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Interview de Pierre Wheeler à propos de l’Edit de Nantes

lundi 12 août 2002, par Reynald Kozycki


Interview de Pierre Wheeler sur l’Edit de Nantes
par Reynald Kozycki pour une émission spéciale sur l’Edit de Nantes sur Drac-Radio (102.3) dans le cadre des programmes « 60 mn pour l’éternité » les vendredi de 18 h 30 à 19 h 30.

Pierre Wheeler a rédigé et mis en place plusieurs panneaux sur l’Edit de Nantes. Il est membre du comité national de la Fédération Evangélique de France, président du Comité théologique.

RK : Pourquoi, à votre avis, accorde t-on tant d’importance à cet Edit de Nantes aujourd’hui ?

PW : Je crois qu’il y a plusieurs raisons dont la première est que les dirigeants du pays sentent le besoin de davantage de tolérance en France. Surtout avec le phénomène de l’Islam, qui n’a pas vraiment de statut. Le gouvernement souhaiterait probablement que l’Islam reconnaisse la laïcité dans notre pays.
Cette commémoration n’a pas été possible avant. Le premier centenaire correspondait à la Révocation de l’Edit de Nantes ; puis lors du deuxième centenaire, ce fut la Révolution ; le troisième centenaire (le siècle passé), cela tombait en pleine affaire Dreyfus et la France était divisée. Actuellement on constate le besoin de davantage de tolérance, donc on saisit l’occasion pour mettre cela en avant et je pense que le pays fait bien de le faire.

RK : L’Edit de Nantes est venu pour essayer de régler les problèmes dans le sein du christianisme de l’époque, le XVIe siècle était « très chrétien », malgré cela une grande rupture apparaît. Déjà au Xe siècle, une coupure est née dans la chrétienté avec les églises orthodoxes, mais au XVIe, ce fut encore plus grave. Pourquoi, à votre avis, la « réforme » protestante ?

PW : Je pense qu’il faut reconnaître que dans la réforme, il y avait une oeuvre spirituelle. Au début du XVIe siècle, on commençait à traduire la Bible. Lefevre d’Etaple a commencé le premier à traduire le Nouveau Testament puis l’Ancien Testament. Cette Bible était diffusée dans le pays. Elle était lue, acceptée, appréciée. Elle commençait à travailler les consciences et beaucoup de personnes ont décidé de suivre davantage le message biblique plutôt que l’Eglise catholique. Il y eut, pour simplifier, une coupure entre ceux qui se soumettaient à la Bible et ceux qui voulaient suivre la tradition catholique. La France était vraiment divisée, à la fin du siècle, quand Henri IV est devenu roi, elle fut coupée en deux : dans le Nord c’était la Ligue, catholique, menée par les Ducs de Guise qui dominait. Dans le Midi, ce qu’on appelle les Provinces unies, où catholiques et protestants étaient assez bien ensemble, il y avait des pensées différentes, plus démocratiques j’oserai dire. Finalement entre le Nord et le Sud la division était politique. Tout au long de ce XVIe siècle il y avait une division spirituelle due à la diffusion de la Bible imprimée en Français.

RK : Vous relevez beaucoup cet aspect de la dimension spirituelle, la redécouverte de la Bible ?

PW : Oui, elle a joué un grand rôle. Sans cela, on ne peut pas expliquer la Réforme. Il est beaucoup trop réducteur de dire que ces réformateurs étaient têtus. Ils n’avaient rien à gagner dans leur « entêtement », sauf spirituellement en suivant la Bible. Cette Réforme correspond à une oeuvre profonde et spirituelle.

RK : On sait que cette « réforme » a provoqué une rupture violente, dans le sein de la chrétienté. La France particulièrement, a connu une succession de guerres de religion, au moins huit, assez célèbres malheureusement. Pourquoi, à votre avis, ces guerres de religion ?

PW : J’aimerais dire tout de suite combien nous chrétiens, nous regrettons ces guerres de religion, parce que cela a fait énormément de mal, même encore aujourd’hui quand on apprend qu’on se battait au nom du Christ, on ne peut pas comprendre ! Mais à cette époque la question de la religion était aussi une affaire politique et finalement c’était un peu normal que les protestants et les huguenots en France, s’organisent politiquement pour résister. Ils finirent par ne plus supporter les violences qu’ils subissaient, les brûlés vifs, des martyrs du temps de François 1er et Henri II. Alors pour se défendre, ils ont pris l’épée. Il y avait des massacres des deux côtés. Des choses infâmes ont été faites, nous le regrettons. Religion et politique étaient tellement imbriquées à cette époque, que peut-être ce n’était pas possible de faire autrement, à moins simplement de tout subir, d’être pacifiste, de tout accepter.

