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DEPRESSION, discipline de vie, thérapie, vie spirituelle : Témoignage personnel et conseils pratiques

Introduction et témoignage personnel

Traverser la vallée de l’ombre (article 1/12)

mercredi 17 novembre 2004, par Jean-Louis Théron


TRAVERSER LA VALLEE DE L’OMBRE


Jean-Louis THÉRON


Dépression, discipline de vie,
thérapie, vie spirituelle :
Témoignage personnel
et conseils pratiques

CONVENTIONS ET ABRÉVIATIONS

Sauf indication contraire, les citations bibliques sont tirées de la traduction « Bible du Semeur ». Elles comportent l’abréviation du nom du livre, le numéro du chapitre, et le numéro du ou des versets.
Exemples : « Jean 3:16 » signifie « Évangile de Jean, chapitre 3, verset 16 ».
« Ésaïe 40:29-31 » signifie « Livre du prophète Ésaïe, chapitre 40, versets 29 à 31 ».

Les références à des ouvrages cités dans la bibliographie en annexe sont indiquées entre crochets, au moyen des 4 premières lettres du nom de l’auteur, suivies de 2 chiffres donnant l’année de publication.
Exemple : [Back96] renvoie à un ouvrage de William BACKUS publié en 1996.

INTRODUCTION

Ce livre décrit une traversée.

J’utilise ce mot employé par un ami, mot qui m’a aidé à retrouver l’espoir d’arriver au bout du chemin douloureux de ma propre dépression, comme d’une vallée qu’on ne fait que traverser.

Il n’y a en effet pas de fatalité : on peut arriver de l’autre côté !

J’emploie l’expression de « vallée de l’ombre » pour souligner la coloration pesante et grise de cette vallée. Les chrétiens y reconnaîtront une référence au célèbre psaume du berger (Psaume 23).

Oui, un chrétien peut traverser la vallée de l’ombre.

Après une première partie de ma vie qui s’était déroulée sans problème de santé particulier, il m’a en effet « été donné » de traverser une période de dépression.

L’idée s’est progressivement imposée à moi de mettre par écrit ce que j’ai retiré de cette période. D’abord à titre personnel, comme un acte de thérapie. Et puis pour en garder le souvenir et ne pas en oublier les enseignements (et les bonnes résolutions !). Ensuite parce que je voulais que les douloureuses leçons de l’expérience profitent à d’autres personnes traversant la même situation. Enfin pour aider, dans leur tâche délicate, ceux qui côtoient et accompagnent un dépressif.

En fait, pour être tout à fait franc, je ne me sens pas qualifié pour écrire un tel livre !

De très nombreux médecins, psychologues, psychiatres ont depuis des siècles essayé de comprendre les ressorts de l’âme humaine. Ils ont élaboré pour cela des théories d’explication qui ont toutes un intérêt, en tant qu’effort de compréhension.

J’ai eu besoin, moi aussi, de comprendre un peu mieux ces mécanismes pour m’aider à guérir. Malgré tous les efforts pédagogiques des auteurs consultés, j’ai parfois « décroché » en lisant leurs explications techniques. Mais je suis reconnaissant à tous les médecins, thérapeutes, pasteurs, conseillers et serviteurs de Dieu qui se sont penchés sur le problème de la dépression. Leurs réflexions m’ont, somme toute, beaucoup aidé.

Certains des professionnels qui liront ce modeste ouvrage hurleront sans doute en découvrant les simplifications que je fais pour expliquer les choses… telles que je les ai comprises. Tant pis : j’assume ! Mais je tenais à rester simple. Pour prolonger sa réflexion, le lecteur pourra se reporter à la bibliographie commentée placée en annexe.

Je tiens à remercier tous les proches qui m’ont encouragé dans cette épreuve de vie, par leur amour et leur patience : ma femme Sylviane en premier lieu (à qui ces moments ont dû rappeler des souvenirs douloureux de sa propre expérience), mes enfants Anaïs et Gabriel, ma famille, ma communauté chrétienne, mes collègues de travail. Merci aussi aux amis qui m’ont apporté de judicieuses remarques à la lecture du texte de ce livre alors qu’il n’était encore qu’un projet.
L’épreuve de la dépression a été l’occasion - humiliante parfois, profitable toujours - de partager ma faiblesse avec des médecins, des conseillers chrétiens, des amis. J’ai ainsi recueilli des éléments précieux qui sont venus compléter ma propre expérience.

