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Quelle attitude face à Israël ?

lundi 11 août 2003, par Brad Dickson

Peu de questions sont aussi complexes et suscitent autant d’émotion et de débat que celle indiquée par notre titre. Puisque le terrain est miné, nous pourrions être tentés de bannir toute conviction ou éviter toute discussion. Mais nous sommes interpelés par environ 3000 références bibliques sur « Israël », mais aussi par la Shoah, la création de l’Etat d’Israël en 1948 et, en général, par l’actualité. Cet article ne prétend pas faire le tour de la question, mais cherche à poser quelques principes de base pour nous situer dans notre attitude face à Israël.


Nous pouvons constater que depuis le début de l’histoire biblique, malgré l’amour très fort de Dieu pour Israël, il n’a pas toujours approuvé les membres du peuple d’Israël dans leur comportement. Loin de là ! Son alliance avec eux comportait des exigences de justice et de fidélité, et il les a souvent repris en paroles, par les prophètes, et en actes, par des événements tels les déportations. Nous devons, nous aussi, aimer le peuple juif, mais sans forcément être d’accord avec toute la politique du gouvernement israélien.

Au moment de l’Ascension de notre Seigneur, les apôtres étaient très curieux de savoir à quel moment Jésus inaugurerait « le royaume pour Israël » (Ac 1.6). La question était brûlante, puisque Israël était sous la domination romaine. Au passage, notons que Jésus ne dit pas qu’il n’y aurait pas de royaume pour Israël, ou que l’église en est l’accomplissement. La réponse de Jésus les oriente vers un autre souci : « Ce n’est pas à vous de connaître le temps..., mais vous serez mes témoins à Jérusalem... et jusqu’aux extrémités de la terre ». Il leur demande de se préoccuper de l’évangélisation du monde entier. Notre premier devoir est l’évangélisation de tous les hommes, même si nous gardons un souci particulier pour le peuple juif.

Dans les Actes et les Epîtres, nous ne voyons aucun exemple, ni aucune exhortation à une action politique qui viserait le soutien de la nation d’Israël, malgré la cruelle domination romaine dont elle souffrait et les nombreuses tentatives de révolte dont les apôtres étaient sans doute informés. Paul ramassait des fonds auprès de chrétiens grecs qu’il envoyait à Jérusalem, mais seulement pour aider des Juifs convertis qui souffraient de la famine et de l’exclusion sociale liée aux persécutions. (Ac 11.29 ; Rm. 15.25,26). L’entraide, de manière générale, paraît être prioritairement, sans l’être exclusivement, pour les convertis (Ga 6.10).

Luther, à la suite d’Augustin, n’avait pas grand espoir pour la nation d’Israël. Luther allait même jusqu’à écrire : « Il est impossible de convertir ces enfants du diable », comme quelques-uns ont cru comprendre dans l’épître aux Romains [1]. Pourtant, dans de nombreux versets (Ro 9-11), Paul affirme que Dieu a encore un projet pour Israël [2]. Aujourd’hui, des commentateurs évangéliques réputés, dont F.F. Bruce [3], Samuel Bénétreau [4], affirment que Paul s’attend à un réveil du peuple juif. L’apôtre passe néanmoins sous silence les circonstances de ce renouvellement.

La théologie de nos assemblées C.A.E.F. a été fortement influencée à l’origine par Darby, qui a contribué à renouveler l’intérêt de l’Eglise pour la prophétie biblique et pour Israël. Plusieurs d’entre nous prennent pour perpétuelle la promesse faite à Abraham d’une terre pour son peuple (Ge 17.8), et voient dans la création quasi miraculeuse d’un état pour Israël en 1948 une manifestation de la fidélité de Dieu à sa promesse (voir encadré)

Tous ne seront pas d’accord sur ce point, qui ne doit pas être un sujet de division. Mais nous pouvons tous prier pour la paix de Jérusalem, selon l’exhortation du Psaume 122.6. Prions aussi pour qu’Israël cherche activement une solution paisible, miséricordieuse et généreuse pour les Palestiniens dont la souffrance est visible. Aucune interprétation d’une prophétie biblique aujourd’hui ne peut justifier une guerre « sainte » par qui que ce soit.

