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Le Da Vinci Code et la Bible (2e partie)

Comment les livres de la Bible ont-ils été reconnus ?

vendredi 15 juillet 2005

Citations de Dan Brown : (Tiré du romans le Da Vinci Code)

« Plus de quatre-vingts évangiles auraient pu figurer dans le Nouveau Testament, mais seulement quatre d’entre eux ont été retenus.- ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. La Bible, telle que nous la connaissons aujourd’hui, a été collationnée par un païen, l’empereur Constantin le Grand. » [1]


« Ce qui nous dérange, c’est que ce « coup de pouce » divin au statut de Jésus soit intervenu trois siècles après sa mort. Il existait déjà des centaines de textes qui racontaient sa vie d’homme .... Pour pouvoir réécrire son histoire, l’empereur devait réaliser un coup d’audace. Et c’est là que se place le virage décisif de l’histoire chrétienne. Constantin a commandé et financé la rédaction d’un Nouveau Testament qui excluait tous les évangiles évoquant les aspects humains de Jésus, et qui privilégiait - au besoin en les « adaptant » ceux qui le faisaient paraître divin. Les premiers évangiles furent déclarés contraires à la foi, rassemblés et brûlés. » [2]

« Heureusement pour les historiens, certains de ces évangiles interdits ont survécu. On a découvert en 1947 les manuscrits de la mer Morte dans une grotte, à Qumram, en plein désert de Judée. Et on avait trouvé en 1945 les parchemins coptes d’Hag Hamadi. Tous ces textes racontent la véritable histoire du Graal, tout en relatant le ministère de Jésus sous un angle très humain. Ces documents mettent en lumière les incohérences et les inventions pures et simples de la Bible de Constantin, et confirment le fait qu’elle a été compilée et rédigée en fonction d’un programme politique : promouvoir la divinité de Jésus et se servir de son influence pour consolider le pouvoir en place. » [3]

Remarques concernant le texte de Dan Brown :

  • Constantin était un empereur romain (306-337). Il a joué un rôle central dans l’officialisation et l’étatisation du christianisme.
  • A Qumran on a trouvé des textes juifs dont la plupart concernent l’ère avant Jésus-Christ.
  • A Hag Hamadi on a trouvé des textes gnostiques, tous postérieurs au 2e siècle, dont le fameux évangile de Thomas. Cet évangile est d’ailleurs très androgyne et non féministe comme Dan Brown le prétend !

Une deuxième question surgit alors tout de suite.

Comment et Pourquoi ces livres-là ont ils été sélectionnés pour former la Bible ?

N’y avait-t-il pas d’autres livres qui auraient pu y être insérés ?
Sur quels critères cette sélection s’est-elle faite ?

En évoquant ce sujet on parle du « canon biblique ». Or le terme « canon » n’est jamais utilisé dans la Bible. C’est plutôt l’histoire qui a forgé ce terme.
Pour répondre à cette question, nous devons procéder différemment pour l’Ancien Testament et pour le Nouveau Testament.

Commençons donc par l’Ancien Testament.

Voici les critères mentionnés par Mac Arthur [4] sur lesquels un livre de l’Ancien Testament a été reconnu comme inspiré :

  1. Il devait être écrit par un prophète ou un de ses associés.
  2. Il ne devait pas contenir d’erreurs historiques, géographiques ou théologiques.
  3. Il devait être reçu, conservé et lu par les Israélites, peuple de Dieu

Jésus-Christ et les apôtres reconnaissaient pleinement l’autorité de l’Ancien Testament comme d’ailleurs tout le peuple hébreux.
Le témoignage de Flavius Josèphe (37-100 apr. J.C.) grand historien juif du premier siècle nous montre qu’à cette époque l’Ancien Testament était pleinement reconnu : [5]