Ce livre est donc écrit dans une perspective chrétienne. Ma foi ne m’a pas empêché de traverser ces moments difficiles ; elle n’a pas non plus été une béquille me procurant à bon marché un optimisme anesthésiant. Selon le mot du poète latin Térence, « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

Mais je souhaite dire qu’à travers tous ces temps d’épreuve la fidélité de mon Dieu n’a pas failli, et que je crois avoir saisi plus en profondeur la réalité de son amour.

Ma dépression aura au moins servi à cela…

1re PARTIE : COMPRENDRE

« Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ».

Proverbe chinois.

Pour tordre le cou à quelques idées reçues…

Dans ce livre, j’ai voulu transmettre le témoignage de ce que j’ai vécu de l’intérieur, en le complétant simplement par quelques conseils pratiques.

Mais, avant cela, je ne puis résister au plaisir de dénoncer certaines contre-vérités qui courent au sujet de la dépression.

Les milieux chrétiens évangéliques ajoutent parfois - aux préjugés courants en la matière - une couche de simplisme qui glace le gâteau.

Voici donc quelques-unes de ces « perles » :

«  La dépression provient d’un manque de volonté ; celui qui ne s’en sort pas est paresseux, ou ne VEUT pas s’en sortir  » : Non, la dépression est une maladie. Le manque de volonté est la plupart du temps une conséquence de l’épuisement nerveux et hormonal. Les symptômes de la dépression sont si pénibles que l’on cherche avant tout à en sortir. Sans doute certaines personnes jouent-elles de leur dépression pour obtenir consciemment des avantages de leur entourage (être choyé, etc.), mais je crois que seule une minorité de personnes se complaît vraiment, en permanence, dans la « pitié de soi ».

«  La dépression est un manque de foi en la puissance de Dieu  » : Dans un sens oui, mais les épreuves et soucis de la vie surviennent parfois avec une telle intensité qu’on n’est pas en mesure d’y faire face. On parle alors de dépression réactionnelle. La foi joue bien sûr un rôle dans la guérison, mais on peut devenir dépressif en vivant une vie chrétienne « normale », selon la lumière que l’on a reçu. J’en sais quelque chose…

«  La dépression est le signe d’un péché  » : Non, il n’y a pas nécessairement de « faute » à l’origine d’une dépression. Il peut y avoir un manque de sagesse pratique pour conduire sa vie, par exemple une incapacité à voir les limites physiques et nerveuses à ne pas dépasser. Mais pas nécessairement un péché, bien qu’une vie menée dans l’ignorance des recommandations que Dieu donne dans la Bible puisse fortement contribuer à tomber dans la dépression.

«  La dépression est un jugement de Dieu sur la conduite de celui qu’elle frappe  » : Si c’était le cas, ce serait une curieuse forme de révélation divine ! La Bible ne mentionne pas que ce soit un moyen par lequel Dieu nous parle. Les symptômes de tristesse et d’abattement qui caractérisent la dépression sont suffisamment négatifs et stériles pour qu’on ne puisse pas en attribuer l’origine au Dieu d’amour de la Bible.

Non, quatre fois non ! La dépression est une souffrance, même si l’on peut parfois arriver à s’y complaire.

Elle peut toucher tout chrétien : « Si quelqu’un se croit debout, qu’il prenne garde de ne pas tomber » (1 Corinthiens 10:12).

Témoignage personnel (1re partie)

Je ne suis donc ni médecin, ni psychologue, ni psychiatre, ni même pasteur diplômé.

Je suis un simple homme ordinaire. Mais l’adjectif « simple » peut-il s’appliquer à l’espèce humaine, aux ressorts si complexes ?

