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Centre Théologique de Meylan — Dialogue Évangéliques et Catholiques

La vie des communautés évangéliques

Conférence donnée au CTM le 12 mars 2013

lundi 25 mars 2013, par Léo Mützner


 Introduction

« Dès lors, ils s’attachaient à écouter assidûment l’enseignement des apôtres, à vivre en communion les uns avec les autres, à rompre le pain et à prier ensemble. Tout le monde était très impressionné, car les apôtres accomplissaient beaucoup de prodiges et de signes miraculeux. Tous les croyants vivaient unis entre eux et partageaient tout ce qu’ils possédaient. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et répartissaient l’argent entre tous, selon les besoin de chacun. Tous les jours, d’un commun accord, ils se retrouvaient dans la cour du Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, et prenaient leur repas dans la joie avec simplicité de cœur. Ils louaient Dieu, et le peuple tout entier leur était favorable. Le Seigneur ajoutait chaque jour à leur communauté ceux qu’il sauvait. » (Actes 2.42-47)

Ce texte est souvent cité par les Évangéliques comme le modèle de la vie de l’Église. Ce passage parle entre autre de la joie et de la simplicité de cœur des premiers chrétiens.

Pour les Évangéliques, ce ne sont pas la structure, la présence du pasteur ou des actes symboliques (sacrement) qui constituent l’Église.

L’Église est là où des croyants, peu importe leur nombre, se rassemblent dans la foi en Jésus Christ, persévèrent dans l’enseignement des apôtres, dans l’annonce de l’évangile, la pratique du baptême et de la Sainte Cène et dans la vie au service de Dieu.

Pour évoquer la vie des communautés évangéliques, je voudrais souligner brièvement cinq caractéristiques. Je les introduits par une affirmation et quatre questions

  • Les Évangéliques sont des Églises de professants
  • Qu’est-ce qui est au cœur des communautés évangéliques ?
  • Quelles sont leurs structures de fonctionnement ?
  • Quelle est leur dynamique et comment l’expliquer ?
  • Quels sont leurs fragilités et leurs défis ?

 Les Évangéliques sont des Églises de Professants

Ce qui caractérise l’ensemble des communautés évangéliques c’est le terme « Église de professants ». « Professer » veut dire « Déclarer hautement ». Alain Nisus [1] :

« L’idée principale, c’est que ce sont ceux qui professent personnellement la foi qui peuvent être admis comme membres de l’Église locale. En effet, l’Église est le peuple des croyants, elle est composée de personnes qui confessent personnellement la foi. »

Ainsi pour devenir membre d’une Église Évangélique, il y a en général les conditions suivantes à remplir :

  • Témoigner de sa démarche de foi personnelle (conversion) exprimée le plus souvent et le plus naturellement par le baptême.
  • Rendre un bon témoignage dans l’Église et en dehors.
  • Accepter les documents de base d’une Église locale (confession de foi, statuts, règlement intérieur etc.)
  • Exprimer la demande de devenir membre.
  • Être admis comme membre le plus souvent par vote lors d’une Assemblée Générale suite à un temps probatoire et à un ou plusieurs entretiens avec les responsables de l’Église.

J’ajoute trois remarques supplémentaires :

Premièrement , l’appartenance à une Église Évangélique n’est pas une condition mais une manifestation du salut. Dieu seul sauve. Dieu seul incorpore le croyant dans son Église universelle et invisible. Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent. L’Église ne coopère pas au salut.

Deuxièmement , le but de ce procédé n’est pas de constituer des « Églises de purs ou de parfaits ». Il ne s’agit pas non plus de statuer définitivement sur la réalité ou non de la conversion d’une personne. Ce qui compte c’est de mettre les hommes et les femmes devant leur responsabilité. L’évangile , la révélation de la grâce de Dieu est à prendre au sérieux. Il exige une réponse personnelle et authentique. Ceux qui l’acceptent font partie de la compagnie des disciples de Jésus Christ. Dans ce sens il est important d’établir une distinction entre l’Église et le monde. L’Écriture évoque clairement « ceux qui ont l’espérance et ceux qui ne l’ont pas », « ceux du dehors et ceux du dedans », « autrefois vous étiez et maintenant vous êtes ».

Troisièmement , cette compréhension de l’Église n’est pas en opposition avec une attitude d’ouverture et d’accueil . De nombreuses personnes viennent dans nos Églises sans forcément en être membres. Nous les accueillons et ils peuvent cheminer avec nous en toute liberté, bien sûr dans la mesure qu’ils respectent nos valeurs et notre fonctionnement. Les enfants des croyants par exemple, qui vivent et grandissent dans l’Église ne sont pas automatiquement membres. Ils bénéficient du privilège d’être enseignés et accompagnés. Ils grandissent tout simplement dans le champ d’influence de l’Église. Mais il faut également une démarche personnelle de leur part s’ils souhaitent devenir membres.