« Rien ne peut être mieux attesté que les écrits autorisés parmi nous. En effet, ils ne sauraient être sujets à aucune discordance ; car on n’approuve parmi nous que ce que les prophètes écrivirent il y a beaucoup de siècles, enseignés qu’ils étaient par l’inspiration même de Dieu... Nous n’avons pas parmi nous une innombrable multitude de livres, se contredisant l’un l’autre. Nous n’en avons que vingt-deux, qui contiennent les récits de toute l’histoire ancienne, qui sont à juste titre considérés comme divins, dont cinq ont été écrits par Moïse et contiennent ses lois et les traditions de l’origine de l’humanité jusqu’à sa mort... Les prophètes ont écrit ce qui se passa de leur temps en treize livres. Les quatre livres qui restent contiennent des cantiques en l’honneur de Dieu et des préceptes pour la conduite de la vie humaine... Depuis des siècles si nombreux... personne n’a été assez hardi pour y ajouter, ou y retrancher quelque chose, ou pour en modifier le contenu ; car il est devenu naturel pour tous les Juifs... de croire que ces livres contiennent des doctrines divines, d’y persévérer et, si besoin est, de mourir volontiers pour eux. Ils nous sont donnés par l’inspiration qui vient de Dieu. Mais, quant aux autres livres composés depuis les temps d’Artaxerxès(Apocryphes), ils ne sont point regardés comme dignes d’une foi semblable. »

Philon d’Alexandrie [6] (13 av. J.C. - 50 apr. J.C.), contemporain des apôtres, atteste aussi

« que les Juifs mourraient dix-mille fois plutôt que de permettre qu’un seul mot soit altéré dans leurs Écritures ».

Pour le Nouveau Testament

La plupart des livres sont cités dès les temps sub-apostolique, et ensuite, comme revêtus d’une autorité supérieure. Leur rassemblement proprement dit a duré environ trois siècles ; ainsi s’est constituée la liste des livres canoniques :

  • 50- 100 Les livres du Nouveau Testament sont écrits et aussitôt répandus
  • 100-200 Ils sont rassemblés et lus dans les églises
  • 200-300 Ils sont examinés et comparés aux autres livres
  • 300-400 Ils se sont imposés à l’Église par leur clarté

Les premières listes apparaissent dans la deuxième moitié du 2e siècle.

  • Justin le Martyr (100-165), par exemple, parle déjà des rapports des apôtres et des prophètes. Origène (185-253) mentionne tous les livres actuels du NT au 3e siècle. Les copies se sont multipliées, et l’Église réagit contre le canon tronqué de Marcion (85-160) et contre les faux canons des gnostiques. Pendant deux siècles environ, des discussions vont continuer parmi les orthodoxes surtout autour des trois livres suivants : Hébreux, Jacques et l’Apocalypse (et également 2/3 Jean et Jude). Athanase nomme les 27 livres du NT en 367.
  • L’église d’Afrique du Nord a reconnu le canon biblique en 393 à Hipe Regius.
    Les Églises latines et grecques de façon séparée mais unanime les ont recueillis. Au concile de Carthage (397), la liste des livres généralement reconnue comme faisant partie du canon est officiellement reconnue.
  • En Orient, le processus fut un peu plus long. Ce n’est qu’en 508 que 2 Pierre, 2 et 3 Jean, Jude et l’Apocalypse furent admis dans la Bible syriaque à côté des autres livres déjà admis.
Mur des Réformateurs à Geneve
  • Les Réformateurs ont insisté, contre la conception de l’église catholique, sur l’absence de toute instance supérieure à la Parole de Dieu, et qui pourrait ainsi l’authentifier et l’autoriser. L’Écriture est « autopistis », elle possède en elle-même le droit d’être crue, et elle s’impose d’elle-même, comme le sel impose sa saveur et le miel impose sa douceur . [7]

Selon Geisler et Nix [8], cinq tests étaient subis pour savoir si un livre pouvait faire partie de la Bible :

  1. Le test de l’autorité (portaient-ils des traces de la main de Dieu ?)
  2. Le test de la prophétie (le livre était-il écrit par un prophète ou apôtre)
  3. Le test de l’authenticité (était-on sûr de l’authenticité de l’auteur ?)
  4. Le test de la dynamique (le livre était-il marqué par la puissance transformatrice de Dieu ?)
  5. Le test de l’acceptation (Comment le peuple de Dieu a-t-il réagi à ce livre ?)

En ce qui concerne le NT

Mac Arthur [9] mentionne les critères de sélection suivants :

  1. L’auteur devait être un apôtre ou un associé (Marc, Luc)
  2. Le contenu du livre devait s’accorder avec l’enseignement des apôtres
  3. Le livre devait être lu et utilisé dans les Eglises
  4. Le générations immédiates, notamment les Pères de l’Eglise devaient également reconnaître le livre.

Les Apocryphes (Pseudégraphies)

Les Apocryphes (ce qui est caché) apparaissent pour l’Ancien et le Nouveau Testament. Pourquoi ne font-ils pas partie de la Bible ?