Mon enfance et mon adolescence ont été heureuses, avec la montagne pour cadre, dans un milieu familial aimant et protégé. Les relations avec les autres enfants de mon âge n’étaient pas toujours simples : elles étaient même parfois cruelles, mais je suis malgré cela parvenu sans trop de mal à l’âge adulte.
Une soif de vérité et d’authenticité a marqué mon adolescence : à la recherche d’une solution qui rendrait l’homme et le monde meilleurs, je me suis intéressé tour à tour à la politique, à la philosophie, à la sociologie, pensant y trouver une réponse efficace.

L’observation attentive du monde m’a convaincu de l’échec des tentatives humaines imaginées au cours des siècles : aucun système idéologique, aucune organisation économique, aucune philosophie de vie ne pouvaient rendre l’homme meilleur. À commencer par mon propre cœur.

Bien que d’éducation athée, j’ai engagé des discussions avec d’autres lycéens qui se disaient chrétiens. Mes préjugés sur la religion m’ont un temps empêché de trouver ce qu’ils affirmaient avoir découvert, et qu’ils appelaient une vie nouvelle. Soucieux d’éviter une dérive sectaire (celles-ci étaient nombreuses à cette époque), j’ai prudemment examiné, lu, critiqué, discuté et rediscuté.

Les témoignages de vies transformées, tels que celui d’un ancien trafiquant de drogue, m’ont convaincu de la puissance de ce Jésus-Christ dont on me parlait tant.

J’ai senti un jour qu’il me fallait prendre ma propre décision à ce sujet. Je ne pouvais continuer à peser le pour et le contre. Pourrais-je faire ce saut de la foi ?
Lorsque j’ai décidé de faire confiance à ce Dieu dont on me parlait, je n’en connaissais encore que peu de chose. Mais je constatais qu’il avait la puissance de retourner des situations humainement désespérées, de changer des vies autour de moi. Et je me mis à constater aussi qu’il changeait progressivement la mienne.

Devenu étudiant l’année suivante, j’ai utilisé mon temps libre pour développer mes connaissances de la Bible et du Dieu dont elle parle de bout en bout.

Actif dans une association d’étudiants chrétiens, j’ai ainsi rencontré celle qui devait devenir ensuite ma femme.

Une fois mariés, nous avons poursuivi l’engagement chrétien qui nous était commun. Après une année en Afrique en guise de service « militaire » en tant que coopérant, nous nous sommes établis dans une grande ville française. Pendant dix-sept ans, nous y avons mené cette vie que nous avions choisie, marquée par notre engagement chrétien auprès de diverses communautés évangéliques successives. Deux enfants sont venus agrandir notre famille, y apportant une grande joie.

À l’âge de 40 ans, j’ai senti que nous étions à un seuil important. Notre vie familiale, notre engagement chrétien et ma vie professionnelle d’ingénieur se poursuivaient sans heurts. Mais nous sentions qu’il était temps de changer. Dans notre agglomération, les problèmes de transport augmentaient, la pollution nous causait des problèmes de santé. L’attitude de suffisance des milieux sociaux que nous côtoyions nous faisait du mal. Nos engagements n’avaient plus le même sens. Il fallait du neuf.

Il nous a été possible d’envisager un déménagement dans une ville plus petite, pour habiter une maison de famille devenue disponible après la mort de mes grands-parents. Ce changement demandait un investissement personnel important puisque, outre un déménagement, il fallait que je change de travail.
C’était l’occasion d’exercer un métier que j’envisageais depuis plusieurs années : consultant auprès des entreprises.

Après avoir demandé conseil et recherché quelle était la volonté de Dieu pour nous, plusieurs confirmations nous ont encouragés à prendre cette décision.

C’est ainsi qu’en six mois j’ai basculé dans un nouvel environnement de vie, une nouvelle profession, un nouveau rythme.

J’avais tout pour que cela se passe bien : une bonne santé, le bagage professionnel adéquat, une épouse attentive, des enfants croissant sans problèmes exceptionnels, et surtout une foi en Jésus-Christ développée au cours de 25 ans de vie avec Lui. Que pouvait-il m’arriver ?

Au cours des trois premiers mois dans mon nouveau travail, alors que nous n’avions pas encore déménagé, j’ai vécu un premier épisode dépressif. Je l’ai mis sur le compte du stress professionnel, de l’ampleur des changements en cours, du chantier de rénovation qu’il fallait surveiller chaque semaine à 100 km.

