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Le protestantisme attend une meilleure reconnaissance des pouvoirs publics

vendredi 28 mai 2010

Le président Nicolas Sarkozy saisit jeudi 27 mai l’occasion de l’inauguration de la Faculté de théologie protestante et du Fonds Ricœur pour donner au protestantisme français la considération dont il estime manquer

Le 1er novembre 1877, Jules Ferry, futur ministre de l’éducation, inaugurait la Faculté de théologie protestante. Sa restauration, après trois ans de travaux et l’inauguration du Fonds Ricœur seront célébrées jeudi 27 mai par Nicolas Sarkozy, premier président de la République à s’y rendre. Le chef de l’État entend ainsi rendre hommage au protestantisme pour sa contribution à la culture et au débat contemporains.

Il se donne aussi le moyen de rattraper plusieurs rendez-vous manqués. Les protestants n’ont pas caché leur déception qu’il n’ait pas répondu à leur invitation, l’an dernier, à la Sorbonne pour le 500e anniversaire de la naissance du réformateur Jean Calvin, ou à Strasbourg, pour leur premier rassemblement national « Protestants en fête ». Aucun membre du gouvernement n’y était non plus…

Cette négligence illustre la difficulté du protestantisme (1,2 million de Français) à être reconnu et considéré des pouvoirs publics au même titre que les autres confessions ou religions. « En raison de l’actualité, on a davantage tendance à parler des juifs ou des musulmans que des protestants et à oublier la minorité protestante dans le paysage religieux contemporain », relève le sociologue Jean-Paul Willaime. Pour preuve, la Fédération protestante de France (FPF), qui a demandé en janvier une instance de consultation annuelle avec l’État, comme cela existe pour l’Église catholique, ou la communauté juive avec le dîner du Crif, n’a pas obtenu gain de cause.

« Le premier ministre préfère un dialogue informel, au coup par coup », relève le pasteur Claude Baty, président de la FPF, qui regrette un « manque d’équité » entre les différents cultes. Il refuse toutefois de « jouer les martyrs » : « nous ne souffrons pas de discrimination, nous sommes sollicités au même titre que les autres confessions », nuance-t-il.

« Il ne faut pas attendre que les responsables politiques sollicitent les protestants, ce sont à eux de se manifester et de titiller les pouvoirs publics, dans une politique volontariste », souligne Jean-Paul Willaime. Il estime que les Églises protestantes en France, contrairement à d’autres pays d’Europe, ont peut-être trop fortement « intériorisé une certaine privatisation de la religion » et rechignent à trop « mettre en avant leur étiquette confessionnelle ». Or, appuie le sociologue « c’est justement parce que les Églises sont séparées de l’État qu’elles peuvent aussi exercer leur devoir de vigilance et de critique et ont également, lorsqu’elles l’estiment nécessaire, un droit de protestation et de contestation des politiques gouvernementales. La laïcité positive, c’est aussi cela ! »

Les protestants pâtissent de la loi de 1905

En témoigne le rôle de la Cimade, association œcuménique d’origine protestante, connue et reconnue pour son action en faveur des migrants, notamment son soutien aux étrangers menacés d’expulsion, qui l’opposa l’an dernier au gouvernement. Ou bien les prises de position de la Fédération protestante de France, qui, forte de son réseau d’associations engagées sur le terrain social, interpelle régulièrement les pouvoirs publics – contre le manque de logements sociaux (2006), sur le projet Edvige (2008), sur le travail dominical (2009)…

Parvenir à se faire entendre est d’autant plus complexe que les protestants ont des positions plurielles et qu’il faudra compter, à partir du 15 juin, avec le Conseil national des évangéliques de France (Cnef), qui pourrait se poser comme un autre interlocuteur des pouvoirs publics à côté de la Fédération protestante de France. « Je ne vois pas comment l’État pourrait accepter une représentation pour chaque courant religieux, relève le pasteur Baty. La Fédération a vocation à représenter le protestantisme et entend la maintenir. »

Paradoxalement, les protestants, fervents soutiens de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905, en pâtissent aujourd’hui. Les milliers d’associations cultuelles protestantes (contre seulement quelques centaines d’associations cultuelles juives et quelques dizaines musulmanes) sont en effet obligées de contourner la loi en créant des associations parallèles (loi 1901) pour pouvoir gérer des activités économiques (salaires) ou recevoir des subventions (constructions).

« Manque d’audace » des responsables politiques

« Quand une association cultuelle se voit refuser de délivrer des reçus fiscaux sous prétexte qu’elle a organisé des repas paroissiaux, ce qui ne fait pas partie du culte, on marche sur la tête… La structure est devenue, sur certains points, obsolète », déplore Claude Baty. Il prône l’adaptation de la loi de 1905, arguant que « la laïcité est une chose, la loi de séparation en est une autre ».

En butte également aux tracasseries de l’administration, les Églises évangéliques sont parfois assimilées, par méconnaissance, à des mouvements sectaires. « Ces nouveaux protestants sont dans la même situation que ‘l’islam des caves’. Ils manquent de temples », ajoute le pasteur Baty

Il regrette, sur tous ces dossiers, la lenteur des travaux du groupe de travail mis en place avec le rapport Machelon et le « manque d’audace » des responsables politiques. La visite de Nicolas Sarkozy, jeudi après-midi, boulevard Arago, sera peut-être un accélérateur décisif.

Céline HOYEAU

Voir en ligne : L’article original sur laCroix.com

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