Jésus, le dernier et le plus grand des prophètes, nous a enseigné une meilleure voie, celle de l’amour du prochain. Dans la parabole offerte en réponse à la question : « qui est mon prochain ? », le Samaritain, voisin proche mais détesté des Juifs est loué pour sa bonne action, et le Lévite, représentant de la religion juive, est désapprouvé. Qui est le prochain d’Israël aujourd’hui ?

Encadré : Deux positions principales à propos d’Israël

Au risque certain de perdre des nuances, brossons à grands traits ces deux positions. Un premier groupe voit dans l’église le prolongement et l’accomplissement même de l’alliance que Dieu a faite avec Abraham. Cela met fin aux promesses de l’Ancien Testament concernant le pays d’Israël. Parmi leurs versets préférés : « il n’y a plus ni Juif, ni Grec » (Ga 3.28) ; « Abraham, notre père à tous » (Ro 4.17) ; « Jésus... dans sa chair a annulé la loi ... pour créer en sa personne, avec les deux un seul homme » (Eph 2.15). Le peuple juif donc, ne conserve aucun statut particulier et Dieu a une seule œuvre, l’Eglise. Dans cette théologie les termes Israël et Eglise deviennent presque interchangeables. C’est probablement une position majoritaire dans la chrétienté depuis Augustin et un trait commun des réformateurs. Ses détracteurs appellent cette approche « théologie de remplacement » (l’Eglise remplace Israël), mais on peut l’appeler plus positivement « théologie de l’alliance ». Certains de ces théologiens attendent néanmoins une conversion importante des Juifs.

Un deuxième groupe voit aussi l’Eglise comme prolongement et accomplissement de l’alliance faite avec Abraham, mais pas comme accomplissement complet. Ils pensent que le peuple juif conserve un statut particulier de peuple élu, et une place centrale dans l’eschatologie biblique. Parmi leurs versets préférés : « Ce sera une alliance perpétuelle » (Gen 17.7) ; « Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Certes non ! » (Rm 11.1) ; « les Israélites, à qui appartiennent (verbe au présent) l’adoption... » (Rm 9.4) ; « l’appel de Dieu est irrévocable » (Rm 11.29). Ils attendent une conversion massive des Juifs. Beaucoup attendent aussi un règne terrestre de Jésus-Christ pendant une période appelée le millenium qui aurait un fort caractère juif. Là, les promesses terrestres faites à Abraham et à son peuple seraient accomplies. On appelle cette interprétation le « prémillénarisme ».

P.-S.

Publié dans : Servir en L’attendant, revue des Communautés
et Assemblées Evangéliques de France No 4 juillet/août 2003 dans le cadre d’un dossier sur le Judaïsme.

Renseignements/Abonnements : Entraide Editions 471 rue Victor Hugo, 26000 Valence eecaef free.fr

Notes

[1Citation de Luther dans le commentaire sur l’épître aux Romains de Hodge, éditions Impact.

[2Ro 9.6 ; 11.1 ; 11.11-13 ; 11.24-31)

[3F.F. Bruce, L’épître aux Romains, Editions Sator/Farel, voir en particulier la note sur 11.26

[4Samuel Bénétreau, L’Epître de Paul aux Romains, Editions Edifac, tome 2, p. 112-124

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1 Message

  • > Quelle attitude face à Israël ? 18 octobre 2003 10:22

    Je suis né en 1948, et j’ai 55 ans. J’ai le même âge que le nouvel état d’Israël. La naissance de l’Etat d’Israël a été proclamée le 15 mai 1948. Ce fut l’un des évènements majeurs du 20e siècle, qui a profondément marqué l’histoire contemporaine.

    Israël est un jeune pays, habité par un peuple très ancien, un des plus vieux peuples du monde.
    J’ai visité ce pays en 1974. Israël avait alors 26 ans. C’est un voyage que tout chrétien devrait faire et qui le marquera pour toute sa vie. Ralph Shallis, auteur évangélique bien connu, qui a été mon « grand-père » spirituel, y est allé une dizaine de fois. Ma propre lecture de la Bible a complètement changé depuis. La Parole de Dieu est devenue encore plus vivante pour moi, que ce soit pour l’Ancien ou le Nouveau Testament.

