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La chrétienté dans le monde

Quelques pistes de réflexion

lundi 24 juin 2002, par Reynald Kozycki

Texte légèrement remanié d’une conférence donnée au Rotary Club de Gap par Reynald Kozycki, pasteur à Gap


Plan

I. Avant propos

II. La chrétienté dans le monde

1)
Découpage par grandes dénominations

2) Découpage par « sources d’autorité »
3) Découpage par « groupes oecuméniques »

III. Le christianisme à sa source :
quelques aspects

1) Le Christ comme centre
2) La vie en Christ
3) Les fruits de la vie en Christ
4) Quelle source d’autorité ?

IV. Conclusion et interpellation


I. AVANT PROPOS

La « philosophie des Lumières » du XVIIIe siècle, le « Positivisme » du XIXe, et la déchristianisation du XXe, semblaient démontrer l’agonie et la fin du « religieux ». Mais,
à la grande surprise de nombreux sociologues et historiens, depuis les années 1980, un retour du « religieux » (et du spirituel en général) est indéniable. Gilles
Kepel du CNRS parlait de la « Revanche de Dieu ».

Pierre Chaunu de la Sorbonne, en historien avisé, remarque que ce retour est bien plus important encore que ne le décrivait Kepel. Les best-sellers comme Dieu et la Science de
Jean Guitton, le Catéchisme de l’Eglise Catholique, ou les livres d’Eugen Drewermann ou les émissions d’Arte Corpus Christi nous en donnent la preuve, même en
France, sans parler de la croissance démesurée de l’irrationnel (astrologie, occultisme, ésotérisme), et du phénomène des « sectes ».

Le Christianisme, loin d’être un vestige de notre histoire, reste d’une grande actualité, après deux mille ans d’histoire et près de deux milliards de personnes se
déclarant chrétiennes encore aujourd’hui.

Dans un premier temps, nous décrirons la chrétienté de cette fin de XXe siècle avec une esquisse historique très rapide, puis nous chercherons à aborder
« l’essence » du Christianisme en revenant à sa source.

Parler de ce sujet présente d’emblée plusieurs difficultés, l’une des plus importantes étant l’objectivité. En effet, la tentation est grande d’orienter notre
discours en fonction de nos présupposés, par exemple sur l’existence de Dieu ou sur notre appartenance ecclésiastique (en dehors de telle ou telle église, "point de
salut").

En revanche, il est possible de faire preuve de « trop d’objectivité », c’est-à-dire, de prendre un recul trop important nous empêchant de saisir l’enseignement profond du
Christianisme. Jean Brun, historien de la philosophie, écrivait :

Il est impossible de parler du Christianisme, car c’est lui qui nous parle... Systématiser, conceptualiser, historiser... dialectiser le Christianisme, revient à le changer d’abord
en son contraire pour se demander ensuite ce qu’il est.

Je ne prétendrai donc pas aborder la question avec une parfaite objectivité (qui, à mon avis, est impossible pour les questions concernant la foi), d’autre part, je
tâcherai d’éviter les « querelles de clochers », ayant la profonde conviction que « l’étiquette » de telle ou telle dénomination chrétienne est, somme toute, secondaire
par rapport à la réalité du Christianisme.

Faisons donc une esquisse très rapide de la chrétienté, en nous autorisant à l’observer comme un « phénomène sociologique ».

II. LA CHRETIENTE DANS LE MONDE

Il est possible de « découper » la Chrétienté de plusieurs façons, commençons par l’approche dénominationnelle mise en parallèle avec les autres
religions.

1) Découpage par grandes dénominations.

Les statistiques, essentiellement basées sur le dictionnaire encyclopédique de la Chrétienté édité en 1982 aux USA, donnent l’évaluation suivante
pour l’année 1985. Il est inutile de dire que des statistiques de cette envergure ne peuvent être que des approximations.

Dénominations chrétiennes Autres (à titre comparatif)
  Musulmans 837 000 000
Catholiques 886 000 000 Agnostiques 825 000 000
  Hindous 661 000 000
Protestants 449 000 000 Bouddhistes 300 000 000
  Athées 213 000 000
Orthodoxes 171 000 000
Juifs 18 000 000

Il y a donc 3 grandes dénominations dans la chrétienté.

