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Forum de discussion concernant le référendum sur la Constitution Européenne

vendredi 13 mai 2005, par Webserviteur


Le 29 Mai 2005 aura lieu en France un référendum pour la ratification de la Constitution Européenne.

Les animateurs de CoeurNet et les associations qui l’animent rappellent qu’ils s’interdisent par voie statutaire tout activisme politique. Ils s’interdisent donc de donner une consigne de vote et d’appeler qui que ce soit à voter dans une direction ou une autre.

Néanmoins, CoeurNet veut contribuer au débat d’idées via ce forum, qui sera modéré a priori.

Nous vous invitons à nous indiquer les sources d’information qui vous ont intéressées, à donner votre avis argumenté, et à poser vos questions concernant la constitution européenne et le référendum.

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15 Messages

  • Quelles sont vos sources d’information favorites concernant le référendum sur la Constitution Européenne ?

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  • Quelle est votre position argumentée concernant le référendum sur la Constitution Européenne ?

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    • Je ne sais pas si je vais voter oui ou non à ce traité pour une constitution européenne...

      Voici quelques éléments de ma réflexion personnelle :

      1°) On peut être tenté de voter « non » à cause de l’aspect « système de l’antichrist » qu’il contient, à cause des interrogations pour le long terme de cette Europe supranationale qui se profile à l’horizon (avec la Turquie en prime ?), qui pourrait devenir un vaste empire totalitaire...

      2°) On peut être tenté de s’abstenir, en se disant que de toutes façons notre réponse à ce référendum ne changera pas grand chose...

      3°) J’aurais envie de voter « oui » pour le court et moyen terme, pour 2 raisons principales :

      - une Europe forte et unie peut mieux faire pression sur les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde, pour les inciter à ratifier le protocole de Kyoto, pour sauver notre planète du réchauffement et du désastre écologique qui la menace.

      - à cause de l’article 70 (partie II, titre II) sur la liberté de pensée, de conscience et de religion, qui garantit mieux que jamais notre liberté religieuse et notre liberté d’évangéliser :

      "1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience
      et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion
      ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou
      sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou
      en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accom-
      plissement des rites.

      2. Le droit à l’objection de conscience est reconnu selon les lois
      nationales qui en régissent l’exercice. "

      4°) Mais j’ai de nouveau envie de voter « non » depuis que j’ai reçu un texte très pertinent de Etienne Chouard, professeur de droit constitutionnel à Marseille, qui donne à réfléchir, et dont l’analyse du traité constitutionnel pour l’Europe fait froid dans le dos ... Selon lui, ce traité contient en germe tous les éléments d’une super-dictature européenne qui pourrait se mettre en place rapidement ... Voici un extrait de ce texte :

      " Quatrième principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique garantit contre l’arbitraire en assurant à la fois la séparation des pouvoirs et le contrôle des pouvoirs

      L’esprit des lois décrit par Montesquieu est sans doute la meilleure idée de toute l’histoire de l’Humanité : tous les pouvoirs tendent naturellement, mécaniquement, à l’abus de pouvoir.

      Il est donc essentiel, pour protéger les humains contre la tyrannie, d’abord de séparer les pouvoirs, et ensuite d’organiser le contrôle des pouvoirs : pas de confusion des pouvoirs, et pas de pouvoir sans contre-pouvoirs.

      Ainsi le peuple dit : « Toi, tu fais les lois, mais tu ne les exécutes pas. Et toi, tu exécutes les lois, mais tu ne peux pas les écrire toi-même. » Ainsi, aucun pouvoir n’a, à lui seul, les moyens de devenir un tyran.

      « D’autre part, si l’un des pouvoirs estime que l’autre a un comportement inacceptable, il peut le révoquer : l’assemblée peut renverser le gouvernement, et le gouvernement peut dissoudre l’assemblée. Dans les deux cas, on en appelle alors à l’arbitrage (élection) du peuple qui doit rester la source unique de tous les pouvoirs. »

      C’est ça, la meilleure idée du monde, la source profonde de notre quiétude quotidienne.