    Qui aurait cru au 19e siècle que cette région qui était désertique, occupée par les Turcs, redeviendrait fertile et habitée par les juifs, qui étaient dispersés dans le monde entier. Certains étaient dispersés depuis plus de 2500 ans (à l’époque de la déportation à Babylone), et on a retrouvé des communauté juives jusqu’en Chine ! D’autres étaient dispersés depuis la destruction de Jérusalem par les Romains en 70.
    Qui aurait cru au 19e siècle que des touristes viendraient visiter un pays nommé Israël (comme aux temps bibliques), une ville nommée Jérusalem ?

    Plus des trois quarts des prophéties de la Bible concernent Israël. Les prophéties sur le Messie et sur Israël sont explicites (elles ne sont pas sujettes à différentes interprétations contrairement aux prophéties eschatologiques sur la fin des temps ou sur l’antichrist).

    Voici les principales prophéties concernant Israël qui se sont réalisées :
    1°) Dieu a préservé l’existence de son peuple malgré de très grandes épreuves, dont la plus terrible a été la Shoah pendant la 2e guerre mondiale ;
    2°) Pendant la dispersion des juifs, la terre d’Israël était devenue un désert ;
    3°) Dieu a ouvert les sépulcres d’Israël (les camps d’extermination nazis) « Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : » Voici, j’ouvrirai vos sépulcres, je vous ferai sortir de vos sépulcres, ô mon peuple... " (Ezéchiel 37:12) ;
    4°) Dieu a ramené les juifs sur la terre de leurs ancêtres : « ... et je vous ramènerai dans le pays d’Israël » (fin du verset d’Ezéchiel 37:12) ;
    5°) Dieu leur a donné un vrai pays, avec un gouvernement, un parlement (où les arabes israéliens sont aussi représentés au même titre que les juifs), des lois, des commerces, des industries ;
    6°) Dieu leur a rendu la langue de leurs ancêtres, alors qu’ils ne parlaient plus que des langues étrangères : c’est un exemple unique dans l’histoire de l’humanité de renaissance d’une langue morte (déjà au temps de Jésus l’hébreu était devenu pratiquement une langue morte, très peu de gens le parlaient, et on utilisait surtout l’araméen) ;
    7°) Le désert a refleuri grâce à des travaux d’irrigation et à des travaux agricoles très importants ; j’ai vu en plein désert pousser des fleurs, du blé, des fruits, des légumes, des tomates, j’ai vu des élevages, des millions d’arbres ont été plantés ;
    8°) Dieu a libéré Jérusalem qui était foulée aux pieds par les nations depuis 70 : romains, byzantins, croisés, arabes, turcs jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, puis anglais et enfin jordaniens jusqu’en 1967 (la même année que l’ouverture du premier local de notre église, le Foyer Chrétien Evangélique, au 9 rue de la République à Grenoble !) selon la prophétie de Jésus lui-même : « Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. » (Luc 21:24) ;
    9°) Jérusalem est devenue une pierre pesante, une pierre d’achoppement pour les nations (on peut dire un point névralgique du globe, et dans le mot névralgie il y a le mot « algos », qui veut dire douleur, car le monde entier souffre à cause de la situation au Proche-Orient).

    Israël fait partie du plan de Dieu pour le monde parce que dès le début, il y a près de 4000 ans, Dieu a promis à Abraham, Isaac et Jacob, que toutes les nations de la terre seraient bénies en leur postérité (Israël et Jésus).

    Les prophéties que nous voyons s’accomplir sous nos yeux confirment que la Bible est un livre divin, inspiré et authentique, que c’est la Parole de Dieu, et que nous pouvons lui faire confiance.
    Je ne comprends pas comment un chrétien fondé sur la Bible peut tordre le sens des Ecritures au point de nier l’évidence historique de la fidélité de Dieu envers son peuple d’Israël. Dieu aime toujours Israël qui est « la prunelle de son oeil » (Zacharie 2:8) et veut accomplir ses promesses envers lui, même s’il l’a rejeté pour un temps, pour le salut des païens. En tant que chrétien d’origine païenne, nous devons rester très humbles à l’égard d’Israël, sachant que Dieu a permis le rejet d’Israël pour que l’Evangile de Jésus le Messie puisse être prêché à toutes les nations (Romains 11 et en particulier Romains 11:25 : « Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée. »)

    Dr Jean Igor Wolga

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