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Le Dalaï-Lama parle de Jésus

Interprétations bouddhiste et chrétienne de textes de l’Evangile

vendredi 15 août 2008, par Jean-Louis Théron

Les événements de ces derniers mois, dans le contexte de la préparation des Jeux Olympiques de Pékin, ont mis sur le devant de la scène le Dalaï-Lama et son message. Ces derniers mois, beaucoup de livres sortent sur ce sujet.
Il n’est pas dans mon propos de traiter du sujet du bouddhisme en général. Signalons simplement un ouvrage récent de Charles Leroux « Un regard Chrétien sur le Bouddhisme » [1]. Par ailleurs, pour comprendre en profondeur le bouddhisme et ses différences par rapport à la pensée occidentale, il faudrait par exemple étudier l’ouvrage de Jean-François Revel et Mathieu Ricard « Le moine et le philosophe ». Ceci dépasserait le cadre et le format des articles de Coeurnet.
Un ouvrage datant de 1995 a retenu mon attention : « Le Dalaï-Lama parle de Jésus ». Il s’agit d’enseignements qu’il a donnés lors du « Séminaire John Main » à la Middlesex University de Londres en septembre 1994, sur la base de 8 textes des Evangiles qui lui avaient été proposés.


 Introduction

Du fait de l’attrait que représente le bouddhisme pour les nations occidentales, il m’a semblé intéressant de savoir comment le Dalaï-Lama interprétait l’Evangile.
Le présent article se propose de mettre en perspective la vision bouddhiste avec la vision du christianisme biblique au sujet de ces textes.
Je me suis servi le plus possible de phrases extraites du livre, et résumant l’argumentation donnée, en évitant bien sûr les citations hors contexte qui pourraient déformer le propos.
Ce que j’appelle ici « vision du christianisme biblique » résulte de l’interprétation communément admise par tous ceux qui reconnaissent la Bible comme une révélation de Dieu totalement inspirée de lui dans les textes originaux (langues : hébreu, araméen, grec), et ayant autorité en matière de vie et de foi.
NOTA : Les citations sont tirées de la version Segond NEG 1979.

 Aime ton ennemi (Matthieu 5 :38-48)

Mt 5.38 Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent.
Mt 5.39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.
Mt 5.40 Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Mt 5.41 Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.
Mt 5.42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.
Mt 5.43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi.
Mt 5.44 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,
Mt 5.45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.
Mt 5.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains n’agissent-ils pas de même ?
Mt 5.47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens n’agissent-ils pas de même ?
Mt 5.48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Interprétation bouddhiste : Jésus décrit ici des pratiques de tolérance et de patience telles qu’elles sont préconisées dans le bouddhisme en général (idéal du boddhisattva) : répondre par la non-violence et la compassion. Si vous savez cultiver l’attitude juste, vos ennemis deviendront vos meilleurs maîtres spirituels, parce que leur présence vous donnera l’occasion de progresser dans la tolérance, la patience et la compréhension. Et ainsi développer votre aptitude à la compassion, et grâce à cela, votre altruisme. Il faut développer l’équanimité envers toute créature sensible, en faisant appel au concept de renaissance du bouddhisme. Tous les êtres humains participent de la même nature divine (nature de bouddha). En menant une vie éthiquement disciplinée, fondée sur la tolérance et la patience, vous faites en un sens un don merveilleux à votre Créateur. La nature humaine est à la base douce, et non pas agressive et violente. Pour un pratiquant, il existe trois niveaux de tolérance et de patience, transposables dans le domaine chrétien, et qu’on peut reconnaître dans ce texte.
Note terminologique : Le Dalaï-Lama emploie le mot « pratiquant » pour désigner une personne qui cherche à suivre l’enseignement moral et spirituel d’un maître religieux, quelle que soit la religion.

Interprétation chrétienne biblique : Jésus se situe ici en rupture avec ce que demandait la loi de Moïse. Le commandement de l’Ancien Testament auquel il fait référence était donné pour exercer une justice terrestre au sein du peuple élu. Jésus va plus loin… mais qui peut honnêtement dire qu’il est capable de mettre en pratique son commandement ? Nous verrons dans le prochain chapitre qu’il demande bien plus encore !

