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Dépression, discipline de vie, thérapie, vie spirituelle : Témoignage personnel et conseils pratiques

Le monde des pensées, le combat de la vie, la pitié de soi, la course chrétienne

Traverser la vallée de l’ombre (article 8/12)

samedi 16 avril 2005, par Jean-Louis Théron


Le monde des pensées

Nos pensées influencent toute notre vie.
Nos actions en dépendent, bien sûr : la plupart du temps, elles sont (et c’est heureux) le fruit de notre réflexion : actes réfléchis ou prémédités...
Nos paroles proviennent de nos pensées. Jésus lui-même déclare : « Ce qu’on dit vient de ce qui remplit le cœur » (Matthieu 12:34).
Nos pensées influencent aussi les métabolismes digestifs : on peut se faire de la bile (au sens littéral du mot), avoir une boule dans la gorge, trembler de tous ses membres, etc., simplement à cause de ses pensées. Elles peuvent faire battre plus vite notre cœur, et provoquer à la longue des maladies cardio-vasculaires (en cas de ressentiment ou de jalousie prolongée par exemple).
Toutes les réalisations humaines significatives, en bien ou en mal, sont le fruit de pensées qui ont pris corps dans des êtres humains.
Celui qui parvient à maîtriser sa pensée gouverne aussi ses propres paroles et actions.
C’est précisément parce que la pensée a ce rôle aussi déterminant, même s’il est souvent sous-estimé, que l’adversaire cherche en priorité à y exercer son action.

Lorsque nous nous interrogeons au sujet de la souffrance et de ses causes, nous cherchons à comprendre comment la volonté de Dieu a pu intervenir sur les événements en eux-mêmes. Ceci est intéressant, mais nous sommes tellement obnubilés par les événements qu’ils peuvent devenir pour nous un point de blocage parce que nous refusons qu’un événement ait pu nous arriver ou toucher l’un de nos proches : « Si Dieu était bon, il n’aurait pas permis que... ».
Je vous propose une autre manière d’envisager la question. Elle se base sur la nature des deux étonnants dialogues entre Dieu et le diable, qui nous sont relatés au sujet du patriarche Job (Job 1:6-12, 2:1-7). Ces dialogues m’ont longtemps heurté, parce que je ne comprenais pas que Dieu accepte de « négocier » avec le diable, en « jouant » avec la santé de ce pauvre Job qui n’y était pour rien.
Ceci jusqu’à ce que je comprenne que l’enjeu n’était peut-être pas les événements en eux-mêmes, mais la réaction qu’ils suscitent en nous.
Job réagit de manière diamétralement opposée à sa femme : il bénit Dieu, alors qu’elle l’encourage à le maudire (Job 2:9).
Sur les deux croix dressées près de celle de Jésus, les deux brigands réagissent de manière opposée (Luc 23:39-43), alors qu’ils sont placés dans une situation identique : délinquance, condamnation, mort imminente.
Il est significatif que les mots traduits par « épreuve » et par « tentation » proviennent du même mot grec qui signifie « test ». C’est ce qui rend si difficile de traduire le premier chapitre de la lettre de Jacques, qui emploie plusieurs fois ce mot dans des contextes différents.
Le mot « épreuve » a d’ailleurs en français ce double sens : je passe une épreuve de gymnastique, mais la gymnastique est peut-être pour moi une épreuve...
Finalement, ne puis-je considérer les événements comme des circonstances devant lesquelles la vie me place, et auxquels je ne peux souvent pas grand chose ? Par contre, je peux réagir positivement ou négativement, m’en sortir « par le haut » ou « par le bas ».
Face à un même événement, n’est-il pas logique de penser que l’intention de Dieu soit toujours d’édifier, de construire, d’aimer et de faire aimer, parce que c’est Sa nature ?
À l’opposé, n’est-il pas également logique d’admettre que l’intention de l’adversaire soit d’accuser, de mentir, de corrompre, d’abaisser, de « gâcher le plaisir »... là aussi parce que c’est sa nature ?