Le Christianisme, dans les premiers siècles, s’était nommé « catholique » dans le sens « d’universel ». Il regroupait l’ensemble des églises à travers le monde
cherchant à être fidèles à « la foi transmise une fois pour toutes », comme le dit le Nouveau Testament.

Ce petit mouvement issu du Judaïsme allait prendre une ampleur considérable surtout à partir de la conversion de l’empereur Constantin. En simplifiant à l’extrême,
on peut dire qu’une première grande scission apparut au XIe siècle à propos de petits détails sur la pratique du culte et sur un ou deux points de doctrine ().Cette
scission engendra les églises connues actuellement sous la dénomination « Orthodoxe Grecque » par rapport à l’église « Catholique Romaine ». Il y avait en fait, depuis
longtemps, une rivalité d’une part entre le patriarche de Constantinople et le pontife romain et d’autre part entre les cultures grecque et romaine.

Une autre grande scission apparut au XVIe siècle avec ce qu’on appelle communément la Réforme, préparée par tout un courant d’ « humanistes chrétiens »
comme Erasme ou Wycliff, combinée avec une redécouverte de l’enseignement de la Bible. La Réforme a été aussi une réaction face à un certain
relâchement moral et spirituel de l’Eglise Catholique Romaine.

Les réformateurs démontraient que tout un ensemble de doctrines et de pratiques n’étaient pas d’inspiration biblique et condamnaient cela comme des « traditions humaines ». Ils
ont contesté l’autorité de l’Eglise Romaine au nom de la Bible. Pour les réformateurs, la Vérité n’est pas dans une institution humaine, mais dans les Ecritures
Saintes.

Des nuances vont apparaître sur l’interprétation de certains textes bibliques et plusieurs dénominations se dessineront parmi les protestants. L’histoire du protestantisme est
jalonnée de « retours à la Réforme », de réformes nouvelles : les dissidences, les Réveils, voire les renouveaux théologiques (des Luthériens, des
Réformés, des Anabaptistes au XVIe, puis des Baptistes au XVIIe, des Méthodistes au XVIIIe, des Eglises libres, des Frères au XIXe, et plus tard de l’Armée du
Salut, des Pentecôtistes...).

2) Découpage par « sources d’autorité »

Un autre découpage est envisageable, cette fois-ci non à partir des dénominations, mais à partir des « sources d’autorité » ou "sources de
références" que reconnaissent les chrétiens. Sur la base de ce critère, la plupart des dénominations peuvent être partagées dans l’une ou l’autre des
catégories.

On distingue approximativement 3 sources d’autorité : la Bible, la Tradition et la Raison, qui d’ailleurs s’entremêlent quelquefois assez facilement.

La Bible est théoriquement la seule source d’autorité du protestantisme, mais avec les siècles et surtout la crise de la « modernité » du XIXe, toute une aile du
protestantisme a pris une option sur la Raison (ou le « rationalisme ») avec un recul face à l’autorité de la Bible. En 1943, l’Eglise Catholique autorisa une approche assez semblable de
la Bible, et un nombre non négligeable de théologiens catholiques ont adhéré à un rationalisme plus ou moins modéré.

La Bible reste néanmoins source première d’autorité pour l’aile évangélique du protestantisme.

Dans l’histoire de l’Eglise Catholique, ce qu’on appelle « l’Evangélisme » est aussi cette tendance, qui a cherché cette source première d’autorité à travers la
Bible, au prix même des traditions religieuses.

La Tradition jouera à travers les siècles un rôle important dans l’Eglise Orthodoxe et l’Eglise Catholique, avec une petite nuance dans les textes de Vatican II (1962). Pour
l’Eglise catholique, la tradition se concrétise généralement par une foi presque totale dans les Conciles et l’autorité du Pape.

3) Découpage par « groupes oecuméniques »

Une troisième façon pourrait être de découper la chrétienté selon deux tendances qui se dessinent depuis peu et s’entrecroisent en partie : le Conseil
Oecuménique des Eglises, et « l’Oecuménisme Evangélique ».