      Foulant aux pieds ces principes fondateurs de la démocratie, le « traité constitutionnel » entérine au contraire l’attribution de tous les pouvoirs au couple exécutif Conseil des ministres + Commission : c’est ainsi que le pouvoir législatif (l’exécutif européen a l’exclusivité de l’initiative des lois), le pouvoir exécutif, et le pouvoir judiciaire (c’est l’exécutif qui intente, ou pas, les actions en justice aux fins de respect de la Constitution) sont dans les mêmes mains !Avec la confusion des pouvoirs, c’est un premier rempart essentiel contre la tyrannie qui nous échappe ! Avec une certaine cohérence, ce texte prive aussi le Parlement européen des pouvoirs élémentaires et essentiels que lui confère pourtant traditionnellement son élection au suffrage universel direct :le parlement européen n’a pas l’initiative des lois.

      Ceci est un vice rédhibitoire, absolument pas négociable. Si on laisse passer ça, on est fous. "
      (Etienne Chouard, professeur de droit à Marseille)

      Que sera un Parlement européen qui n’aura pas l’initiative des lois ? une simple chambre d’enregistrement pour donner une apparence démocratique à des lois qui ne le seront pas et qui seront toujours décidées d’en haut. On voit déjà poindre cet esprit de super-dictature européenne dans la façon dont le traité constitutionnel nous est présenté : on nous met devant le fait accompli, devant un texte qui a été écrit par quelques personnalités seulement (toutes sont des représentants du pouvoir exécutif, il n’y a pas un seul parlementaire !) et non pas par une assemblée constituante. Il n’y a pas eu de vrai débat populaire avant la rédaction finale et définitive de ce traité. Et on nous demande maintenant d’approuver ce texte sans que nous puissions y changer la moindre virgule. Pour nous chrétiens se profile l’ombre de l’Antichrist.

      Au nom de l’Europe et de la construction européenne, on nous fera avaler encore beaucoup de couleuvres, et ceux qui seront contre seront de nouveau méprisés et faussement qualifiés d’ « anti-européens ».

      Il y a en Europe une vraie démocratie dont on ne parle presque pas, qui vit dans la paix depuis 1515, non centralisée, où existe pour chaque citoyen le droit au « référendum d’initiative populaire » pour faire une proposition de loi (rien à voir avec le « droit de pétition » du traité constitutionnel), et qui paradoxalement ne fait pas partie de l’Europe : c’est la Suisse.

      Une vraie Europe démocratique, sans risque d’apparition d’une dictature, aurait été une Europe confédérale sur le modèle helvétique, où chacun des 23 cantons garde sa personnalité, sa souveraineté, son autonomie, ses juridictions, ses lois, et où le pouvoir central n’est pas pesant. Au point que 50% des suisses ne connaissent pas le nom du président de la Confédération Helvétique, choisi parmi les 7 membres du Conseil Fédéral, et qui change chaque année. Question à 1 million : qui est le président actuel de la Suisse ? *

      Nous avons le privilège en France d’avoir la possibilité de nous exprimer à travers ce référendum qui permet un vrai débat populaire. Ce n’est pas le cas dans de nombreux autres pays européens où le traité constitutionnel a été ou sera ratifié uniquement par les parlements nationaux.

      En votant non au traité constitutionnel actuel, peut-être arriverons nous à faire pencher la balance et à provoquer la renégociation de ce traité (qui est toujours possible), pour éviter une Europe supranationale et pour favoriser une « Europe des Nations » (comme le disait De Gaulle). Il est tout-à-fait possible de construire une Europe des Nations, fraternelle et sans guerres, dans l’esprit d’avant Maastricht, et sans ce traité constitutionnel dangereux. Il faut demander une nouvelle constitution européenne, rédigée par une assemblée constituante qui serait non pas l’émanation de l’exécutif, mais qui serait l’émanation des peuples et qui serait élue uniquement dans le but d’écrire la constitution, et qui serait dissoute après ou transformée en Conseil Constitutionnel. Ce n’est pas une utopie, c’est encore possible. Il est bien sûr très tard, mais pas trop tard. Après le 29 mai, ce sera définitivement trop tard ... Aussi, le 29 mai, ne votez pas à la légère, comme le dit l’étudiante en droit chrétienne qui m’a fait connaître ce texte d’Etienne Chouard.

