humbles pour accepter cette aide ?

Se réhabituer graduellement à être « sur le devant de la scène ». Au cours de ma dépression, je cherchais à passer inaperçu, en m’habillant avec des couleurs les plus ternes possibles, en limitant au strict nécessaire les contacts humains… qui me fatiguaient ! Il m’a fallu, bien sûr, parvenir à retrouver une vie normale, mais par étapes, de manière à reprendre confiance en réussissant l’une après l’autre chacune des étapes.

Si votre dépression est causée - au moins en partie - par une situation relationnelle difficile, il se peut que vous soyiez victime de ce que l’on appelle le « harcèlement moral ». Dans ce cas, n’essayez pas de combattre : fuyez ! Inutile de dépenser de l’énergie inutilement vers l’extérieur. Concentrez-vous en premier lieu sur votre guérison, le reste viendra après.

Pour l’identification des comportements de harcèlement moral, voir [1].

Faire un bilan

La vie quotidienne nous occupe tellement qu’il ne nous est pas naturel de dresser régulièrement un bilan.
Or, Dieu est celui qui nous invite parfois à nous arrêter : « Arrêtez, reconnaissez-moi pour Dieu ! » (Psaume 46:11). Lorsque nous commençons à sortir de notre dépression, il peut être utile de faire un VRAI bilan, pour orienter notre action vers nos buts véritables.
Dans le monde du travail, on procède souvent comme cela.
Déjà, dans les temps bibliques, l’apôtre Paul et Jésus lui-même l’ont fait. Ils ont ensuite orienté leur action en fonction du bilan effectué. Cette affirmation vous étonne ? Jugez-en plutôt.

Bilan de Paul sur sa vie personnelle

Paul indique qu’il a « achevé sa course » (2 Timothée 4:6-8)
Paul précise qu’il ne court pas « à l’aveuglette », ou : « à l’aventure » (1 Corinthiens 9:26)
Paul fait « une seule chose » : il poursuit sa course « vers le but » (Philippiens 3:12-14). On ne peut pas « courir plusieurs lièvres à la fois ».

Bilan de Jésus sur la vie de ses disciples

Jésus envoie les soixante-dix (ou soixante-douze) disciples avec des objectifs précis (Luc 10:1-16)
Lorsque ces disciples reviennent (Luc 10:17-20), il effectue avec eux le bilan (victoire spirituelle) et conclut avec une orientation vers l’avenir (rester humbles).

L’identité

La réalisation d’un bilan a ses limites. Elle peut nous amener à penser que notre vie est une réussite ou un échec seulement parce que nous avons réussi et échoué dans nos ACTIONS.
C’est pourquoi il nous faut un jour ou l’autre nous poser la question des bases de notre identité.
De nombreux auteurs se sont penchés sur cette question importante, et je me limiterai à donner dans ce livre les principes qui m’ont été les plus utiles sur le plan personnel.

Nous ne sommes pas ce que nous faisons . Même si tout autour de nous pourrait nous le faire croire. Même si nous avons reçu parfois (ou même souvent) un amour conditionnel. Même si nous en sommes arrivés à obtenir l’approbation et l’amour des autres sur la base de nos réussites. Nous sommes, indépendamment de ce que nous faisons. Mais, par contre, nous agissons souvent en fonction de ce que nous sommes…

Dieu nous aime d’un amour inconditionnel . Il est d’ailleurs le seul à le faire parfaitement. Il n’est pas influencé par les apparences, qui conditionnent tant de rapports humains à tous les niveaux.

En tant que chrétien , parce que j’ai accepté que Jésus-Christ soit mort pour moi, mon identité est avant tout celle d’un enfant adopté dans la famille de Dieu. Tous les autres éléments de mon identité (race, famille, religion, statut marital, langue, profession, statut social, etc.) sont secondaires.

Pour approfondir le thème de l’identité, voir [2], [3], [4], [5], [6].

L’amour et la tendresse de Dieu

Si j’ai admis que mon identité était d’être un enfant dans la famille de Dieu, la personne de mon Père prend une grande importance.
Ce qui devrait caractériser toute relation d’un père avec son enfant, c’est l’amour. Je dis « devrait », parce qu’il arrive malheureusement trop souvent que la vie des familles humaines soit marquée par les conflits, l’incompréhension mutuelle, quand ce n’est pas l’indifférence.
Pour moi, deux personnages bibliques ont particulièrement illustré ce point : Agar dans l’Ancien Testament, Jésus-Christ dans le Nouveau.