Mais je vivais des changements importants : passage d’un grand groupe industriel à une entreprise de type PME (Petites et Moyennes Entreprises), passage d’un mode de vie sédentaire (j’allais à pied à mon travail) à un mode de vie itinérant (je voyageais chaque semaine avec un programme différent, parfois dans 4 villes distinctes !).

Par ailleurs, après avoir été co-responsable d’église pendant dix ans, je me retrouvais dans un rôle de « simple paroissien », privé de la joie d’un engagement exigeant mais épanouissant.

Ma vie avait changé, en profondeur, et j’ai dû apprendre qu’il faut du temps pour gérer les changements. Lorsque tout un pan de notre vie change pour une autre étape, c’est un peu comme une sorte de deuil.

C’est ainsi que, pendant les deux années qui ont suivi, j’ai traversé à nouveau deux épisodes dépressifs. Comme la première fois, la prise d’un anti-dépresseur prescrit par mon médecin, ainsi que le ralentissement de mon rythme de vie, m’ont permis d’en sortir sans même m’arrêter de travailler.

La troisième année, alors que je me sentais rodé à ma nouvelle situation, j’ai « attaqué » un mois de septembre sans souci particulier. Mais une soudaine fatigue inexpliquée me ralentissait. À la fin du mois, j’ai attrapé la grippe, immédiatement accompagnée d’une hépatite non virale.

Pendant deux mois, je me suis soigné (essentiellement par le repos), inquiété tout de même par la perspective d’une éventuelle maladie chronique du foie.

J’ai voulu reprendre le travail. Je me sentais presque bien…

Trois semaines après, nouvel arrêt de travail. Ce n’était pas une rechute de l’hépatite, c’était une dépression. Provoquée ou aggravée par l’affaiblissement dû aux maladies précédentes, elle a duré plus longtemps que les autres.

Mon médecin m’a recommandé de changer de traitement anti-dépresseur, le premier médicament ayant pu être à l’origine de l’hépatite. Mais le deuxième médicament aggrava ma dépression au lieu de la soigner. Ce qui convient à l’un peut ne pas convenir à un autre, et il n’est pas possible de le savoir à l’avance…
J’en suis ainsi arrivé à un stade d’affaiblissement et de fébrilité nerveuse où ma seule envie était de dormir pour oublier, enfouissant ma tête sous les couvertures, craignant pêle-mêle de ne plus jamais pouvoir retravailler, de perdre mon emploi, etc.

- "Seigneur, pourquoi me laisses-tu ainsi souffrir, alors que mon but est de te servir ?
- Seigneur, cela fait tant de mois que je te demande de me montrer si je t’ai désobéi, si j’ai commis une erreur, s’il y a un message à saisir dans ce qui m’arrive…"

P.-S.

Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite part quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335.2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
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Citations du livre « Traverser la vallée de l’ombre »
© 2004, APAMS. Avec permission.

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2 Messages

  • Introduction et témoignage personnel 23 mars 2008 19:49, par Petite-Fleur

    Bonjour !
    Je découvre à l’instant le début de ce témoignage et je me réjouis déjà d’en connaître la suite... Bravo pour la simplicité avec laquelle l’auteur décrit ce qui lui est arrivé. Enfin quelqu’un qui laisse parler son coeur avec des mots et des phrases simples à la portée de chacun. Ayant moi-même traversé à plusieurs reprises cette vallé de l’ombre, cette lecture m’intéresse vivement.

    Il y a tant de personnes qui vivent des choses de plus en plus difficiles à supporter moralement dans ce monde si troublé et on se sent tellement impuissants face à l’aide que l’on pourrait apporter... alors tous les conseils exprimés seront les bienvenus ! Merci d’avance !

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    • Introduction et témoignage personnel 31 mars 2008 21:03, par Jean-Louis THERON

      Bonjour !
      Je me réjouis que mon témoignage puisse encourager ceux qui passent par cette épreuve qu’est la dépression.
      Et ce d’autant plus que l’aveu de toute souffrance ou faiblesse est tabou dans ce monde de compétition et d’apparence.
      Heureusement, nous avons un Dieu qui regarde au coeur...
      Bonne lecture.

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