      Igor WOLGA

      * réponse : Samuel Schmid

      P.S. : Moralité : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis... »

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      • Igor,

        L’article d’Etienne Chouard a largement circulé sur Internet, et peut effectivement être alarmant pour ceux qui ne sont pas des spécialistes du droit constitutionnel. Je voudrais vous faire partager la réponse de Bastien François, vrai professeur de droit constitutionnel (http://crps.univ-paris1.fr/francois.html), à Etienne Chouard, qui m’a largement rassuré. J’en cite le début :

        Le débat engagé sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) est légitime : il est nécessaire d’échanger arguments et contre-arguments pour le « oui » ou pour le « non », et cela peut-être plus encore pour les citoyens de gauche (dont je suis, sans être membre d’aucun parti) dans la mesure où le TCE est accusé de bafouer les valeurs de la gauche en faisant le lit de l’ultra-libéralisme. A ce titre, tout le monde a le droit de s’exprimer, y compris bien entendu M. Chouard, professeur au lycée Marcel Pagnol de Marseille, et de faire valoir ses arguments. Le texte de M. Chouard a circulé partout en France dans les boîtes aux lettres électronique de nos concitoyens. Malheureusement, alors que M. Chouard commence son texte en revendiquant son identité de professeur de droit (qui s’est avérée usurpée...), son argumentation véhicule de nombreuses erreurs juridiques et de grossières incompréhensions du fonctionnement de l’Union européenne. Son texte contribue donc à fausser le débat démocratique sur la Constitution européenne. J’ai donc pensé qu’il était essentiel d’en informer tous les citoyens, qu’ils soient partisans du « oui » ou du « non », pour qu’ils ne soient pas trompés par des arguments mensongers.

        Vous pouvez télécharger l’article complet à l’adresse suivante : http://www.gauche-en-europe.org/doc_lib_agee/200504_BastienFrancois2.pdf

        Pour ce qui est de la Confédération Suisse donnée en modèle, je suis bien d’accord avec les qualités admirables de la démocratie suisse, surtout quand on considère sa longévité, mais je doute qu’elle puisse constituer un modèle pour une Europe de 460 millions d’habitants. Tu dis :

        Une vraie Europe démocratique, sans risque d’apparition d’une dictature, aurait été une Europe confédérale sur le modèle helvétique, où chacun des 23 cantons garde sa personnalité, sa souveraineté, son autonomie, ses juridictions, ses lois, et où le pouvoir central n’est pas pesant.

        Mais justement, ne désirons-nous pas que l’Europe « pèse » dans le monde, justement parce que, entre autres :

        une Europe forte et unie peut mieux faire pression sur les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde, pour les inciter à ratifier le protocole de Kyoto, pour sauver notre planète du réchauffement et du désastre écologique qui la menace.

        Pour ma part, j’ambitionne une Europe qui peut jouer un rôle positif dans le concert des nations, contribuer à la paix et au développement dans le monde, et pour cela, les structures proposées par le TCE me paraissent intéressantes.

        Alain Wittmann

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    • Voici une réflexion sur le thème de la “crise salutaire” que certains appellent de leurs vœux en appelant à voter non au référendum. Ce pamphlet, très personnel et polémique mais assez amusant à lire, a été écrit dans le cadre d’une discussion familiale par e-mail sur le TCE et ses enjeux pour l’avenir. Je vous le livre tel quel, et j’espère qu’il vous donnera à penser et réagir...

      La crise salutaire ou quand un Alsacien dit NON

      Je comprends le non des souverainistes, qui pensent que l’Europe n’a pas besoin d’institutions, et qu’une France hexagonale passant des accords bilatéraux vivra mieux, je comprends le non des ultra-libéraux à qui l’Europe actuelle, celle des marchands, permettra de poursuivre des affaires juteuses, je comprends le non des attardés du marxisme- léninisme- trotskisme qui attendent surtout le Grand soir de la classe prolétarienne, mais je ne comprends pas le non de ceux qui se disent réellement européens et qui l’ont montré dans le passé. Nos voisins non plus ne le comprennent pas. Il y a là, une fois de plus, une de ces exceptions françaises dont beaucoup sont fiers. Moi pas.

      Je crois que l’exception française c’est entre autres une double méconnaissance de nos défauts d’une part, de nos atouts et de nos qualités d’autre part. Je parlerais surtout de nos défauts, que nous connaissons pour la plupart, mais à ne pas vouloir les reconnaître rend impossible de s’en corriger.

