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Entretien avec Eddy Yates, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, docteur en hydrologie

Chrétien au 21è siècle, un suicide intellectuel ?

mardi 23 juin 2009, par Eddy Yates


Voir en ligne : Première publication sur le blog

Question 1 : Eddy Yates, diriez-vous que vous avez commis un suicide intellectuel quand vous êtes devenu chrétien ?

Non, mon cerveau est toujours là, je pense qu’il marche aussi bien qu’avant… Il a même été stimulé par ma foi, puisqu’elle ouvre de larges champs d’investigations, sur qui est Dieu, ce qu’il veut, ce que ça change dans ma vie, dans ma vision du monde, dans mes relations avec les autres, etc…

Question 2 : Quelles questions vous ont particulièrement touché dans votre cheminement ? Comment en êtes-vous venu à accepter Jésus-Christ comme votre Sauveur personnel ? Y a-t-il eu des arguments qui ont joué un rôle particulier dans votre conversion ?

J’ai entendu parler de Jésus-Christ depuis mon enfance. Très tôt, je connaissais son histoire, mais je n’y voyais qu’une série d’événements complètement détachés de moi. Ce n’est qu’à l’adolescence que j’ai compris que ces événements avaient eu lieu pour moi (pas uniquement moi, mais quand même pour moi), et que ces événements m’interrogeaient, me plaçaient devant une décision. C’est un peu comme quand on étudie l’histoire à l’école. Petit, on voit ça comme une série de faits, dont la véracité ou non importe peu, tant qu’ils forment un récit qu’on peut raconter. Ce n’est que dans les plus grandes classes qu’on se rend compte que ces faits ont une cohérence, et qu’ils expliquent en partie notre monde actuel.

Bref, je connaissais l’histoire de Jésus. Je me souviens juste d’avoir demandé une fois à mon père comment on pouvait savoir que Dieu existait (j’avais bien remarqué que lui, contrairement aux autres, on ne pouvait pas le voir). Il s’est contenté de prier devant moi (il était croyant), en demandant à Dieu que je SACHE qu’il existe. Et je pense que Dieu a répondu à sa prière. Je ne dis pas que je ne me pose pas parfois la question de l’existence de Dieu. Ou, plus précisément, je me dis parfois « non, tout ça c’est une invention, ça ne tient pas la route » . Et puis, très vite, je réfléchis, et je m’aperçois que je ne gagne pas en cohérence en éliminant Dieu de ma vision du monde.

À l’adolescence, donc, il y a eu divers chocs dans ma vie. Ça m’a poussé à me poser des questions de base. Et d’abord, je pensais être chrétien, mais je n’avais jamais lu la Bible : ça me paraissait absurde. Alors je m’y suis mis. Entre mes lectures, et des discussions avec des croyants, j’ai compris que les faits que je connaissais sur Jésus s’inscrivaient dans un cadre, celui du projet de Dieu dans sa relation avec chaque humain. Forcément, ça m’a amené à la question : est-ce que j’entre dans ce projet, ou pas ? J’y suis entré, tout simplement.

Question 3 : Avez-vous l’impression, ou avez-vous eu l’impression que votre foi entrait en conflit avec vos études, votre domaine de recherche ?

La plupart des questions sont venues APRÈS ma conversion. Je veux dire, je ne me suis pas converti parce qu’on m’a prouvé quelque chose. Mais, en tant que chrétien, je me suis trouvé confronté à des questions, adressées par ceux qui me savaient chrétiens, ou tout simplement au travers de mon expérience.

Évidemment, puisque j’ai fait des études scientifiques, je me suis retrouvé face aux cours qui enseignent que les espèces actuelles sont le fruit d’une évolution à partir d’autres espèces. Je suis passé par plusieurs stades. D’abord, confiance en la science, en me disant que le message de la Bible n’avait pas vocation à être scientifique, et donc que le récit de la création n’était qu’une image. Mais très vite, cette vision de la Bible m’a paru très mauvaise : si je pouvais être juge de ce qui était réel ou imagé dans la Bible, c’est que ce livre n’était pas si grand qu’il prétendait l’être. On m’a ensuite donnée des arguments basés uniquement sur la Bible, qui permettaient une cohabitation avec la théorie de l’évolution. Ça m’a suffit pendant un certain temps. Et mes études scientifiques avançant, j’ai arrêté de prendre tous les cours comme vérité absolue, et j’ai vu beaucoup de choses bizarres dans la méthodologie évolutionniste, qui étaient rapidement mises de côté par ses tenants. Et puis ma connaissance de la Bible avançait aussi, et je trouvais d’autres objections, théologiques celles-là, à cette théorie. Bref, maintenant, ma position, c’est de me dire « d’après ce que je comprends de la Bible, je ne peux pas adhérer à cette théorie, qui, de toutes façons, ne me convainc pas sur le plan scientifique » . Ce qui veut dire que je peux changer sur ma position théologique, et que les spécialistes dans ce domaine scientifique peuvent aussi me faire changer. Donc, conflit, il y a eu, mais jamais insoluble.
Il y a certainement eu d’autres domaines, mais pas suffisamment problématiques pour que je m’en souvienne aujourd’hui.

Question 4 : Quel message aimeriez-vous adresser aux français(es) qui lisent cette interview ?

Les personnes avec qui je discute de la foi croient souvent qu’elles ne sont pas croyantes parce que la Bible ne leur paraît pas digne de confiance (ils l’imaginent bourrée de contradictions, démentie par la science…) ; alors que dans la discussion, je me rends compte qu’en fait, elles ne sont pas croyantes parce qu’elles n’ont aucune idée du contenu de la Bible, ou alors une idée complètement fantaisiste. On ne peut pas prendre une décision juste à cause de l’écho qu’on a eu d’un ami, collègue ou membre de la famille. On ne peut pas prendre une décision en lisant des revues de vulgarisation scientifique qui nous resservent régulièrement le même plat vulgaire titré « la Bible : réalité et mythes » (et toutes les variations qu’elles pourront inventer). Si vous voulez prendre une vraie décision (qu’elle soit foi ou rejet, d’ailleurs), ça va vous coûter un peu de travail : il faudra lire, étudier la Bible, et essayer de voir quel est son message central. La question de la foi est trop importante pour prendre une décision par défaut, celle de l’ignorance.

P.-S.

Reproduit avec l’autorisation de RaisonsDeCroire.org

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