 Le sermon sur la montagne – Les Béatitudes
(Matthieu 5 :1-10)

Mt 5.1 Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne ; et, après qu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui.
Mt 5.2 Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit :
Mt 5.3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
Mt 5.4 Heureux les affligés, car ils seront consolés !
Mt 5.5 Heureux les humbles de cœur, car ils hériteront la terre !
Mt 5.6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !
Mt 5.7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Mt 5.8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Mt 5.9 Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
Mt 5.10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !

Interprétation bouddhiste : Ceux qui désirent s’engager sur un chemin, et accepter les épreuves et les souffrances qu’il implique, recevront la récompense de leur engagement. Le principe de causalité est commun à toutes les grandes traditions spirituelles du monde : si vous faites le bien, vous en obtiendrez des résultats désirables ; si vous faites le mal, vous en obtiendrez des résultats indésirables. L’effet principal de la croyance en un Créateur divin est d’insuffler une motivation, un sentiment d’urgence dans l’engagement du pratiquant à devenir un homme bon, un homme éthiquement discipliné. Dans la vie même des maîtres fondateurs (Jésus dans le cas du christianisme, Bouddha pour le bouddhisme) est manifestée l’essence de leurs enseignements. Il y a une autre similitude entre leurs deux vies : c’est uniquement par les épreuves, l’application, l’engagement personnel et le ferme attachement à ses principes que l’on peut progresser spirituellement et atteindre la libération. La manifestation d’un principe absolu comme le Créateur divin peut se manifester dans une figure historique comme le Christ. Ceci s’explique par les trois kayas (manifestations d’un « être éveillé »), et notamment le troisième : l’état ultime et intemporel de dharmakaya, ou Corps de vérité d’un bouddha. Selon une sentence tibétaine, une personne dont la foi n’est pas enracinée dans la raison ressemble à un torrent que l’on peut diriger n’importe où. Le principe de l’anatman affirme qu’hormis les agrégats psychophysiques ou skandhas dont l’être est constitué, il n’y a pas d’âme en tant qu’entité séparée, autonome et éternellement permanente (doctrine commune à toutes les écoles du bouddhisme).

Interprétation chrétienne biblique : Jésus rappelle et dépasse certaines exigences de la loi donnée par Moïse dans la première partie de la Bible (Ancien Testament). Il veut non seulement transmettre un niveau élevé d’exigence morale, mais décrire ce qu’est le bonheur pour un disciple (littéralement : « celui qui suit »). Toute personne honnête réalise, en lisant ces exigences, qu’elle n’est absolument pas en mesure de les pratiquer, même après une vie d’ascèse spirituelle. Il lui faut donc reconnaître sa faillite, et demander l’aide de Dieu. C’est pour cela que Paul dira plus tard dans ses lettres que la loi de Moïse a eu un rôle pédagogique pour nous amener à Jésus-Christ.

 Equanimité (Marc 3 :31-35)

Mc 3.31 Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l’envoyèrent appeler.
Mc 3.32 La foule était assise autour de lui, et on lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent.
Mc 3.33 Et il répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ?
Mc 3.34 Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui : Voici, dit-il, ma mère et mes frères.
Mc 3.35 Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère.

Interprétation bouddhiste : La compassion vraie et sincère est exempte d’attachement, des limites de la partialité personnelle. Il faut préalablement avoir un sentiment d’équanimité à l’égard de tous les êtres sensibles, de manière à éviter de projeter des qualités positives sur l’objet de notre compassion. La dernière phrase du texte introduit une certaine partialité, une discrimination fondée sur une condition : seuls ceux qui obéissent à la volonté de Dieu sont mes frères, mes sœurs et ma mère. On peut aussi comprendre que tous ceux qui partagent la nature divine, qui ont la capacité ou le potentiel de faire la volonté de Dieu, sont ma mère et mes frères et mes sœurs. Ceci inclut ou englobe l’humanité entière et souligne l’unité et l’égalité de tous les êtres humains.