      La France, contrairement à nos voisins les plus proches, est narcissique à l’extrême, légère et inconséquente vis-à-vis d’elle-même et des autres. Elle a développé une culture de la rébellion et de l’affrontement, parfois physique, et toujours idéologique, ce sont les fameuses querelles gauloises. Son narcissisme l’empêche de voir la réalité du monde en face et d’essayer de s’y adapter au mieux, et elle a tendance à se croire intellectuellement supérieure au reste du monde. C’est cette arrogance qui agace tant nos partenaires. Son inconséquence s’observe lorsque nous prêchons aux autres nos bonnes idées, mais sans les mettre en application chez nous, sa culture de la rébellion lui fait préférer l’affrontement à la négociation, le tout ou rien ou la politique du pire au compromis, la révolution à la Réforme, le laxisme à la discipline, le rapport de force à la coopération, l’invective au dialogue. Elle a aussi pour effet de ne jamais savoir exactement ce qu’elle veut, et donc de ne jamais se donner les moyens nécessaires d’y arriver.

      Revoyons un peu notre histoire. Le XVIIIe siècle fut pour nous le siècle des Lumières. On nous l’envie à juste titre. Mais Montesquieu et Voltaire sont très impressionnés et fascinés par le modèle anglais. Voilà un peuple qui a inventé la monarchie parlementaire, qui commerce avec le monde entier, le colonise et s’enrichit. Il se donne les moyens de sa politique, une flotte invincible. Il commence à entrer dans l’ère industrielle en tirant davantage de richesses de son industrie que de son agriculture. Il maintient sur le continent juste assez de divisions pour n’avoir jamais de vrai rival. Pendant ce temps notre pays en reste à la monarchie absolue de droit divin, au maintient des privilèges, il fait la guerre aux camisards, envoie les protestants aux galères ou à la roue. Il guerroie sur le continent et ne cesse de s’appauvrir, tous les ingrédients pour une révolution sont là. Mais Montesquieu a fait recette, les Américains écrivent leur première et unique constitution mettant directement en application les idées de Montesquieu. Ils en sont toujours à leur première république, nous à la 5e, et certains en voudraient une 6e !