Face à la suggestion du serpent, Ève pouvait croire la parole de Dieu et s’en tenir aux règles qu’Il avait laissé. Elle pouvait aussi se dire que l’adversaire avait raison, et qu’elle gagnerait des pouvoirs nouveaux en goûtant du fruit, qui lui était défendu pour son bien.
Judas pouvait rester un disciple fidèle de Jésus-Christ, sans céder à son désir de s’enrichir. Au lieu de cela, il a cédé à la suggestion d’une pensée (Luc 22:3, Jean 6:70, 13:2, 27), ce qui a entraîné deux morts physiques : la sienne (Matthieu 27:5), puis celle de Jésus (Matthieu 27:50).
Ananias et Saphira pouvaient être honnêtes quant au don volontaire de leurs biens, et ne pas établir la fausse déclaration qui leur a été inspirée par l’adversaire (Actes 5:3).
Moi-même, face aux potentialités fantastiques de l’esprit humain, je peux reconnaître la bonté de Dieu et vouloir les utiliser pour le bien, en restant soumis humblement à celui qui m’a créé. Je peux aussi adopter les conclusions de la « pensée positive » ou de la méditation transcendantale, croire que je vais devenir un surhomme, laisser s’exprimer le soi-disant « dieu qui est en moi ».
La convoitise produit le péché et la mort, et tout commence par une pensée (Jacques 1:14-15).
On pourrait continuer longtemps la liste des illustrations bibliques et quotidiennes du pouvoir décisif des pensées.
La pensée est bien sûr - et avant tout - un outil formidable de l’homme créé à l’image de Dieu, mais elle peut être aussi le siège d’une volonté orgueilleuse qui refuse le Créateur.

Dans deux textes importants - et insuffisamment médités - de la 2e lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul développe deux idées essentielles :

- L’opposition à Dieu se cristallise dans de faux raisonnements (10:4-5) ;

- Le mensonge de l’adversaire peut nous amener à laisser notre esprit « se corrompre et se détourner de votre [ »notre« ] attachement sincère et pur au Christ » (11:3).

Je tire de ces principes la nécessité d’être vigilant dans mes pensées. De nombreuses écoles philosophiques, éducatives et religieuses au cours de siècles, dans toutes les civilisations, ont reconnu la nécessité d’une certaine discipline mentale.
Je dois donc refuser les faux raisonnements qui se présentent à moi, en les identifiant comme des mensonges. Voilà qui complète, dans le domaine spirituel, ce que nous avons dit dans le chapitre consacré aux « raisonnements automatiques négatifs ».
Dans ma propre expérience chrétienne, j’ai reconnu à un moment crucial de ma dépression que mes pensées pouvaient provenir certes de ma « chair » (ma nature humaine), du « monde » (le système humain qui m’entoure) mais aussi de l’adversaire.
J’ai retrouvé ainsi au niveau de mes pensées les trois ennemis « traditionnels » du chrétien, qui peuvent être source de péché pour lui : la chair, le monde et le diable.
C’est pourquoi la plus sûre parade est bien de laisser toujours plus de place dans ma vie en général -et dans mes pensées en particulier - à l’Esprit éternel et infini de Dieu, qui a choisi de venir faire sa demeure en moi (Romains 8:1, 8:4, 8:13-17, 1 Corinthiens 2:10-16, 6:19-20, Galates 4:6, 5:16-25, Éphésiens 1:13-14, 2:18-22, 5:18-19, 6:17-18, Colossiens 1:9, 3:16).

Pour le thème des pensées et la manière de les maîtriser, voir [1].
Pour creuser le thème du sens de la souffrance, voir [2].


3e PARTIE : CONSOLIDER

« Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement ».

Francis BLANCHE (humoriste français).

La vie : un combat ?