RK : Y a-t-il eu des chrétiens qui ont refusé tout acte de violence à ce moment-là ?

PW : Oui, en Allemagne, il y avait ce que j’appelle deux réformes : d’abord celle de Martin Luther et de Mélancton et d’autres réformateurs, c’est la réforme officielle. Puis celle qu’on appelle la réforme radicale, où ces chrétiens voyaient les choses d’une façon semble-t-il encore plus biblique. Ils reconnaissaient, entre autres, que l’église devait être séparée de l’état. Ils ont travaillé pour cela. On les appelait « anabaptistes », parce qu’ils rebaptisaient des personnes qui l’avaient été en tant que bébé. Ils étaient donc persécutés. Les « mennonites » aussi luttaient sans violence, ils refusaient de prendre l’épée pour faire valoir leurs droits et ils ont accepté beaucoup de persécutions. On ne peut pas dire que si les huguenots en France avaient suivi cet exemple ils auraient réussi, mais cela aurait été une façon plus biblique d’agir ou de réagir contre les persécutions qui venaient de la monarchie.

RK : Vous avez fait un panneau sur Henri IV. Vous vous êtes penché sur cette personnalité assez difficile à cerner. Pouvez-vous nous dire quelques éléments de la vie d’Henri IV ?

PW : Henri IV est un personnage fascinant ! Un peu énigmatique, surtout par la façon dont il a changé de religion. François Bayrou parle de six fois (protestant, catholique et vice versa). A la fin de sa vie, au début de son règne, il a abjuré la foi protestante et il est resté catholique. Je dirai qu’il a joué la carte catholique. Il a même essayé de persuader des personnes comme Sully, son premier ministre de devenir également catholique. On pourrait se demander si c’était parce qu’il voulait sauver sa peau ou s’il était opportuniste ? Pourquoi était-il comme cela ? C’est difficile à comprendre. Je pense qu’il vivait en quelque sorte dans l’esprit de l’Ancien Testament, comme les rois autrefois qui avaient des maîtresses, des concubines, plusieurs femmes, c’était le genre de vie qu’il menait. Mais à l’intérieur de son coeur, il y avait une recherche incontestable de ce qu’on appelle « son salut personnel ». D’ailleurs tout le monde s’occupait de son salut à ce moment-là ! Chacun savait qu’il allait comparaître devant Dieu et devait être préparé ! J’aimerai relever deux ou trois anecdotes sur sa vie.
Un jour, il a demandé aux protestants s’il serait sauvé en abjurant le protestantisme ? Ceux-ci lui ont répondu : « Oui il y a des catholiques qui seront sauvés ». Il a posé la même question aux catholiques et ceux-ci lui ont répondu : « Non seuls les catholiques seront sauvés ». Donc il a opté pour le catholicisme.
A un autre moment, il s’est demandé si en abjurant la foi protestante, il n’avait pas péché contre le Saint-Esprit ? (C’est un point dont le Christ a parlé dans les Evangiles). On constate qu’il était travaillé par ces questions spirituelles.
Juste avant d’être assassiné, il venait d’écouter la messe, ensuite il a passé beaucoup de temps dans son bureau, bien plus que d’habitude, pour prier Dieu. On l’a vu la nuit avant son assassinat, à genoux sur son lit, en train d’implorer le Seigneur.
Est-ce que cela indique que cet homme avait réellement la foi qui sauve ? Avait-il accepté le Christ comme le Seigneur de sa vie ? C’est difficile de répondre, mais il y avait incontestablement une certaine recherche de Dieu dans sa vie. Peut-être cet homme était-il vraiment sincère et il avait compris que ce n’était pas important d’être catholique ou protestant, mais le plus important était d’avoir une relation avec Dieu. Et s’il a eu cette relation alors nous disons tant mieux pour lui, parce qu’il aura trouvé son salut personnel en acceptant le Seigneur.

RK : Merci d’avoir répondu à ces questions.

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