Interprétation chrétienne biblique : Jésus, pleinement homme et pleinement Dieu, est le premier être terrestre qui fait partie d’une famille humaine mais qui appartient au Royaume de Dieu. La situation qui nous est relatée ici, et les paroles de Jésus à cette occasion, illustre ce qui doit être la priorité pour un chrétien : le Royaume de Dieu. Les liens qui relient les membres de son peuple sont plus forts que les liens du sang. Ce sont les liens du sang… de Jésus, sang qui rachète ceux qui mettent sa foi en Lui. Ceci n’implique pas que les chrétiens soient des êtres parfaits, loin s’en faut. Pas plus que les membres d’une famille humaine n’ont de relations parfaitement harmonieuses, d’ailleurs…

 Le royaume de Dieu (Marc 4 :26-34)

Mc 4.26 Il dit encore : Il en est du royaume de Dieu comme quand un homme jette de la semence en terre ;
Mc 4.27 qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment.
Mc 4.28 La terre produit d’elle-même, d’abord l’herbe, puis l’épi, puis le grain tout formé dans l’épi ;
Mc 4.29 et, dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là.
Mc 4.30 Il dit encore : A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu, ou par quelle parabole le représenterons-nous ?
Mc 4.31 Il est semblable à un grain de sénevé, qui, lorsqu’on le sème en terre, est la plus petite de toutes les semences qui sont sur la terre ;
Mc 4.32 mais, lorsqu’il a été semé, il monte, devient plus grand que tous les légumes, et pousse de grandes branches, en sorte que les oiseaux du ciel peuvent habiter sous son ombre.
Mc 4.33 C’est par beaucoup de paraboles de ce genre qu’il leur annonçait la parole, selon qu’ils étaient capables de l’entendre.
Mc 4.34 Il ne leur parlait point sans parabole ; mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples.

Interprétation bouddhiste : L’association de l’idée du royaume de Dieu et de la métaphore de la graine indique la possibilité de comprendre les divers stades d’épanouissement et de perfectionnement de notre nature divine. La nature de bouddha est universelle, la compassion du Bouddha est impartiale et englobe tous les êtres sensibles. Comme les êtres sensibles se distinguent par leur degré de réceptivité, le progrès spirituel sera également différent d’un individu à l’autre. Quand on s’engage dans une voie spirituelle, il est important que la pratique soit celle qui convienne le mieux à son développement mental, ses dispositions et ses penchants spirituels. Il est capital que chaque individu cherche la forme de pratique et de croyance spirituelle adaptée à ses besoins spécifiques. Dans le bouddhisme, la pratique doit s’appuyer sur la prise de refuge dans les Trois Joyaux – le Bouddha, Dharma et Sangha – et surtout dans le Bouddha. Dans cette relation, non seulement pour vous guider vous vous placez avec confiance sous la conduite éclairée du Bouddha – un être parfait, pleinement éveillé et parvenu à l’état d’illumination totale –, mais vous aspirez vous aussi à réaliser cet état en vous-même. Le christianisme et le bouddhisme partagent le but commun de produire un être humain parfait : une personne pleinement réalisée, spirituellement mature, bonne et généreuse. Toute la conception bouddhique du monde repose sur une position philosophique centrée sur le principe de l’interdépendance, selon lequel toute chose ou événement est le pur produit d’interactions entre des causes et des conditions. Il est quasiment impossible, dans cette vision du monde, de faire une place à une vérité atemporelle, éternelle et absolue. Il n’est pas possible non plus d’y intégrer le concept de Création divine. Pour moi, bouddhiste (c’est le Dalaï-Lama qui parle), Jésus-Christ fut soit un être pleinement illuminé, soit un boddhisattva de très haute réalisation spirituelle.

Interprétation chrétienne biblique : Le royaume de Dieu est, comme son nom l’indique et l’implique, un royaume établi et gouverné par Dieu. Ce n’est pas une entité spirituelle floue ou fumeuse. Dieu y est au centre, à la première place. Les citoyens de ce Royaume le reconnaissent. Les comparaisons qu’utilise Jésus pour se faire comprendre illustre que, de même que le cultivateur ne produit pas la vie dans son jardin, de même aucun homme ne peut produire la vie spirituelle. Car ces deux formes de vie viennent de Dieu. Et son royaume se développera selon sa volonté. Il produira du fruit, mais il y aura aussi des « mauvaises herbes », comme dans un jardin.