En effet, le 20e siècle a favorisé des rapprochements entre dénominations. Cet effort s’est d’abord manifesté au sein du protestantisme avec la création
de l’Alliance Evangélique Universelle au milieu du 19e. Puis, vers 1910, apparaît un autre regroupement plus large ; il deviendra le Conseil Oecuménique des Eglises
(COE). Celui-ci a été rejoint à petits pas par l’Eglise Orthodoxe, puis l’Eglise Catholique.

Pour caricaturer, on pourrait presque dire que chaque dénomination se découpe en trois : une tendance très ouverte qui va dans le sens du COE, une autre tendance qui recherche
la communion avec d’autres églises sur une base plus évangélique et une tendance assez repliée sur elle-même.

Après une observation de la chrétienté vue comme « phénomène sociologique », laissons le Christianisme nous parler, en revenant à ses racines.

III. LE CHRISTIANISME A SA SOURCE : QUELQUES ASPECTS

Un « mouvement », en effet, ne peut être compris correctement que lorsque qu’on revient à son origine.

Certains diront que l’enseignement du Christ ou de la Bible est sujet à de nombreuses interprétations ! Cette affirmation n’est pas si exacte que l’on pense. En effet, dès que
l’on étudie soi-même assez sérieusement les textes bibliques, on remarque que, dans différentes dénominations, on arrive bien souvent aux mêmes conclusions sur
de nombreux points. Il faut pour cela prendre un peu de recul par rapport aux autres sources d’autorité que sont « la Tradition » et aussi un « Rationalisme » qui nierait la validité de
l’enseignement biblique.

Le mot Christianisme vient de chrétien. Mais que renferme ce vocable ?

1) Le Christ comme centre.

Chrétien signifie, d’après son étymologie, « qui est attaché au Christ », et à son enseignement. Même le Petit Larousse définit le
Christianisme sur la base de ces deux critères : la personne du Christ et son enseignement.

L’étude des Actes des Apôtres ou des Epîtres de Paul dans le Nouveau Testament montre à quel point le Christ est au centre de toute la foi chrétienne. Allant chez
les Corinthiens, Paul leur rappelait : « Je n’ai pas voulu savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ». Aux Colossiens, il écrivait :

« Jésus, en qui sont tous les trésors de la sagesse et de la connaissance... En lui, vous avez tout pleinement »

Si le Christ joue un rôle si important dans le Christianisme originel, c’est que, selon le témoignage de toute la Bible, il est plus qu’un grand homme, plus qu’un prophète. Il
est le « Fils de Dieu », ou, « Dieu le Fils », c’est-à-dire l’Incarnation sur cette terre du Créateur de toute chose.

La victoire du Christ sur la mort le matin de Pâques est, pour les premiers chrétiens, la preuve incontestable de sa divinité, de son autorité souveraine. Il est vrai
que, sur le moment, les apôtres refusèrent le témoignage des femmes qui l’avaient vu ressuscité, car ils attendaient des preuves. Ils les ont eues.

2) La vie en Christ.

A l’époque de l’église primitive, on devenait chrétien par la repentance envers Dieu et la foi en Jésus-Christ. Repentance qui signifie « demi-tour »
d’une vie sans Dieu, d’une vie contrôlée par nos passions et nos désirs pour nous orienter, non vers un « système », mais vers une personne vivante, le Christ. Cette
repentance était accompagnée de la foi, c’est-à-dire d’une confiance entière dans la personne du Christ, que le croyant recevait comme le Sauveur et le Seigneur de
sa vie. Pour confirmer et attester son choix, le chrétien se faisait baptiser par immersion : il proclamait ainsi son identification avec « le Christ dans Sa mort et Sa résurrection ».
Cet acte proclamait qu’il était une « nouvelle création », comme si son ancienne vie restait noyée dans l’eau et qu’une vie nouvelle de résurrection l’habitait.

3) Les fruits de la vie en Christ

Le Christ, selon l’enseignement du Nouveau Testament, apporte la « réconciliation avec Dieu », qu’il a acquise au prix de sa propre vie. Réconciliation qui est la réponse
à toutes les angoisses existentielles, sur Dieu, la vie, la mort, l’éternité...