 Qu’est-ce qu’il y a au cœur de la vie de l’Église ?

Premièrement , comme nous avons dit l’Église est le rassemblement des croyants. Ainsi au cœur de la vie de l’Église se trouve l’engagement de foi de chacun. La dynamique d’une Église locale dépend de la dynamique et de l’authenticité de chaque croyant.

Deuxièmement , à partir de ce constat, nous pouvons évoquer 3 piliers de la vie de l’Église.

Le premier pilier est l’enseignement de la parole de Dieu . Puisqu’elle est la référence, elle est lue, méditée, étudiée et priée. Il y a une réelle volonté à rendre son contenu audible, pertinent et applicable pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui.

Le deuxième pilier est la communion fraternelle . Il s’agit du « vivre-ensemble » et de l’ « être-ensemble ». Il y a le désir d’accueillir chacun, de l’accepter, de l’aimer et de le valoriser. C’est aussi le lieu où on peut porter des fardeaux, pleurer et se réjouir ensemble. La solidarité, l’entraide et l’esprit de famille sont des réalités pratiquées. La communauté visite ses malades, aident ses chômeurs à retrouver du travail, organise un soutien scolaire pour ses enfants ayant des difficultés, aide matériellement des gens en détresse etc.

Le troisième pilier c’est le culte avec ces temps forts. Une grande place est accordée aux chants, le plus souvent accompagné par des chanteurs et des instruments de musique. Un temps de prière, où toute l’assemblée peut s’exprimer et autre moment fort. La prédication dont la durée est souvent autour d’une demi-heure, prend une place capitale. La Sainte Cène est célébrée dans certaines Églises tous les dimanches et dans d’autres moins fréquemment. En y participant, les croyants confessent individuellement et communautairement leur attachement à Jésus Christ. La Sainte Cène est ouverte à tous, mais chacun doit s’examiner lui-même avant d’y participer afin que son geste corresponde à une réalité dans son cœur.
Suivant les types et pratiques des Églises, il y a aussi de la place pour des témoignages, des demandes particulières de prière ou d’autres interventions.

Troisièmement , nous trouvons une grande diversité d’expression de la vie de l’Église. Cette diversité est assumée et parfois même revendiquée. A ce titre la diversité des communautés néo-testamentaires est souvent citée. Sébastien Fath [2] distingue 6 courants avec deux grandes catégories. Même si ces courants caractérisent certaines sensibilités d’Églises, ils les traversent également.

1re catégorie : Les pietistes-orthodoxes

Issus des mouvements de réveils, ils mettent l’accent sur la la piété et la doctrine.

  1. Le milieu piétiste-social  : Engagement social et humanitaire.
  2. Le milieu d’orthodoxie biblique  : Raisonnement biblique.
  3. Le milieu ascétique-rigoriste  : Rigueur moral.

2è catégorie : Les charismatiques-pentecôtistes

Ils mettent l’accent sur la vie dans l’Esprit et le vécu spirituel (miraculeux) de la foi.

  1. Le milieu pentecôtiste ascétique  : Rigueur moral.
  2. Le charismatisme d’épanouissement personnel  : Le vécu personnel avec Dieu.
  3. Le milieu charismatique magique : L’efficacité de Dieu. Ce courant atteint et dépasse parfois les limites de l’identité évangélique.

 Quelles sont leurs structures de fonctionnement ?

Je parle ici brièvement sur le plan local, régional et national.

Sur le plan local , la majorité des Églises Évangéliques optent pour le modèle congrégationaliste. Cela veut dire que chaque Église locale fonctionne dans une certaine autonomie. Le congrégationalisme repose sur deux convictions. La première est que la communauté locale est pleinement Église . La deuxième est que l’autorité du Christ s’exprime concrètement par la communauté des croyants. C’est la communauté qui prend les grandes décisions concernant la vie de l’Église et qui confirme l’équipe pastorale. Elle « s’auto-gouverne » sous la direction du Saint Esprit. Il n’y a pas d’instance de contrôle au-dessus d’elle.

Notons encore que les Églises Évangéliques se gèrent sur un double mode associatif, cultuelle (1905) et culturelle (1901).