Agar était servante de Sara, femme d’Abraham. Deux fois dans sa vie, elle a connu le rejet et s’est retrouvée seule dans le désert, sans aucune ressource pour nourrir son fils Ismaël (Genèse 16:1-16, 21:1-21). Dieu lui a révélé successivement qu’Il entend (sens du prénom « Ismaël ») et qu’Il voit (sens du nom donné au puits de « Atta-El-Roï » : tu es le Dieu qui me voit). Puissions-nous chacun nous souvenir au moins de ces deux choses : Dieu voit, et Dieu entend !

Jésus-Christ donne une marque suprême de son amour pour ses disciples en leur lavant les pieds (Jean 13:1). N’oublions pas que cette scène se déroule quelques heures seulement avant que l’un d’entre eux, Judas, ne le livre aux bourreaux qui l’humilieront et le cloueront sur la Croix.

L’apôtre Paul priera plus tard pour que les chrétiens de la ville d’Éphèse comprennent « combien l’amour du Christ est large, long, élevé et profond » (Éphésiens 3:18-19).

La compréhension de cet amour immense et inconditionnel de Dieu à notre égard, admis malgré les souffrances du monde qui nous entoure, est de nature à nous procurer une sécurité et une stabilité intérieure bien supérieures à toutes les techniques « bricolées » auxquelles nous pourrions nous accrocher pour obtenir un « supplément de sérénité ».

Mais cette paix que donne la foi dans l’amour de Dieu n’est pas une solution facile, un gadget.
Jésus-Christ, le Fils de Dieu, a souffert des angoisses terribles au cours des longues heures de souffrance qui ont été les siennes à la fin de sa vie terrestre.
Les Psaumes 22 et 69 relatent de manière prophétique ces moments d’angoisse, en donnant des détails accomplis avec une précision étonnante lors de la venue de Jésus-Christ plusieurs siècles après :
- cri d’abandon (Psaume 22:1 // Matthieu 27:46, Marc 15:34),
- sentiment d’insignifiance (Psaume 22:7),
- impression de dislocation (Psaume 22:15),
- faiblesse (Psaume 22:16, 69:4),
- impression d’être submergé (Psaume 69:2-3, 15),
- pressentiment de mort imminente (Psaume 69:16).

Oui, ce prix était bien assez cher payé pour que nous puissions vaincre nos propres angoisses !

L’adversaire

L’adversaire ? Quel adversaire ? Je ne me connais pas d’ennemis…
L’un des enseignements les plus mal compris - et les plus souvent tournés en ridicule - de la Bible concerne celui qu’elle appelle l’adversaire, l’accusateur, en grec diabolos, le diable.
Aïe, aïe, aïe ! Le mot est lâché ! Voici venir les « images d’Épinal » le représentant sous forme humaine, muni d’une longue queue, vêtu de rouge, portant un trident, et entouré de diablotins semblables à lui. Et j’entends déjà la question : « Comment, vous croyez encore à ces sornettes dignes du Moyen-Âge ? ».

J’ai parfois l’impression d’avoir moins de foi que les « rationalistes humanistes ». J’ai en effet, pour ma part, de difficultés intellectuelles à croire que le monde soit une création spontanée de « la Nature » (avec un grand « N », quand « elle fait bien les choses »), une « conjonction fortuite d’atomes » selon le mot du professeur Monod. De même pour le mal, qui ne serait que le produit de conditions environnementales, sociales, politiques et économiques si mystérieuses qu’aucun groupe humain n’est encore arrivé à les maîtriser pour éradiquer… le mal, précisément.

J’ai encore plus de difficultés à comprendre qu’on puisse simultanément croire que Dieu n’existe pas, mais qu’Il est quand même responsable du mal qu’il laisse commettre, ce qui prouverait d’ailleurs qu’Il n’existe pas…
Bien sûr, la présence et la persistance du mal dans notre Univers reste pour un chrétien un mystère inexplicable. Mais, au fait, qui peut l’expliquer, qu’il soit chrétien ou non ?
Pour faire court, il me semble donc bien plus raisonnable que cet Univers dont la science découvre constamment de nouvelles merveilles dans ses moindre rouages soit la création d’un Dieu infiniment intelligent. La toile de génie parle toujours du Maître. Par ailleurs, le refus de Dieu par l’une de ses créatures, ange puissant à l’origine, débouche logiquement sur sa révolte, et sur le fait qu’il recherche constamment à nuire à ce Dieu et à toutes ses créatures. Je situe là l’origine de la mort, des maladies, des guerres, des famines, des meurtres, mais aussi de tous ces petits gestes d’égoïsme et de lâcheté qui nous caractérisent trop souvent. Non que l’homme ne puisse faire preuve de génie, mais il faut bien reconnaître qu’il l’emploie souvent fort mal.