 La transfiguration (Luc 9 :28-36)

Lc 9.28 Environ huit jours après qu’il eut dit ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier.
Lc 9.29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et son vêtement devint d’une éclatante blancheur.
Lc 9.30 Et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie,
Lc 9.31 qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem.
Lc 9.32 Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil ; mais, s’étant tenus éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui.
Lc 9.33 Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie. Il ne savait ce qu’il disait.
Lc 9.34 Comme il parlait ainsi, une nuée vint les couvrir ; et les disciples furent saisis de frayeur en les voyant entrer dans la nuée.
Lc 9.35 Et de la nuée sortit une voix, qui dit : Celui-ci est mon Fils élu : écoutez-le !
Lc 9.36 Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul. Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu.

Interprétation bouddhiste : Il s’agit de thèmes communs aux grandes traditions religieuses du monde. Ce sont la possibilité de faire des expériences mystiques de l’ordre de la vision, et l’importance des métaphores telles que les arcs-en-ciel et les nuages. Dans le contexte [de la transfiguration], le sens peut être légèrement différent du fait de l’unicité accordée à Jésus en tant que Fils de Dieu. Mais en général, pour les bouddhistes, si un pratiquant parvient à un haut degré de réalisation dans son évolution spirituelle, il est possible qu’une telle transformation se manifeste au niveau physique également. Les sutras racontent des histoires semblables à propos du Bouddha. Ces phénomènes mystérieux s’appuient sur le phénomène général de l’émanation, dont le degré d’autonomie dépend du niveau de réalisation de l’individu qui crée l’émanation. Dans l’optique du tantra (aspect ésotérique du bouddhisme tibétain), la dynamique des énergies subtiles (prana) peut être maîtrisée grâce à diverses techniques méditatives.

Interprétation chrétienne biblique : Jésus donne ici à ses disciples un aperçu de sa gloire, et du Ciel. Le contexte montre qu’il ne s’agit pas d’un état de conscience suscité par des exercices spirituels particuliers, mais « simplement » d’une révélation qui devait prendre une forme visible pour Pierre, Jacques et Jean. Ceux-ci assistent à la scène, mais ils ne changent pas d’état. Cependant, cette expérience les marquera lorsqu’ils deviendront les responsables principaux de la première église chrétienne, à Jérusalem.

 La mission (Luc 9 :2-6)

Lc 9.2 Il les envoya prêcher le royaume de Dieu, et guérir les malades.
Lc 9.3 Ne prenez rien pour le voyage, leur dit-il, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux tuniques.
Lc 9.4 Dans quelque maison que vous entriez, restez-y ; et c’est de là que vous partirez.
Lc 9.5 Et, si les gens ne vous reçoivent pas, sortez de cette ville, et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux.
Lc 9.6 Ils partirent, et ils allèrent de village en village, annonçant la bonne nouvelle et opérant partout des guérisons.

Interprétation bouddhiste : Un pratiquant spirituel qui est parvenu à un certain degré de réalisation à la suite d’une longue pratique ne doit pas se satisfaire de cet état. Ce pratiquant doit au contraire s’efforcer de communiquer son expérience aux autres. Ce passage fait référence à un idéal spirituel important : simplicité et modestie. Les démons et la guérison des maladies sont des idées analogues dans d’autres traditions religieuses. Ces termes et ces façons de parler sont en usage à une époque donnée. La mention de la guérison des malades ne doit pas forcément être prise au sens littéral, mais aussi au sens psychologique et émotionnel. « Les démons » sont une expression reliée aux tendances et impulsions négatives qui gisent au fond de nous. Sinon, toute cette notion de Satan devient une vaste zone de confusion. Le moyen d’accéder à la libération et à la perfection spirituelles est la pratique du Dharma, union de la sagesse et de la compassion. Quand les bouddhistes parlent de nature ultime de la réalité, ils ont en tête la doctrine du sunyata, le vide. Pour atteindre la perfection, il ne suffit pas qu’un pratiquant spirituel possède simplement cette nature de bouddha (tathagata-garbha) ; elle doit être développée à son potentiel plénier. Pour réaliser cela, il faut être aidé. Pour un bouddhiste, ce sera un guide éveillé, un gourou ou un maître. Pour un chrétien (bien que chacun de nous aient en partage cette nature divine), ce sera Jésus.