Décidément, ça se gâte ! Après avoir parlé de « l’adversaire », voici venu (logiquement, convenez-en) le temps du « combat ».
N’est-il donc pas possible de vivre tranquillement, « cool », « peinard » ?
La réalité, que nous voulions ou non la voir en face, est que le monde est le siège d’un combat spirituel.
La Bible affirme que lorsque nous conformons notre manière de vivre à celle de ce monde nous « suivons le chef des puissances spirituelles mauvaises, cet esprit qui agit maintenant dans les hommes rebelles à Dieu » (Éphésiens 2:2). Une autre traduction lui donne le nom de « prince ».
Comprenons-le bien : ce combat n’est pas à livrer contre des hommes. Il n’est pas question, ici ou ailleurs dans la Bible, d’une « djihad », d’une « guerre sainte ».
Mais si je veux maîtriser mes pensées, en vivant d’une manière équilibrée qui satisfasse pleinement ma conscience, je dois comprendre la nécessité de ce combat, et m’y engager. C’est un des facteurs de guérison durable de la dépression.
Dans la même lettre aux Éphésiens, l’apôtre Paul décrit ce combat spirituel, et les armes que nous pouvons employer (Éphésiens 6:10-17). De ce passage très riche, et souvent commenté par des exégètes bien plus qualifiés que moi - auxquels j’invite le lecteur à se reporter - je veux retenir dans le cadre du présent ouvrage les enseignements suivants :

- Je ne lutte pas contre « des êtres de chair et de sang » : mon prochain reste en toute occasion un autre être humain à aimer, même si je suis en total désaccord avec lui ;

- Mes adversaires sont invisibles ;

- L’armure consiste essentiellement en dispositions d’esprit sur lesquelles ma volonté de combattant peut avoir une influence : la vérité, la droiture, la disponibilité, la foi ;

- Mon arme offensive est une disposition d’Esprit : la Parole de Dieu. C’est pourquoi la méditation régulière de la Bible a une si grande importance : j’ai expérimenté son utilité et son efficacité pour m’aider à sortir de ma propre dépression.

Je ne crois pas que les circonstances où survient la dépression soient non plus toujours complètement « innocentes ».
Pour ma part, c’est après une période transitoire, lorsque je reprenais un engagement d’enseignement biblique et que ma femme préparait l’enregistrement de son premier « CD » que j’ai traversé mon plus terrible épisode difficile. Il y a parfois des enjeux qui nous dépassent dans le combat céleste. Nous ne les voyons pas quand nous sommes dans l’arène.
Sommes-nous prêts à mourir pour vaincre ? On dit que les gladiateurs romains saluaient l’empereur par ces mots : « Ave Caesar imperator, morituri te salutant ! » (« Salut, empereur César, ceux qui vont mourir te saluent ! »). Puissent ces mots, appliqués à Dieu (rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu !) être notre prière pour nous remettre sous Sa protection...

La pitié de soi

Dans le domaine de nos pensées, il peut malheureusement arriver que nous soyions victimes d’une tentation particulière, celle de la pitié de soi.
Cette tentation consiste à se centrer tellement sur nos propres besoins, émotions, sentiments, sensations même, que nous nous retrouvons vite handicapés dans la vie de tous les jours.
L’écoute légitime de soi, mécanisme salutaire de la conscience, qui nous permet de garder un équilibre, cède alors la place à l’écoute excessive, à l’introspection maladive.
On peut toujours se donner des excuses. Il y aura toujours des circonstances atténuantes.
« Le paresseux dit : - Il y a un lion là-dehors, je risque d’être déchiré en pleine rue ! » (Proverbes 22:13, idem. 26:13).
Le problème avec la pitié de soi, c’est que, pour l’entourage, elle peut présenter des symptômes identiques à ceux de la dépression. Et comme la pitié de soi passagère est finalement assez répandue (qui n’en a éprouvé un jour ou l’autre ?), l’entourage est tenté de prodiguer à un véritable dépressif le fameux conseil « Secoue-toi ! », en prenant sa dépression authentique pour de la pitié de soi.
C’est là qu’intervient la question de l’honnêteté. Là où l’entourage - et même le thérapeute, parfois - ne peut pas faire la distinction, notre conscience sait, et Dieu sait aussi.
Si nous nous complaisons dans notre état, ayons donc le courage d’être honnêtes. La vraie dépression est de toute façon trop pénible pour qu’on souhaite y rester. Même si le courage et la volonté sont très atténués au cours d’une véritable dépression, gagnons de petites victoires successives pour remporter finalement le combat, et gagner la course.