La majorité des Églises locales ont un pasteur à plein temps ou à temps partiel. La plupart de ces pasteurs ont suivi une formation dans un institut biblique ou une faculté de théologie. Même si le pasteur joue un rôle important dans la vie de l’Église, il fait en même temps partie intégrante d’une équipe de direction collégiale.

Nous devons à ce titre relever la forte implication des laïques . Un laïque peut présider un culte, apporter une prédication, introduire et distribuer la Sainte Cène, conduire une célébration de mariage ou des obsèques.

Dans cette même perspective, notons également la place de la femme . Dans certaines églises des femmes peuvent présider un culte, apporter la prédication, célébrer la Sainte Cène. Plusieurs unions d’Églises comme la Fédération baptiste ou l’Union des Églises Évangéliques Libre se sont prononcées en faveur du ministère pastoral féminin. D’autres sont plus réticentes au ministère féminin.

Sur le plan égional , la plupart des Églises Évangéliques se regroupent. En fonction de la présence du types d’Églises et de leur nombres, il peut y une ou plusieurs Pastorales avec des projets en commun et une réelle dynamique.

Sur le plan national , la majorité des Églises font partie d’une union ou dénomination qui s’organisent autour d’un fonctionnement congrégationaliste. Mais nous trouvons également le type presbytérien-synodal (UNEPREF, Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France avec, dans cette Union, la particularité d’une pratique pédobaptiste possible) ainsi que le type épiscopal (UEEMF, Union de l’Église Évangélique Méthodiste de France).

Le CNEF (Conseil National des Évangéliques de France) réunit 70% des Évangéliques autour des 5 pôles suivants : Réseau FEF, Églises FPF, ADD, Églises pentecôtistes et charismatiques, œuvres. Environ 1/3 des Évangéliques sont à la fois membres du CNEF et la FPF. Le CNEF accomplit une quadruple mission : Animation de projets, représentation information et concertation.

Parmi les 30% des Évangéliques non membres du CNEF nous trouvons essentiellement deux types d’Églises. D’un côté, des Église conservatrices pour qui le CNEF représente une unité trop large et parfois compromettante et, de l’autre côté, des Églises issues de l’ immigration ou des Églises indépendantes .

 Quel est leur dynamique et quelles en sont les causes ?

Le christianisme évangélique est le mouvement religieux dont la croissance est actuellement la plus forte dans le monde. Sur son blog, Sébastien Fath estime qu’il y a environ 585 millions d’évangéliques dans le monde. ¼ des chrétiens sont évangéliques.
En France, le courant évangélique s’est multiplié par 9 ces derniers 50 ans (de 50’000 à 450’000, voir plus). Comme le souligne Jean-Paul Willaime professeur à l’École Pratique des Hautes Études à Paris et spécialiste du protestantisme dans l’hebdomadaire Réforme, les Évangéliques, forment les 3/4 des pratiquants réguliers au sein du protestantisme français. 76% des jeunes s’engagent à leur tour. Tous les 10 jours, une nouvelle Église Évangélique apparait. L’objectif des Évangéliques est clairement affiché : Une église pour 10’000 habitants partout en France.

Quels sont les éléments favorisant la dynamique des Églises Évangéliques ?
Jean-Paul Willaime a exprimé trois raisons du succès des Évangéliques dans une interview parue dans le journal « Le Monde », du 3 février 2012 en présente trois :
D’abord, ils ont bien compris qu’on devenait chrétien pas par héritage, mais par choix. La place donnée à l’individu est en totale adéquation avec notre société, où c’est le choix individuel qui est au centre.
Ensuite, ils utilisent tous les moyens modernes de communication : Internet, mais aussi la musique, la scénographie. Dans les églises évangéliques, il n’y a pas un orgue, mais une batterie. Ils sont « à la page ».
Troisième point, il s’agit d’une expression religieuse qui part de l’expérience personnelle, au plus près de la réalité des gens. C’est à l’opposé d’une approche doctrinale, cérébrale. Et cela séduit en particulier les jeunes, mais aussi des gens perdus, à la recherche d’une identité. Cette Église offre une structuration, une cohérence et une espérance.

Quant à Sébastien Fath [3] , il énumère tous particulièrement trois atouts sociaux : Émotion, norme et communautés d’espérance.
« La vie communautaire est souvent chaleureuse, festive et largement accueillante pour les hommes et les femmes qui ont besoin de retrouver des forces et un sens à la vie. »

 Quelles fragilités et quels défis ?

La croissance spectaculaire des Églises Évangéliques ne doit pas occulter ses fragilités et défis. J’aimerais en mentionner juste trois à titre d’exemple.