      Au moins notre révolution nous a permis de gagner du temps, pensez-vous ! Que non ! D’une révolution relativement modérée qui culmine en juillet 1790 dans la fête de la Fédération, et du rêve d’une monarchie constitutionnelle, on passe vite à la dictature de la Terreur. En toute fraternité on décapite d’aussi notoires ennemis de la Liberté que Lavoisier, André Chénier, et tant d’autres. Où sont les idées de Montesquieu ? Toujours aux Etats Unis. Je passe sur le Directoire, et voici qu’arrive un jeune et brillant général. Ayant su exporter à la pointe de ses baïonnettes et sous les feux de son artillerie les meilleures idées révolutionnaires françaises dans l’Europe entière, un peu comme Busch, avec succès au début, le bon peuple ne saurait lui refuser le titre d’empereur pour tant de gloire. Il sera le plus grand réformateur que notre pays ait connu. Sauf qu’il n’a jamais demandé l’avis dudit bon peuple sur quoi que ce soit. Tout ce qu’on lui demandait, au bon peuple, c’est de fournir assez de chair à canon pour que se poursuive son rêve de gloire pour lui et pour la France, les deux étant bien entendu intimement liés. La crise salutaire de 1789 se termine à Waterloo, avec le retour d’une monarchie réactionnaire qui n’a toujours rien compris. C’est le retour à la dure réalité d’une Europe qui a su se liguer efficacement contre la France et ses fantasmes. Alors, la verra-t-on, cette république aux pouvoirs séparés de Montesquieu ? Que non. Il y aura encore deux révolutions pour enfin voir naître la 2e république. Mais à peine née, voilà qu’un coup l’état l’emporte, fait par une sorte d’aventurier, un neveu du brillant général parait-il. Le Second Empire était né, autoritaire au début, plus libéral à la fin, par la force des choses. On s’y amuse beaucoup, surtout à Paris, au son des opérettes d’Offenbach. On y guerroie aussi, par ci par là, en Italie, en Crimée. On entre avec retard dans la révolution industrielle qui bat son plein en Angleterre et en Prusse autour de laquelle est en train de se constituer l’unité allemande, une unité fruit des guerres napoléoniennes. Alors pourquoi pas une petite guerre avec la Prusse ? Aucun de mes professeurs d’histoire n’a su m’expliquer exactement pourquoi la France déclara la guerre à la Prusse en 1870. Mais la crise salutaire qui allait faire revenir Montesquieu s’est jouée à Reichshoffen, près de Woerth en Alsace. Les généraux français n’avaient pas encore bien compris qu’il était suicidaire de lancer de courageux cavaliers à l’assaut des canons d’acier issus de l’industrie moderne. Ils étaient en retard d’une guerre, comme d’habitude. Mais le panache y était, et les cavaliers de Reichshoffen ont été mis en chanson. Mais en 1871, pour moi les choses changent. Je manque mon rendez-vous avec Montesquieu. L’unité allemande qui se fait autour de la Prusse est signée dans la Galerie des glaces de Versailles. Mes grand parents deviennent allemands, et mes parents naîtront plus tard avec cette nationalité. Ils vont faire de moi une sorte de fils d’immigré. Un peu comme Sarko. En général les immigrants (ou émigrants), selon le point de vue auquel on se place, font un voyage parfois très périlleux. Rien de tel pour mes grand parents. Ils ont pu rester sur place, ce sont les frontières qui ont bougé. Ils n’ont même pas eu besoin de donner leur avis. C’est très commode et absolument sans risque. Mais heureusement ils n’ont pas été trop malheureux, mes grand parents. La langue, n’a pas posé de trop gros problème. L’Alsace va d’ailleurs connaître la prospérité. Les premiers grands groupes industriels naissent : De Dietrich, de Wendel, Schneider, DMC, la SACM , ancêtre d’Alsthom, etc.. Grâce à la richesse produite un système de protection sociale sans équivalent en France va voir le jour. Ce sont les débuts du fameux capitalisme Rhénan dont parle Daniel Cohn Bendit. Il reste quelque chose de cette époque dans la caisse locale d’Assurance maladie, qui rembourse mieux que le Sécu, et de plus n’est pas en déficit ! Alors que la France de la 3e république se déchire entre Dreyfusards et anti Dreyfusards, laïcards et calottins, l’Alsace reste concordataire et l’est toujours, la religion s’enseigne à l’école primaire, la théologie dans une Université d’Etat. Un vrai scandale en somme ! Arrive la boucherie suicidaire de la Grande guerre. Mais ne fallait-il pas une revanche à l’humiliation de 1870 ? Un de mes oncles s’engage volontairement dans l’armée allemande à 18 ans. Un de ses collègues de tranchée lui tire une balle dans la fesse en voulant nettoyer son fusil, lui sauvant probablement par là la vie, et du même coup me permettant d’avoir un cousin dans le village voisin, preuve que ses parties vitales n’avaient pas été touchées ! Puis vient traité de Versailles, le fameux « diktat » pour les Allemands. Les grands empires du centre de l’Europe se sont heureusement effondrés. Pour mes parents, nouvelle émigration immobile, le sort en est jeté, je naîtrai français. Une jeune république est née outre Rhin, la république de Weimar, la patrie de Goethe et de Schiller, avec une constitution si parfaite que Montesquieu aurait pu la signer. Mais au lieu de tendre une main de réconciliation à cette république et de reconstruire ensemble nos 2 pays meurtris, nos politiciens clament « le boche payera ». Pour éviter de payer, les Allemands décident de faire fonctionner la planche à billets à outrance, nuit et jour. Je vois encore, entre mes mains, ces billets de plusieurs millions de marks trouvés au grenier. Tous les petits épargnants, gens modestes, sont ruinés. Les possesseurs d’actifs industriels ou immobiliers s’en tirent à bon compte. Ces petites gens, touchés en plus par la crise économique de 1929, vont constituer la base électorale de Hitler, arrivé au pouvoir légalement, ne l’oublions jamais.

      Mais en France on assiste, curieux et impuissant, à la montée des périls à partir de 1933. On admire même dans certains milieux ce Mr Hitler. L’Allemagne réarme, se met en autarcie, envahit la Rhénanie sans que personne ne bronche. Ses usines tournent à plein rendement, on travaille 50H par semaine, et la planche à billet permet de financer tout cela. Les Allemands seront à jamais traumatisés par ces recours à la planche billet. Si la BCE est aujourd’hui indépendante du pouvoir politique et doit le rester, c’est à cause de cela. Les Allemands l’ont exigé, c’était leur condition sine qua non pour créer l’euro. Mais pendant ce temps, en France, on découvre les 40H, les congés payés, des idées généreuses du Front populaire, tout ceci sur un volcan. L’insouciance et la légèreté l’emportent comme toujours. On ne veut pas voir la réalité en face, il ne faut surtout pas dramatiser. Quand Daladier revient de Munich et qu’il est acclamé par la foule comme sauveur de la paix au prix d’un nouvel abandon, il aurait simplement glissé à un de ses collaborateurs : « Les imbéciles ! »