Interprétation chrétienne biblique : Jésus envoie ses disciples annoncer le Royaume de Dieu. Les signes et les miracles qu’il leur accorde, tels que les guérisons et la capacité de chasser les démons, sont là pour attester l’authenticité du message, aux yeux de son peuple incrédule. Pour cette mission, les disciples doivent accepter un certain dépouillement. Celui-ci est poussé… parce que la mission est itinérante, et que les aspects pratiques ne doivent pas détourner les disciples de leur priorité.

 La foi (Jean 12 :44-50)

Jn 12.44 Or, Jésus s’était écrié : Celui qui croit en moi croit, non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé ;
Jn 12.45 et celui qui me voit, voit celui qui m’a envoyé.
Jn 12.46 Je suis venu comme une lumière dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres.
Jn 12.47 Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde point, ce n’est pas moi qui le juge ; car je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde.
Jn 12.48 Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles a son juge ; la parole que j’ai annoncée, c’est elle qui le jugera au dernier jour.
Jn 12.49 Car je n’ai point parlé de moi-même ; mais le Père, qui m’a envoyé, m’a prescrit lui-même ce que je dois dire et annoncer.
Jn 12.50 Et je sais que son commandement est la vie éternelle. C’est pourquoi les choses que je dis, je les dis comme le Père me les a dites.

Interprétation bouddhiste : Ce passage ressemble à un passage des écritures bouddhiques dans lequel le Bouddha déclare que quiconque voit le principe de l’interdépendance voit le Dharma et quiconque voit le Dharma voit le tathagata, le Bouddha. Il y a 3 niveaux de foi : la foi d’admiration et de dévotion, la foi d’aspiration et la pleine perfection de l’union à Dieu. Il faut allier la foi et la raison pour avancer sur la voie spirituelle. La foi conduit à un état plus élevé d’existence, la raison et l’analyse mènent à la libération complète. Déterminer la nature exacte du salut est une question complexe. Le mot tibétain pour « salut » est tharpa qui signifie « remise en liberté » ou « liberté ». Si certaines traditions bouddhiques acceptent la notion de salut, elles le voient davantage en termes d’état mental ou spirituel propre à l’individu, d’état de perfection de l’esprit, plutôt qu’en termes d’environnement externe.

Interprération chrétienne biblique : Jésus place ses auditeurs, et tous ceux à qui est présenté ce message, face à la décision la plus importante à prendre au cours d’une vie : croire ou non en lui. Il est le Fils de Dieu, il annonce le Royaume de son Père, mais aussi le jugement de ceux qui le refusent. La vie éternelle, c’est de connaître Dieu et de lui obéir, et Jésus-Christ en tant que Fils de Dieu est le chemin pour nous y amener. Car Il est Dieu lui-même, même si c’est un mystère de sa nature que la raison humaine ne peut comprendre complètement.

 La Résurrection (Jean 20 :10-18)

Jn 20.10 Et les disciples s’en retournèrent chez eux.
Jn 20.11 Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre ;
Jn 20.12 et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds.
Jn 20.13 Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis.
Jn 20.14 En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Jn 20.15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai.
Jn 20.16 Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu : Rabbouni ! c’est-à-dire, Maître !
Jn 20.17 Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
Jn 20.18 Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit ces choses.