Les apocryphes de l’AT

Il existe 15 livres écrits entre 400 av. J.C. et 100 apr. J.C. (1 et 2 Esdras, Tobie, Judith, les Additions au livre d’Esther, la Sagesse de Salomon, L’Ecclésiastique, Baruch, les Additions au livre de Daniel (Le Cantique des Trois jeunes gens, la prière d’Azarias, l’histoire de Suzanne, Bel et le Dragon), la prière de Manassé et 1 et 2 Macchabées). Ces livres ont été écrit dans quatre objectifs :

  1. Récits historiques
  2. Ouvrages patriotiques
  3. Écrits lyriques et mystiques
  4. Livres moraux et religieux

Les Juifs n’ont jamais ajouté les livres apocryphes au Canon de l’Ancien Testament. Ni Christ ni les apôtres ne les ont accepté au même titre que les Écritures. Le Nouveau Dictionnaire Biblique et Elwell affirment que nous ne trouvons aucune citation des Apocryphes dans le NT. Pourtant certains évoquent deux citations des apocryphes dans le livre de Jude :Jude 9
La citation est incertaine. Nous trouvons une allusion au livre « d’Assomption de Moïse ». Il ne figure pas dans les Apocryphes, et ni dans la LXX ou la Vulgate.
Jude 14 :
C’est la seule citation sûre. C’est une allusion au livre de Hénoch qui ne figure pas non plus dans les Apocryphes, la version dite des Septante (LXX) ou la Vulgate.
Ces deux citations sont donc tirées d’autres livres juifs que des Apocryphes.

Les scribes juifs ne les avaient pas non plus acceptés comme des livres divins. Mac Arthur [10] nous rappelle pourquoi les Juifs n’ont pas ajouté les livres apocryphes à l’Ancien Testament :

  1. Ils étaient rédigés fort longtemps après l’achèvement du Canon vers 400 av. J.C.
  2. Aucun de leurs auteurs n’affirme être divinement inspiré et certains même le nient
  3. Ils contiennent des erreurs de fait et des enseignements éthiques et doctrinaux en contradiction avec le Canon hébraïque. Par exemple, ils justifient le suicide et l’assassinat, et enseignent la prière pour des morts.
    Ces Apocryphes ne figurent donc pas dans les Bibles hébraïques. Mais ils étaient insérés dans la « LXX » (traduction de l’AT en Grec en Alexandrie au 3e siècle av. J.C.). Contre la volonté de Jérôme (354-430) mais sous la forte pression d’Augustin, ils ont été introduits dans la Vulgate lors du concile de Carthage en 397. la Vulgate a été la traduction latine de la Bible de référence durant 1000 ans (jusqu’à la Réforme). Jérôme voulait les mettre « en appendice » pour établir une distinction entre « libri ecclesiastici » et « libri canonici ». En 1548, en réaction à la Réforme, l’Église Catholique a confirmé la valeur « deutérocanonique » des Apocryphes à l’exception de 1 et 2 Esdras et de la prière de Manassé.

Les apocryphes du NT

Comme avec l’Ancien Testament, un nombre impressionnant de livres apocryphes du Nouveau Testament ont également apparu. Ils comprennent l’épître de Barnabé, l’apocalypse de Pierre, l’évangile de Nicodème, le Berger d’Hermas et aussi les évangiles d’Andrée, de Bartholomé, de Thomas et de Philippe. Mais ces livres ont été écartés du Canon du Nouveau Testament car ils ne résistaient pas aux critères cités plus haut.

Pasteur Léo Mutzner

P.S. Les autres questions traitées dans cette série sont :

  1. Qui a écrit la Bible et quand ? (RÉDACTION)
  2. Comment les livres de la Bible ont-ils été reconnu ? (LE CANON)
  3. Le texte biblique d’aujourd’hui correspond-il au texte initial ? (TRANSMISSION)

  4. La Bible est-elle crédible ? (VÉRACITÉ, AUTHENTICITÉ)
  5. La Bible est-elle la révélation de Dieu ? (AUTORITÉ, RÉVÉLATION)