      Alors ce qui doit arriver arrive, une nouvelle crise salutaire va se produire, elle se passe encore une fois dans le nord, cette fois-ci dans les Ardennes. Nos glorieux généraux avaient imaginé la prochaine guerre en remake de la précédente, le confort en plus. Pourquoi ne pas bétonner à l‘avance des tranchées, avec tout le confort nécessaire, et attendre là ? En mai 1940 les chars de Guderian, en 10 jours, vont montrer à notre état major éberlué qu’un nouveau type de guerre était né. Pourtant c’est un général français qui l’avait imaginé, ce nouveau type de guerre, un certain De Gaulle. Mais ce sont les allemands qui ont enseigné ses concepts dans les académies militaires et les ont mis en application.

      Mais au moins la crise salutaire va nous servir à quelque chose. Vite on trouve notre sauveur, un vieux maréchal un peu sénile, et le bon peuple de France (à de rarissimes exceptions près) se rallie à sa Révolution nationale. Vivent les bonnes vielles valeurs française de Travail, de Famille et de Patrie. Vive la nouvelle Europe enfin débarrassée de la juiverie grâce à Mr Hitler. Jamais le vieux maréchal n’aura un mot, un seul, pour la province perdue d’Alsace, annexée de facto au Reich dont je deviens un citoyen, disant « Heil Hitler » dans une fête de village, et qui rappellera mes deux de mes oncles sous les drapeaux de la Wehrmacht alors qu’ils venaient de combattre courageusement pour la France. L’un des deux disparaîtra à jamais dans la tourmente en Roumanie. Pourtant il s’était trouvé à Londres en mai 1940, parmi les rares français embarqués par les Britanniques à Dunkerque ! Mais un homme seul à Londres va essayer de sauver l’honneur de la France, aidé par une résistance surtout nombreuse vers la fin. En juin 1944 il doit attendre 10 jours avant de pouvoir débarquer en Normandie. Les Américains avaient déjà imprimé la monnaie qui devait avoir cours chez nous.

      Puis c’est l’après guerre, la 1e constitution proposée par De Gaulle est rejetée, la seconde qui rétablit le régime des partis est votée par le bon peuple de France. De Gaulle se retire en silence à Colombey. De cette constitution va naître la lamentable 4e république. Je m’en souviens. Les gouvernements, les grèves et les dévaluations se succèdent à un rythme soutenu. Pendant ce temps les allemands sonnés travaillent en silence. Leur gouvernement est stable, leur monnaie aussi. Ils n’ont pas de service militaire, pas de colonies, et s’en portent très bien. Tous les mois ma mère va faire ses achats à Kehl, c’est moins cher et de meilleure qualité. A l’école j’étudie Molière, Racine et Victor Hugo, mais aussi Goethe, Schiller et Hoelderlin. J’ai parfois honte d’être français, sans vouloir devenir allemand pour autant, mais au fond je les envie. Je me sens européen autant que Français. Nos gouvernements sont impuissants. Contrairement à l‘Angleterre, on n’a pas encore compris que l’ère coloniale est révolue. Eux ont créé le Commonwealth, donné l’indépendance à la perle de leurs colonies, l’Inde, pendant que nous faisons la guerre d’Indochine. Nouvelle crise salutaire : Dien Bien Phu. On a compris, on appelle l‘éphémère gouvernement Mendès France qui va signer la paix.

      Mais à peine les accords de Paris signés, c’est l’Algérie qui commence. Pas possible d’y renoncer, il y a trop de colons. Alors la situation se détériore, politiquement. C’est une nouvelle crise salutaire, celle de mai 1958, la menace de putsch des militaires. La 4e république s’effondre dans la honte, et on rappelle De Gaulle. Comme tout bon politique il est pragmatique, il prend en compte la réalité comme elle est, et comprend vite que l’Algérie Française avec des millions de musulmans ne pourra jamais tenir l’eau. Il ne veut pas que son village s’appelle un jour Colombey-les-deux-mosquées. Il lui faudra encore 4 ans pour arriver aux accords d’Evian.

