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L’Edit de Nantes dans le Haut-Dauphiné

samedi 23 janvier 1999, par Reynald Kozycki

Le 13 avril 1598 (ou plus probablement le 30), le roi
Henry IV et son conseil auquel se sont joints quatre délégués protestants signent l’édit de Nantes. Un peu partout en France, quatre siècles plus tard, des manifestations de tout ordre (allant de la cérémonie à l’Unesco avec le président de la république le 18 février 1998 jusqu’aux petites expositions locales) commémorent cet
édit. Le Dauphiné, à cause d’une histoire chargée, se retrouvent impliquées directement dans cet élan.


Henry IV

Henry IV, alors protestant, accède à la couronne de France en août 1589. A l’époque, on dénombre environ un million de réformés sur une population de dix-huit millions d’habitants. Pour rallier les extrémistes, il estime nécessaire de devenir catholique, ce qu’il fit en 1593. L’année suivante, lors de son sacre à Chartres, il doit
obligatoirement jurer sa fidélité à l’Eglise romaine et, entre autres, il doit faire le serment d’éliminer les hérétiques du Royaume.

Dans ce climat d’intolérance, où se succèdent les guerres de religion, plusieurs traités avaient été énoncés. Ceux de 1585 et 1588 niaient purement et simplement l’existence civile et religieuse des protestants. Une longue période de négociation aboutira à cet édit de Nantes, qui reste le plus célèbre.

Farel et Lesdiguières

Mais revenons en arrière au début du protestantisme dans notre région.

Au XVIe siècle, Le Haut-Dauphiné, avec Gap comme capitale, fut particulièrement réceptif au message de la Réforme. Quelques siècles auparavant certaines montagnes haut-alpines devinrent le refuge de ce qu’on appelait alors « l’hérésie vaudoise » poursuivie avec violence au temps de l’Inquisition. Sous plusieurs aspects, les vaudois s’avérèrent des protestants avant l’heure, entre autres, par leur retour à la simplicité de l’Evangile.

Une famille gapençaise, bien établie, envoya un de ses fils étudier à Paris. Le jeune Guillaume Farel, catholique très fervent, fut conquis, comme il le dit lui-même, « à la Sainte Parole de Dieu », au cours de l’été 1521. Il s’attacha au « cercle de Meaux » dirigé par l’évêque Briçonnet et l’illustre Lefèvre d’Etaples traducteur de la Bible. Ce groupe de catholiques soupirait à une réforme de leur Eglise à la lumière des Ecritures Saintes. Plusieurs évoluèrent
rapidement aux idées de la Réforme.

Guillaume Farel devint le célèbre réformateur, son activité s’exerça surtout à Genève et Neuchâtel. Il semble n’être revenu que deux fois à Gap : en 1522 où il fut expulsé et en 1561 pendant 3 mois à 72 ans. Cette dernière visite allait déclencher une foule de conversions au
protestantisme dont Gabriel de Clermont, évêque de Gap, et surtout Jacques Rambaut, prévôt du chapitre et son frère, Antoine de Rambaut - connu dans l’histoire sous le nom de Furmeyer - homme de guerre fort distingué. Ce dernier fut l’un des premiers chefs militaire des protestants. Un champsaurin originaire de Saint-Bonnet va se faire
remarquer dans les troupes huguenotes à un tel point qu’à la mort de Furmeyer en 1565, le jeune Lesdiguières, âgé de 22 ans, prend la tête de l’armée protestante dans la région. En 1577 il est nommé chef de la noblesse et des églises réformées du Dauphiné.

Pendant 36 ans, de 1562 à 1598, huit guerres de religion ensanglantent la France, avec un point culminant lors du massacre de la Saint-Barthélémy en 1572. Elles furent entrecoupées d’autant d’édits de « pacification ».

L’édit de Nantes

En 1598, l’édit de Nantes (le plus connu) assure une certaine coexistence entre catholiques et réformés. Il contient en raccourci, comme l’écrit Janine Garrisson, « toutes les passions et les haines comme aussi les élans et les efforts vers la tolérance ».

Les protestants sont reconnus citoyens à part entière, ils peuvent accéder (au moins en théorie) à tous les postes, ils reçoivent 45 000 écus pour le traitement des pasteurs et des écoles, mais de nombreuses restrictions apparaissent. Plusieurs villes leur sont interdites, comme Paris. Ils doivent payer la dîme au clergé et sont confinés dans certaines « places de sûreté » (dont les villes principales de notre département). Les quelques privilèges ne durent pas longtemps. La paix d’Alès de 1625 supprime ces places de sûreté, puis de nouvelles violentes persécutions conduisent à sa Révocation en 1685.

Conclusion

Dans une approche juridico-politique, cet édit est une sorte de préliminaire à la laïcité, avec un pas supplémentaire franchi en 1789 dans la déclaration des droits de l’homme, puis pour la France, la séparation des religions et de l’état en 1905.

Dans une perspective plus théologique, ces guerres dans le sein même de la chrétienté, ont mis en avant certains principes spirituels. Toute dénomination chrétienne a tendance à se crisper sur sa propre institution, en faisant de celle-ci la seule réponse aux grandes
angoisses de l’être humain. La Réforme a cherché à déplacer le lieu de vérité en essayant de se centrer davantage sur la personne du Christ et sur Son enseignement même si des débordements sont aussi
apparus un peu trop souvent. Les récits bibliques montrent combien les « justes » attachés au Dieu de vérité ont souvent été l’objet de persécutions, même déjà dans l’histoire du peuple hébreu. Théodore de Bèze, après le massacre des réformés à Vassy (1562) demandait au roi
de Navarre le châtiment des responsables : « Sire, c’est, en vérité, à l’Eglise de Dieu, au nom de laquelle je parle, d’endurer les coups et non d’en donner... », montrant que la véritable Eglise dépasse les dénominations pour être du côté de la vérité et de l’amour (valeurs qui, à mon sens, transcendent la notion plutôt froide de « tolérance »).

P.-S.

Repères historiques :

- début des vaudois : XIIe siècle
- Luther : 1483-1546
- Calvin : 1509-1564
- Farel : 1489-1566
- Lesdiguières : 1543-1626
- Royauté d’Henry IV : 1589-1610
- huit guerres de religion : 1562-1598
- massacre de la Saint-Barthélémy : 1572
- édit de Nantes : 1598
- révocation de l’édit de Nantes : 1685

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