Notes

[1Da Vinci Code, Dan Brown (JC Lattès, 2004), page 289

[2Da Vinci Code, Dan Brown (JC Lattès, 2004), page 293

[3Da Vinci Code, Dan Brown (JC Lattès, 2004), page 293

[4La passion du livre (Éditeurs de Littérature Biblique, 2000), page 79-80

[5L’inspiration et l’autorité de la Bible, René Pache (Éditions Emmaüs, 1967), page 148

[6cité dans L’inspiration et l’autorité de la Bible, Réné Pache (Editions Emmaüs, 1967), page 148

[7Institution Chrétienne, Jean Calvin (1,7, 1-3)

[8cités par Josh Mc Dowell « A Ready Defense » (Thomas Nelson Publishers, 1993), page 39

[9La passion du livre (Éditeurs de Littérature Biblique, 2000), page 80-81

[10La passion du livre (Éditeurs de Littérature Biblique, 2000), page 80

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2 Messages

  • > Le Da Vinci Code et la Bible (2e partie) 11 août 2005 15:17, par Gregoire Coppey

    Bonjours,

    j’ai lu avec beaucoup d’intéret vos 2 articles sur la Bible, qui m’ont appris et éclairé sur un certain nombre de points intéressants -et j’attends les suivants avec impatience ! Meme si j’ai apprécié le Da Vinci Code comme énigme policière je dois dire que certain passages évacuent 4 siècles de christianisme en un paragraphe, c’est violent !

    Je suis moi-meme catholique -du genre assez proche des protestants/évangeliques. Je réagis seulement à la remarque sur cette église dans cet article : « Les Réformateurs ont insisté, contre la conception de l’église catholique, sur l’absence de toute instance supérieure à la Parole de Dieu, et qui pourrait ainsi l’authentifier et l’autoriser. L’Ecriture est « autopistis », elle possède en elle-même le droit d’être crue, et elle s’impose d’elle-même, comme le sel impose sa saveur et le miel impose sa douceur. »

    Je suis mitigé par rapport a cette manière de dire les choses. Si l’Eglise ne s’était pas donné les moyens d’affirmer qu’un livre est canonique ou pas (meme avec d’éventuelles erreurs « catholiques » ;-), nous serions dans une situation bien pire encore ! Encore au 20 ième siècle un pretre qui a versé dans le spiritisme (et a quité l’eglise catholique) a-t-il fait sa traduction à lui, reprise comme par hasard par ... les témoins de Jehova ! (Au moins au debut, plus maintenant, a ma connaissance). Ce sont de petits détails en apparence annodins qui lui ont permis d’établir une theologie « hérétique » ; le chrétien de base pouvait très facilement s’y faire prendre au piège, et il fallait la connaissance des exégètes pour dénoncer ces tricheries/erreurs.

    D’un point de vue catholique, la « rupture protestante » représente justement l’opposition à cette autorité « unique » de la parole -comment peut-on remettre en question tout en refusant une instance dont ce serait le role ? Je ne dis pas que je suis à l’aise avec l’autorité du magister romain -ce serait plutot le contraire. Mais nous avons besoin d’une cohérence en Eglise, non ? D’ailleurs tout de suite après cette citation vous dites que : « Geisler et Nix » établirent les critères « pour savoir si un livre pouvait faire partie de la Bible » ! Les protestants ont donc aussi des personnes « de référence », sauf que rien ne dit d’ou vient leur autorité !?! (Petit catho que je suis, je ne la connais pas, je le reconnais ; je ne doute pas que vous m’instruirez sur ce point)

    Débat...

    Quoiqu’il en soit je tiens à ce que ma remarque soit « constructive » -loin de moi l’idee d’une polémique stérile sur le fait d’avoir utilise le terme « catholique » ici ou là... C’est d’ailleurs sur l’insistance du webmaster que je poste cette réponse -je la lui ai d’abord dédiée pour lui, en tant qu’ami, par crainte d’entretenir ouvertement las puissance de celui « qui sépare » ; il a insisté pour que vous en preniez connaissance, c’est fait.
    Il me semble que c’est un peu la quadrature du cercle, cette affaire-là : pouvoir interpeller et remettre en question (au moins pour autoriser les croyants à lire la parole de Dieu à la source, c’est un début) tout en préservant l’unité pour laquelle Christ a tant prié son Père. Sans doute cela fait partie de ces choses qui nous sont impossibles à nous autres, mais seulement à Dieu, qui nous y mène par son Esprit. A nous de le prier de nous en faire le don.

    Merci encore,

    Gregoire

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