En premier lieu, je mentionne le morcellement des Évangéliques. Certes, cette diversité typologique est aussi une richesse et un atout. En même temps, les Évangéliques se présentent encore trop souvent en ordre dispersé et ont du mal à parler d’une seule voix.
Sébastien Fath [4] :
« L’institution n’ayant aucune valeur sacrée, on la change, la recrée, la scinde autant de fois (et parfois plus) que nécessaire. »
Neil Blough [5] :
« Grâce aux catholiques, nous sommes allergiques à toute notion d’unité visible ou institutionnelle. En réaction aux catholiques, nous sommes devenus des individualistes farouches. Souvent notre réalité ecclésiale se limite à notre Église locale ou, à la limite, nationale. Je crains que parfois nous frôlions le gnosticisme ecclésiologique ».
En plus dans ce morcellement, il est parfois difficile de cerner les contours du mouvement évangélique. Il y a ici et là des communautés en marge ou même en dehors. Or, ce sont justement ces mouvements-là qui sont souvent utilisés par les médias pour représenter les Évangéliques.

En deuxième lieu, je mentionne le besoin de réflexion théologique pour bien définir la pensée évangélique. Nous manquons de théologiens et de penseurs théologiques. Dans la même perspective, nous manquons de documents avec des réflexions, des prises de positions et des présentations de la pensée évangélique. Cela concerne des sujets internes aux évangéliques, mais aussi au niveau du rapport à la société, aux autres Églises et religions. Certes, il y a des lieux de formation, comme la Faculté de Théologie de Vaux-sur-Seine, des colloques et des groupes de travail qui fournissent des documents précieux. Mais il y a encore un grand travail à fournir…

En deuxième lieu, je mentionne la prise en compte des réalités humaines . Dans leur désir d’évangéliser et dans leur affirmation que l’évangile bouleverse les vies, les Évangéliques ont parfois une tendance à la spiritualisation et à l’idéalisation au détriment des aspects humains qui sont également présents dans chaque vie et dans chaque communauté. Tous les problèmes ne se règlent pas par la foi et la prière. Il faut aussi tenir compte des éléments et mécanismes humains. Une spiritualisation mal incarnée peut être source de tensions, de frustrations, de déceptions et de départs de personnes. Il faut trouver un équilibre pour conjuguer spiritualité et sagesse par exemple dans la gestion des ressources humaines, du leadership, de la communication et des processus décisionnels.

 Conclusion

« Pour ce qui est du fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est déjà en place, c’est-à-dire Jésus-Christ. Or on peut bâtir sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses ou du bois, du chaume ou du torchis de paille. »
Que Dieu nous accorde la grâce de construire sur le fondement avec des matériaux qui durent, qui sont beaux et qui rendent gloire à Dieu ! Ce qui nous nous réjouit, nous fortifie, nous encourage et nous motive c’est que le fondement tient à travers les âges et les épreuves : Jésus Christ le Fils de Dieu, Sauveur et Seigneur du monde. Il donne la vie, force et sagesse à nos communautés.

Bibliographie

  • Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France 1800-2005, Sébastien Fath (Labor et Fides, 2005), 426 pages
  • Pour une foi réfléchie, Sous la direction d’Alain Nisus (Maison de la Bible, 2011), pages 555-636
  • Défis et enjeux du monde évangélique contemporain, J. Buchold (Assise FEF, 2010)
  • Article sur les Évangéliques dans le journal « Le Monde » du 3 février 2012
  • Le blog de Sébastien Fath
  • Émission sur France 24 en 2010 : http://www.france24.com/fr/20101020-focus-france-la-percee-des-evangeliques
  • Regard sur le protestantisme évangélique en France (Documents Episcopat, 2006)
  • Panorama des Églises Évangéliques en France (Michel Charles, 2006)
  • Faut-il avoir peur des évangéliques ? Stéphane Lauzet (IDEA, 2006)
  • Évangéliques et Catholiques : un dialogue est-il possible ? Neil Blough (IDEA 2006)
  • Les courants évangéliques, S. Fath (Presse Réformée Sud, 2006)
  • Le témoignage chrétien dans un monde multireligieux (COE, CPDI, AEM,

Notes

[1Pour une foi réfléchie (La maison de la Bible, 2011), page 581

[2Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France 1800-2005(Labor et Fides, 2005), pages 303-320

[3Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France 1800-2005(Labor et Fides, 2005), pages 232ss

[4Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France 1800-2005(Labor et Fides, 2005), pages 265

[5Évangéliques et catholiques : un dialogue possible ? (IDEA, 2006)

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