Elle venait apporter, pour les croyants de l’Eglise primitive, l’assurance complète du pardon des péchés. Ce que Jules Lequier, auteur moderne, exprimera de la
façon suivante :

Quoi que nous fassions, la signature de ce que nous aurons fait sera inscrite à tout jamais dans l’histoire du monde. Jamais nous ne pourrons l’effacer, seul un amour dont nous ne sommes
pas capables peut apporter la rémission et guérir l’autre des blessures que nous lui avons infligées.

Une conséquence directe de ce pardon est la paix intérieure.

Cette réconciliation apporte aussi une « puissance nouvelle de vie » qui permet de vaincre les tendances égoïstes et mauvaises du coeur humain. La perfection néanmoins
n’est pas promise, on le voit d’ailleurs dans certaines difficultés que rencontrent plusieurs des premières églises. Pourtant, pour qui laisse agir en lui le Saint-Esprit ou
l’Esprit du Christ, celui-ci produit : « l’amour, la paix, la joie, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité et la maîtrise de soi.. ».

Cette nouvelle « puissance de vie » s’ouvre aussi sur une dimension horizontale en rapport avec le monde qui nous entoure. Jésus, par son enseignement, dépasse toutes les morales qui
ont été produites. Il ira jusqu’à enseigner l’amour même pour nos ennemis. Cette morale n’est pas un devoir, qu’il FAUT accomplir, mais c’est Sa vie, son
Esprit
dans le coeur du croyant qui pousse à l’accomplissement de cela.

Cette dimension horizontale aboutit à « notre prochain » comme être humain ayant une valeur inestimable, digne d’être respecté, aidé, aimé : nous connaissons
tous l’histoire du Bon Samaritain.

4) Quelle source d’autorité ?

Pour les premiers chrétiens, la source d’autorité était l’Ancien Testament et l’enseignement du Christ transmis par les Apôtres (qui donnera naissance assez rapidement
au Nouveau Testament). Cette source d’autorité est attestée avec beaucoup de force par les « Pères de l’Eglise » qui voient dans la Bible le moyen de discerner l’erreur de la
vérité. Cela à l’exemple de Jésus, qui, dans ses confrontations avec les chefs religieux de son époque, a très souvent recours aux Ecritures qu’il
considère comme étant pleinement inspirées par Dieu. Jésus remettait même en cause certaines traditions des chefs religieux juifs qui venaient « annuler » la Parole de
Dieu. Il insistait aussi sur la valeur de ses propres paroles : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point ».

Néanmoins les premiers chrétiens avaient besoin d’humilité, de foi et de « l’éclairage du Saint-Esprit » sans lequel la Révélation biblique restait souvent
incompréhensible.

La question suivante peut se poser : quelle(s) source(s) d’autorité Jésus prévoyait-il pour ses disciples à travers les siècles, en attendant son retour qu’il
promettait si catégoriquement ? A-t-il mis en place « un système humain infaillible », pour interpréter son enseignement, voire le compléter ? Son enseignement ne serait-il
qu’une « fiction » des premiers chrétiens que le Christ nous demanderait de « réinterpréter » au gré de notre « Raison » ? Ou alors l’humilité, la foi et
« l’éclairage du Saint-Esprit » seraient-ils encore suffisants pour comprendre, voire « actualiser » la Révélation biblique ?

IV. CONCLUSION ET INTERPELLATION

Au terme de cette étude nous discernons, pour simplifier, deux types de christianisme. L’un, tout humain, s’est basé probablement à un moment de son histoire sur le
fondement du Christ, mais avec le temps, s’est transformé en un ensemble de principes religieux et moraux. L’autre, nous pourrions dire, provenant du Christ lui-même, fondé sur Sa
personne et son enseignement, nous conduit à une dimension véritablement miraculeuse de la vie. En dehors de toute querelle religieuse, nous vous invitons à découvrir la
puissance des appels que le Christ adresseà l’humanité :

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur ; et vous trouverez le repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. (Mat 11:28-30).

Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. (Jean 6:35)

Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira
jusque dans la vie éternelle. (Jean 4:13-14)

Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? (Jean 11:25-26)

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