Celui qui « tire les ficelles » derrière tous ces événements nuisibles, la Bible l’appelle l’adversaire, le diable.
Elle affirme qu’il se déguise en « ange de lumière » (2 Corinthiens 11:14). Il est meurtrier dès la Création du monde (Jean 8:44), menteur (Jean 8:44). Il vient « seulement pour tuer, voler et détruire », alors que Jésus est venu « afin que les hommes aient la vie, une vie abondante » (Jean 10:10). Le diable est aussi celui qui accuse injustement (Apocalypse 12:10).
La Bible affirme qu’il a déjà été jugé à la Croix (Colossiens 2:15), mais qu’il faudra attendre la fin du monde pour voir l’effet complet de ce jugement (Apocalypse 20:10).

Beaucoup de gens pensent que les manifestations diaboliques sont toujours spectaculaires et sanguinaires, un peu comme dans le film « L’exorciste » ou autre thriller « gore » sanguinolent.
C’est bien sûr un champ d’action réel pour cet « adversaire », mais il y en a d’autres.

Pour comprendre son influence potentielle sur nous, réfléchissons à nos trois modes essentiels de comportement : actions, paroles, pensées.

Sur le plan des actions , il peut y avoir des comportements agressifs, des revirements inexpliqués, etc., qui s’expliquent par une influence démoniaque. Céder à ses propres (im)pulsions peut s’avérer extrêmement destructeur.

Un autre champ très destructeur est celui des paroles . La Bible nous dit que la langue est « un feu ; c’est tout un monde de mal » (Jacques 3:6). Nous savons hélas tous, par l’expérience, combien des paroles peuvent faire mal aux autres. Heureusement, il y a aussi des paroles qui font du bien, et la Bible en parle aussi beaucoup, mais nos paroles peuvent malheureusement être un champ d’action de l’adversaire qui va ainsi - même indirectement - accuser, blesser et décourager les autres par notre bouche.

Venons-en maintenant au troisième champ d’action, celui qui précède logiquement les deux autres : celui des pensées . Dans ce domaine aussi peut s’exercer une influence de l’adversaire, même à notre insu.

Je suis persuadé pour ma part que le diable n’a pas besoin de déployer de moyens spectaculaires, qui pourraient nous effrayer et donc nous alerter : il lui suffit d’influencer nos pensées. Ce peut être une subtile pensée de découragement au mauvais moment, une accusation qui nous semble venir de nous-mêmes et que nous pouvons même croire utile en ce qu’elle nous « aide à lutter contre l’orgueil ».
Mais les fruits de cette influence sont pernicieux. Je l’ai compris à l’occasion de ma propre dépression. Je suis convaincu que, dans un moment de faiblesse plus grande de leur part, l’adversaire de Dieu cherche à faire tomber ses enfants au moyen de pensées mauvaises.
Il se sert également de tout ce qui peut provoquer un affaiblissement d’ordre physique ou nerveux, tel que le bruit incessant qui caractérise trop souvent la vie moderne : bruit imposé par les conditions de travail ou de logement, mais aussi bruit « choisi » lorsque nous ne pouvons plus supporter le silence sans musique omniprésente. Musique dont nous ignorons trop souvent le sens des paroles qu’elle véhicule (ré-apprenons l’anglais !).
Oui, l’adversaire guette la faille, en cherchant à influencer nos pensées.
Ce sujet m’a paru si important qu’il a été une des raisons pour écrire le présent ouvrage. C’est pourquoi le prochain chapitre lui est entièrement consacré.

Notes

[1<Hiri98>HIRIGOYEN Marie-France, « Le harcèlement moral », 247 pages, Éd. Pocket, 1998.

[2<Ande93>

[3<Ande97>ANDERSON Neil, « Le libérateur », 246 pages, Éd. CLÉ, 1997 (en français).

[4<Pouj96>POUJOL Jacques & Claire, « Manuel de relation d’aide - l’accompagnement spirituel et psychologique », 200 pages, Éditions Empreinte Temps Présent - Collection Psychologies, 1996.

[5<Seam82>SEAMANDS David A., « Le développement personnel », 166 pages, Collection psychologie, Éd. Empreinte Temps présent, 1989 (en français).

[6<Wils98>WILSON Sandra, « Dans les bras du Père - À la découverte de l’amour inconditionnel », 208 pages, Éd. Farel, 2000 (en français).

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