Interprétation bouddhiste : Le parinirvana, ou nirvana final du Bouddha, est considéré comme le dernier grand acte de sa vie, et cet extrait de l’Evangile de Jean semble avoir un sens analogue. Il ne s’agit pas de réincarnation ici, mais d’un pratiquant individuel qui, à mesure qu’il fait des progrès spirituels, voit son corps physique devenir de plus en plus subtil. Le Bouddha, en tant que corps d’émanation de forme humaine, a cessé d’exister, mais il est toujours présent sous forme de sambhogakaya, l’état de jouissance parfaite. Et il continue d’émaner et de se manifester sous des formes variées qui sont les mieux adaptées et les plus profitables aux êtres sensibles.

Interprétation chrétienne biblique : La preuve suprême que Jésus est un être à part, même s’il a pris une forme humaine, c’est qu’il est ressuscité. Il n’est pas mort à nouveau, comme d’autres personnes ressuscitées dont il est question dans la Bible. Mais il est éternellement vivant, et près de son Père.

 Conclusion

J’ai une certaine sympathie envers le Dalaï-Lama, notamment du fait de son enseignement persévérant de non-violence. Mais je ne peux souscrire à certaines de ses affirmations. Le christianisme n’est pas une religion ésotérique, avec des stades de perfection auxquels on accède par une longue pratique, et par des états de conscience modifiés. C’est plutôt la reconnaissance que Jésus-Christ est Fils de Dieu, Dieu lui-même, et qu’il est l’unique chemin pour venir à Dieu, selon ses propres paroles : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Evangile de Jean, chapitre 14, verset 6).
Être chrétien, c’est reconnaître son incapacité totale à pratiquer le message de l’Evangile, et demander à Dieu son aide pour le vivre.
Que ceci soit le cas de chacun de vous, amis lecteurs !

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Notes

[1Collection Croire Pocket, Croire-Publications, 2008

Répondre à cet article

3 Messages

  • Le Dalaï-Lama parle de Jésus 25 octobre 2009 19:04, par Jeannine

    Bonjour,
    j’ai articulièrement aimé cet article. Mais ne suis pas tout à fait d’accord avec votre conclusion (lire entre autre Le chateau intèrieur " de Sainte Thérèse d’Avila), pour acceder progressivement par étapes successivesà une forme de divinisation. mais bon....
    Alors que l’église catholique et romaine m’avait éloignée du Christ, c’est le Dalaï Lama qui m’y à renvoyé ! Ceci est ancien mais c’est à travers « Enseignements essentiels » une de ses oeuvres, la première que j’ai lue, que j’ai réalisé les similitudes qu’il y avait entre le boudhisme et la chretienneté. Aussi j’adhère à cet article. Voilà... Bon, après, je ne m’y connais pas assez en boudhisme, mais merci pour cet article

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  • Le Dalaï-Lama parle de Jésus 25 octobre 2009 19:05, par Jeannine

    J’ai oublié de dire : Le Dalaï Lama m’a renvoyé à Jesus avec la culpabilité judéo-chretienne en moins, très important !

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    • Le Dalaï-Lama parle de Jésus 2 août 2015 13:00, par blanquier

      Je pense que Dieu a permis que le sentiment de culpabilité existe pour que l’on puisse mieux s’approprier le pardon de Dieu, des autres et de soi et bien sur qu’on puisse à l’avenir essayer de rectifier le tir (et cette fois-ci en demant à Dieu de nous aider à faire les bons choix).
      Et c’est très important je pense, car sans pardon, l’Amour ne peut pas se manifester entièrement.
      En effet on ne peut bien apprécier l’amour que si on a fait l’expérience du pardon.
      S’être fait pardonner et avoir pardonner sois même.
      Si on a rien à se faire pardonner ni a pardonner à d’autre, on ne peut pas recevoir l’amour ni le donnner.

      Par contre le sentiment de culpabilité doit très brèf c’est pour ca qu’il faut s’approprier au plus vite le pardon de Dieu en Jésus Christ pour pouvoir se pardonner sois même et être capable de pardonner aux autres, sinon ce sentiment de culpabilité agit comme un poison en nous, nous ronge et nous empèche d’aller plus loin sur le chemin que Dieu a prévu pour nous.
      Sans compter que si on ne saisit pas rapidement le pardon, on empoisonne aussi la vie de ceux qui nous entoure !

      Christophe Blanquier

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