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Le regard des autres

Une réflexion sur le phénomène du dopage dans le sport

jeudi 3 avril 2008, par Pierre Calvert


Voir en ligne : Tiré du site de l’Eglise Protestante de Saint-Étienne sud

On se désole, mais on ne s’étonne plus. L’été dernier, le public a eu de nouveau droit à de multiples scandales de dopage dans le monde du cyclisme. Au mois de mai 2007, Bjarne Riis devient le premier vainqueur du Tour de France à avouer s’être dopé. Suite à ces aveux, il est déchu, le 7 juin de son titre ; le Tour de 1996 sera à l’avenir considéré comme étant sans vainqueur. Puis, le 24 juillet, l’Equipe annonce que le coureur kazakh, Alexandre Vinokourov (par ailleurs ancien coureur de l’EC Saint-Etienne-Loire) a été contrôlé positif aux transfusions homologues en plein Tour de France. Désormais, il est clair que les grandes « affaires » des dix dernières années n’ont pas provoqué la profonde remise à plat nécessaire pour rompre la culture du dopage dans le cyclisme.

Que doit penser l’observateur ordinaire de ce phénomène ? Une réaction naturelle serait de recourir à un discours moralisateur et condamner avec indignation de telles tricheries. Mieux vaut peut-être cela, finalement, que de sombrer dans un cynisme amoral : « Qu’importe, puisqu’ils sont tous pareils ? ». Mais il faut pousser plus loin l’analyse. Il faut se demander ce qui pousse ces athlètes à se doper.

Dans un entretien télévisé [1], l’ancien coureur français, Christophe Bassons, suggère qu’au-delà des intérêts financiers, les coureurs qui se dopent seraient motivés par le besoin psychologique de reconnaissance sociale et le désir ardent « d’être quelqu’un ». Or, la vraie tragédie de cette histoire, c’est que ces coureurs, même s’ils deviennent de grandes stars médiatiques, ne sont « quelqu’un » qu’aux yeux des autres. Paradoxalement, la tricherie qui leur permet de gagner l’estime des autres, leur enlève à eux-mêmes toute fierté personnelle. Le témoignage de Philippe Gaumont, deux fois champion de France de poursuite individuelle, en est un exemple émouvant : « Quelle punition pourrait être plus importante que la certitude que je ne saurai jamais (...) ce que je valais vraiment ? (...) Pendant toute ma carrière, j’ai cru que le bonheur sportif passait par la victoire, la gloire et l’argent... Je me suis dopé pour exister (...) Maintenant, (...) je réalise que je ne sais pas quel sportif j’étais vraiment. » [2]

Terrible aveu. Mais une question similaire se pose pour nous tous. Comment puis-je savoir qui je suis vraiment, derrière les divers masques que je porte au travail, en famille et avec mes amis ? Il y a trois mille ans, l’auteur du Psaume 139, dans la Bible, a compris que son identité était avant tout défini par le regard que son Créateur portait sur lui – de celui qui l’a « tissé dans le ventre de [sa] mère ». Son regard tout-perçant, auquel rien n’est caché, rend absurde toute tentative de tromperie : « Bien avant qu’un mot vienne sur mes lèvres, Eternel, tu sais déjà tout ce que je vais dire. » dit-il dans sa prière.

Pour le tricheur, cette pensée est d’abord troublante : « Où pourrais-je fuir hors de ta présence ? Si je monte au ciel, tu es là, et si je descends au séjour des morts, t’y voilà ! » Mais, comme Philippe Gaumont le sait, à force de vouloir cacher la vérité, on ne finit que par s’emprisonner. Finalement, l’auteur du psaume, lui, trouve la paix en s’abandonnant joyeusement au regard du Dieu omniscient : « Sonde-moi, ô Dieu, pénètre mon cœur, examine-moi et pénètre les pensées qui me bouleversent ! Considère si je suis le chemin du mal et dirige-moi sur la voie de l’éternité ! »
 [3]

Notes

[1L’Entretien, France 24, 26/7/2007, disponible en ligne sur le site http://cyclisme.dopage.free.fr

[2Prisonnier du Dopage, Editions Grasset, 2005, cité dans le portrait de Philippe Gaumont sur le site déjà mentionné.

[3Psaume 139, versets 13, 4, 7b-8, 23-24, traduction « Parole de Vie », Alliance Biblique Universelle, 2000.

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