      La France a une curieuse capacité à rester figée dans son passé dans un monde qui change, à entrer dans l’histoire contemporaine à reculons, à ne voir la réalité que lorsqu’elle lui convient ou colle à son idéologie, à préférer des hommes politiques qui lui mentent, et à ne pas savoir exactement ce qu’elle veut. La France est entrée dans l’Europe à reculons. Comme dans la démocratie, comme dans l’ère industrielle, comme dans la 2e guerre mondiale, comme dans l’ère post-coloniale. Jamais le bon peuple n’aurait voté le traité de Rome. Après l’avoir elle-même imaginée, elle rejette finalement le CED en 1954. Du coup l’Europe politique est mort-née, et c’est l’Europe des marchands qui entre en scène. Comment croire un seul instant que la victoire du Non va convertir les 25 peuples européens à nos idées, que la position de la France va peser plus lourd grâce au non ? Quelle position d’ailleurs ? Qui de nos voisins peut comprendre ce que nous voulons ? Le savons-nous en réalité nous-même ? Pourrons-nous mieux combattre l’ultralibéralisme grâce au Non ? La construction européenne faisant suite à la réconciliation franco-allemande est ce que la France a fait de mieux depuis la déclaration des droits de l’Homme en 1789. Et ce projet de traité constitutionnel, quoique imparfait, est ce qui nous est proposé de mieux pour poursuivre la construction européenne. Le narcissisme hexagonal, les prétentions intellectuelles et l’inconséquence vont triompher si le non l’emporte. La France a les dirigeants qu’elle mérite, elle aura aussi l’avenir qu’elle mérite.

      Comme la plupart des français je dirai NON le 29 mai :
      NON à une France qui n’a pas compris que son avenir est en Europe et avec les Européens
      NON à une France frileuse, somme d’un nombre incalculable d’égoïsmes, de statuts, d’avantages acquis à jamais et intangibles, qui refuse de s’adapter, de se réformer, de se battre dans un marché concurrentiel.
      NON à une France du repli hexagonal, de la xénophobie, de l’abandon de toute ambition, et de tous les phantasmes entretenus par la démagogie de certains politiciens.
      NON à une France rêvant du Grand soir, de collectivisme, de lutte des classes, et de révolution prolétarienne, ces concepts d’un autre âge ayant largement fait leurs preuves.
      NON à une France qui n’a pas compris que l’économie de marché est le seul moteur efficace pour créer de la richesse, mais que l’économie n’est pas une fin en soi, que seul l’homme est une fin en soi, et que l’humanisme né en Europe sera le meilleur régulateur de cette économie sociale de marché.
      NON à une France égoïste qui refuse d’aider les jeunes démocraties de l’Est à se développer en les ancrant dans la démocratie, et qui croit que leurs emplois vont nécessairement détruire les nôtres. .
      NON à une France qui veut jeter à la poubelle un travail de 18 mois accompli par 105 délégués, souvent des parlementaires de 25 pays ( et non de technocrates !), et sous la présidence d’un ancien président de la République Française, et où se trouvent un grand nombre d’idées françaises.
      NON à un traité de Nice bâclé dans la cohabitation, où la France pèse 9% pour une population de 13%, qui ignore les droits sociaux, l’importance de la culture et des services publics, et où ne figurent même pas des droits fondamentaux de tous les européens.
      NON à une Europe purement marchande avec des institutions largement irresponsables face au Parlement et dont la faiblesse convient bien aux ultralibéraux comme aux Américains.
      NON à un arrêt durable de l’intégration européenne qui devrait déboucher le jour où cela serait possible sur une fédération ou confédération.
      Parce que je dis NON à tout ceci, je voterai OUI au traité constitutionnel , ... comme un imbécile !

      Daniel Wittmann
      Ingénieur retraité
      25/04/2005

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  • Quelles sont vos questions concernant le Traité établissant une Constitution pour l’Europe ?

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  • votez ’oui’. Nous - Polonais avons besoins de votre argent, votre places du travail, et de la baisse de concurance de votre agriculture. Nous sommes maintanant une famille europeen. Soyez pas des egoistes !

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    • > Voter oui pour les polonais ? 27 mai 2005 13:46, par Alain

      Bien que j’aie quelques doutes sur les origines réellement polonaises de ce message non signé, je suis fier que l’Union Européenne ait accepté la Pologne et les autres pays entrants, et que l’Europe puisse contribuer à élever le niveau de vie dans ces pays, comme elle l’a fait dans le passé pour l’Espagne, le Portugal et la Grèce.

