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L’accompagnement des mourants

lundi 9 septembre 2002, par Jean Igor Wolga


Nous passerons tous un jour par la mort, même si nous sommes déjà «  passés de la mort à la vie  » (Jean 5:24) par la foi en Jésus-Christ, à moins que le Seigneur ne revienne avant et que nous ne fassions partie de l’Eglise qui sera enlevée. Sauf si nous sommes emportés dans un accident ou par une crise cardiaque, nous serons un jour des mourants. Pensée pas très agréable mais parfaitement réaliste. Pour ne pas avoir peur de la mort, il faut s’y habituer et y penser un peu chaque jour. Penser que Jésus Christ sera là pour nous accueillir dans son Saint Temple et nous faire entrer dans la Vie Eternelle, la vie de plénitude auprès de Dieu, qui essuiera lui-même toute larme de nos yeux, là où «  il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur  » (Apocalypse 21:4).

Malgré ces merveilleuses certitudes, la mort physique est toujours là, avec ses douleurs et ses frayeurs. Une femme de Dieu que j’ai connue autrefois, une vraie servante du Seigneur, m’a dit sur son lit de mort : « Je ne savais pas que c’était aussi dur de mourir. » Son mari que j’avais accompagné l’année précédente avait pu me dire, lui aussi, à travers ses soupirs de souffrance « Je pars dans la paix, mais je ne peux pas dire que je pars dans la joie, j’ai trop mal ».

La mort est un instant unique dans la vie de chacun, un moment qui appartient à chacun et ne doit pas lui être volé. Il faut que la souffrance physique et morale du mourant soit soulagée sans altérer sa conscience et sans que sa relation avec son entourage soit perturbée. Que ce soit à l’hôpital ou à domicile, il est nécessaire que la mort soit accompagnée pour qu’elle se déroule dans les meilleures conditions possibles. La mort en solitaire est ce qu’il y a de pire, à moins que le mourant ne perçoive très fort la présence de Dieu.

Les enquêtes montrent que 70% des français aimeraient mourir chez eux. Il ne sont pour le moment que 30 pour cent à pouvoir le faire, mais c’est déjà un progrès car il y a 10 ans, 90% des français mouraient à l’hôpital. Le développement des soins à domicile, grâce au progrès de l’accessibilité des techniques médicales (chimiothérapie, oxygénothérapie, aspiration, perfusion, matelas anti-escarres, soins corporels), permet d’allier technicité et confort, permet de conjuguer la qualité des soins avec la chaleur et l’intimité du milieu familial, sans parler des économies que les soins à domicile engendrent et qui sont maintenant bien établies. Mais heureusement que l’hôpital, l’ancien Hôtel-Dieu, est là pour accueillir les indigents, les esseulés, ceux dont l’état ne permet pas les soins à domicile, ceux dont la famille ne peut assumer leur présence au foyer ou a besoin de se reposer.

Dans l’accompagnement des mourants, il est nécessaire de tenir compte de leurs besoins physiques, psychiques, et spirituels. Sur le plan physique, il faut bien comprendre la notion de soins « palliatifs » : on soigne un malade pour lequel on a perdu tout espoir de guérison ou de rémission et qui va mourir, à plus ou moins brève échéance. Ces soins palliatifs sont coûteux et demandent beaucoup d’énergie et de motivation de la part des soignants et de l’entourage. Le plus grand problème est la douleur. On arrive à la combattre efficacement sans altérer la conscience du mourant avec la morphine orale qui, sans être une panacée, constitue tout de même un très grand progrès. Les autres problèmes sont des problèmes de confort et d’hygiène (escarres, infections, difficultés de la nutrition, troubles du transit, vomissements, déshydratation, troubles respiratoires). Il s’agit, par des moyens relativement simples, sans tomber dans l’acharnement thérapeutique, de maintenir les grandes fonctions vitales autant que faire se peut, pour améliorer avant tout le confort du malade.

Les besoins psychiques procèdent surtout de la régression de type infantile que subit le mourant : il a tendance à se replier sur lui-même dans une attitude foetale et a en même temps un immense besoin de contact physique et affectif : tendresse, caresses, paroles douces. Le mourant ne doit pas pour autant être infantilisé ou humilié par des appellations telles que « pépé, mémé ». Il est essentiel de respecter sa dignité, car il a une sensibilité à fleur de peau, et le moindre manque de respect ou de compréhension peut faire couler des larmes sur son visage. Il faut s’attendre à des phases d’agressivité dues à la jalousie du mourant envers ceux qui sont en bonne santé, ceux qui restent. Il faut s’attendre aussi à des phases de repli sur soi-même, d’isolement par rapport au monde extérieur. Les mourants sont conscients de leur état, et il ne faut pas leur mentir en le niant ou en étant faussement rassurant. On ne doit pas hésiter à leur parler de la mort si c’est eux qui commencent à en parler, comme on ne doit pas leur imposer un discours sur la mort s’ils n’en sont pas demandeurs. On voit des aspects apparemment contradictoires dans ces besoins psychologiques des mourants, mais avec un peu d’écoute et de discernement, avec un peu de formation si c’est possible, on peut arriver à y répondre.

Enfin, la composante spirituelle est pour nous chrétiens la plus importante. Là aussi l’attitude ne sera pas la même avec le mourant chrétien qu’avec le non-chrétien, à domicile ou à l’hôpital, en présence de la famille ou en tête-à-tête avec le mourant. Encourager le chrétien dans ses derniers instants, lui offrir un accompagnement par la prière, par la Parole de Dieu lue ou chantée très doucement, même s’il est dans le coma et n’est apparemment pas capable d’entendre. Ne pas hésiter à évoquer la vie éternelle devant le malade non-chrétien et l’inviter à s’approprier cette vie éternelle par la foi en Jésus-Christ, sans tomber toutefois dans le prosélytisme. Pour encourager le personnel soignant chrétien de nos hôpitaux, je rappellerai que la Charte du Malade Hospitalisé (qui a une valeur légale) stipule que le personnel soignant a le devoir de répondre aux besoins physiques, psychologiques, et spirituels des malades. Donner l’espoir de la rencontre avec Dieu et de la vie éternelle à une personne en fin de vie, sans faire de prosélytisme pour une église, c’est répondre à ses besoins spirituels. Un récent sondage CSA / Reader’s Digest montre que 57% des français pensent que la vie ne s’arrête pas avec la mort. Ce pourcentage est certainement supérieur chez les mourants. Auront-ils auprès de leur lit de mort des témoins de l’Amour Eternel de Dieu ?

En conclusion, le rôle de la famille et de l’entourage (amis, église) ou du personnel hospitalier et des bénévoles qui l’entourent est primordial dans l’accompagnement des mourants, bien entendu pour répondre aux besoins psychologiques, affectifs, et spirituels, mais également pour participer aux soins physiques, qui ne sont pas l’apanage exclusif du personnel médical et para-médical. Les soins corporels, dans le même esprit que le lavement des pieds des disciples par Jésus, sont une occasion formidable pour l’entourage du mourant, notamment à domicile, de lui manifester de l’amour et de participer au soulagement de ses souffrances. La présence, l’accompagnement psychologique et spirituel, l’aident à franchir ce passage difficile, à passer par ce véritable « accouchement » qu’est la mort. C’est un « double accouchement » si le mourant met sa foi en Jésus-Christ, passe par la Nouvelle Naissance, et reçoit la Vie Eternelle.

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