La course chrétienne

L’apôtre Paul utilisait dans ses lettres des images courantes du monde de l’Antiquité. Il nous invite à ressembler à la fois à des soldats, à des athlètes et à des laboureurs (2 Timothée 2:3-6).
La sobriété et certaines abstinences sont nécessaires pour obtenir la victoire (2 Timothée 4:5, 1 Corinthiens 9:24-27).
Il faut savoir courir... parfois pour fuir : fuir ce qui pourrait nous corrompre (2 Pierre 1:3-4), en particulier le péché (Hébreux 12:1-4).
À ce prix nous pourrons, comme des coureurs portant la flamme olympique « briller comme des flambeaux dans le monde, en portant la Parole de vie » (Philippiens 2:15-16, voir aussi Matthieu 5:14-16), en étant revêtus d’une « armure de lumière » (Romains 13:11-14).
En prenant au sérieux l’enseignement du Christ, nous éviterons ainsi d’être « entraînés à la dérive » (Hébreux 2:1).

Pour approfondir le thème de la foi, voir [3].

Notes

[1<Herr93>HERRMANN Andreas, « KO ou OK - Esclave ou maître de ses pensées », 143 pages, Éd. Carrefour/Menor, 1997 (en français).

[2<Brya86>BRYANT Henry, « Si Dieu est bon, pourquoi... la souffrance... l’injustice ? », 53 pages, Éd. CLÉ, 1986.

[3<Orth01>ORTBERG John, « Si vous voulez marcher sur l’eau, sortez du bateau », 265 pages, Éd. Vida, 2002 (en français).

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1 Message

  • Tu es bien le JL Théron que je connais, j’ai du mal à y croire ?

    Trois mois après être entré dans la même entreprise de consultants que toi, je sombre dans une dépression (2001) dont je ne suis pas encore sorti. On a bossé ensemble une ou deux fois. J’ai quitté ce navire où regne si peu d’humanité, mais j’ai pas vraiment réussi à rebondir. Je ne me suis pas arreté de travailler, malgré l’épuisement des nuits sans sommeil et les effets secondaires des anti-depresseurs. Et cela a été mon erreur. je ne me suis jamais octroyé de temps pour me reconstruire.

    Thérapies comportementales, analyse transactionnelle, analyse vocationnelle m’ont beaucoup aidé et m’ont sauvé du naufrage. Mais je cherche toujours la source d’énergie qui m’apporterait la paix intérieure.

    Je ne partage pas du tout ton approche chrétienne. J’ai été dégoutté définitivement du catholicisme par ma famiile d’origine espagnole. Je reconnais l’approche spirituelle et je suis même sensible à la prière. Mais la matérialisation d’un Dieu, la reconnaissance d’une volonté suprème, très peu pour moi.

    Je cherche ma voie dans la phrase « Pardonne-toi d’être ce que tu es ». Je cherche à m’accepter et à m’aimer pour ce que je suis dans ce que j’ai de meilleur et de pire. Voie longue et difficile sur laquelle je progresse lentement. Mon but est de vivre agé, en bonne santé et serein.

    Je suis content d’avoir trouvé ce site. Je savais que tu avais des difficultés de santé, je me doutais qu’il s’agissait d’une dépression. Je vois que tu as trouvé ta voie, cela me donne du courage.

    A bientôt, peut-être

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