      Mais ne nous trompons pas de question : l’entrée de ces pays est acquise, le référendum pour lequel nous votons dimanche concerne la capacité de l’Europe à se doter de structures qui lui permettent de continuer à progresser à 25 membres.

      Alain Wittmann

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  • un point de vue : NON au TCE : comment assumer notre responsablité ?

    Point de vue
    Frédéric Prat, 21 juin 2005
    04 67 02 82 09
    frederic.prat geyser.asso.fr

    Europe : sortir de l’impasse, vite

    Citoyen lambda, je fais partie des « non-la-mort-dans l’âme » : non, on ne voulait pas de cette Europe de la partie III, mais oui, certains changements institutionnels de la partie II allaient dans le sens d’une Europe plus démocratique, notamment avec le renforcement du pouvoir du Parlement européen.

    Face à des objectifs souvent communs, les pro Europe sociale se sont divisés sur des tactiques : s’agissait-il de voter oui, pour faire évoluer lentement ensuite le TCE ? Ou de voter non, pour une nouvelle rédaction rapide d’une constitution digne des ambitions sociales de l’Europe ? Pour nous, le choix ne dépendait plus que de l’appréciation du risque devant un vote négatif : arrêt de la construction européenne, ou au contraire redémarrage sur d’autres bases ? Les optimistes ont voté « non ».

    Mais le résultat du 29 mai impose des responsabilités aux « nonistes » pro-européens (majoritaires quoiqu’en disent les socialistes et les Verts, mauvais perdants) : transformer cet essai, pour faire avancer plus vite la construction de l’Europe sociale. Mais comment ? Rediscuter l’ensemble du texte, en créant, comme le réclament certains, une « assemblée constituante européenne » ? Si la démocratie en sortirait sans doute renforcée, il est clair que ce processus n’aboutirait pas avant de longues années. Evacuer l’idée de Constitution, et laisser, comme hier, les gouvernements et la Commission travailler sur de nouveaux Traités ? Ce serait renoncer au droit des citoyens de s’exprimer directement, enfin, sur la construction européenne.

    La France n’est pas meilleure que les autres, et il paraît choquant de demander l’arrêt des ratifications au seul prétexte qu’elle a voté non : l’expression des autres peuples européens (via des référendums précédés de vrais débats publics, pas comme en Espagne) doit aussi être entendue. A ce jour, 10 des 25 pays de l’UE ont voté. Terminer cette consultation semble légitime, en même temps qu’elle paraît être une perte de temps (les Non parmi les 15 pays restants seront sans doute suffisants pour l’enterrer).

    Alors ? Comment concilier une renégociation rapide et démocratique du TCE, laissant la place à une Europe plus sociale, sans repartir de zéro ?

    Je propose une solution : faire voter les pays qui restent, sur un TCE amputé de sa partie III, celle qui pose problème. Giscard lui-même l’avouait sur France Inter le 20 juin : « je ne voulais pas qu’apparaisse cette partie III dans la Constitution ». Certes, ses raisons de couper la partie III n’étaient pas celles des alter TCE : « trop compliqué », a-t-il seulement argumenté. « Trop transparent pour les citoyens », pensait-il peut-être, car consultés pour la première fois sur les Traités libéraux antérieurs (hormis Maastricht, où l’idée européenne via l’euro avait permis un oui), les citoyens ont enfin découvert, presque touché, l’Europe du « grand capital ».

    Les avantages d’une telle solution semblent répondre à la quadrature du cercle : le processus de ratification n’est pas remis en question et peut se terminer ; on tient compte des premiers votes, en supposant que qui a approuvé les 4 parties, en approuve un sous-ensemble ; suivant les résultats finaux, on refait voter les pays qui ont dit non (l’Irlande et le Danemark connaissent bien ces procédés !) ; et l’on se dote, enfin, d’un cadre constitutionnel, (ce que devrait être toute constitution) qui ne demandera qu’à être utilisé au gré des rapports de force sociaux européens.

    Il faut aller vite, pour contrer les forces centripètes nationalistes et/ou libérales. Saurons-nous, les alter TCE, nous organiser pour imposer cette idée ?

    _______________________________
    Frédéric Prat - 38 Rue haute - 34270 Claret - France
    Tél./fax +33 (0)467 028 209
    frederic.prat geyser.asso.fr

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